•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Archives

Sarajevo, avant et après la guerre

Vue de la ville de Sarajevo avec des bâtiments rappelant les différentes civilisations qui s'y sont succédé.

La ville de Sarajevo, riche en histoire, a été le théâtre d'une terrifiante guerre civile de 1992 à 1995.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 30 ans, le 5 avril 1992, la ville de Sarajevo en Bosnie-Herzégovine était assiégée par les Serbes bosniaques. Des reportages tirés de nos archives témoignent de l’histoire de cette ville européenne, symbole d’intégration culturelle, puis des lendemains amers d’une guerre civile qui s’est étirée sur quatre années.

Avant que la guerre n’éclate, la ville de Sarajevo faisait la fierté de la Bosnie-Herzégovine – ancienne république de la Yougoslavie – pour sa riche histoire et la mosaïque culturelle qui en découlait. Serbes orthodoxes, Bosniaques musulmans et Croates catholiques y vivaient ensemble dans une apparente harmonie.

Aux yeux du monde entier, Sarajevo était aussi cette ville moderne et vibrante qui avait accueilli les 14e Jeux olympiques d’hiver en 1984.

À la veille des Jeux olympiques d'hiver de Sarajevo, le journaliste Jean Pagé présente l'histoire de cette ville multiculturelle.

À la veille de l’ouverture des Olympiques d’hiver à Sarajevo, le journaliste Jean Pagé dressait d’ailleurs l’histoire de cette ville de 500 000 habitants, la deuxième plus grande et la troisième en importance en Yougoslavie.

Tout est histoire à Sarajevo, déclare Jean Pagé dans ce reportage. Chaque coin de rue, chaque édifice rappelle le passé de cette ville qui se situe sur la route entre l'Orient et l'Occident, au carrefour du monde.

La ville de Sarajevo conserve des traces des civilisations romaine, celte et slave qui s’y sont enchaînées, puis de l’ère byzantine qui a exercé une forte influence sur le mode de vie de la population locale. Le ciel de Sarajevo est parsemé de minarets.

À la période turque succède en 1878 l'empire austro-hongrois avec une nouvelle façon de vivre et de construire à l’européenne. Cette occupation mènera à un événement qui a bouleversé l’histoire du monde.

Le 28 juin 1914, le révolutionnaire serbe Gavrilo Princip assassine dans une rue de Sarajevo l'archiduc François-Ferdinand, prince héritier de l'empire austro-hongrois.

En réaction à cet attentat terroriste, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. C’est le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

À l’issue de la Grande Guerre, la Yougoslavie obtient son indépendance, puis connaît l’occupation nazie en 1941, avant de tomber sous la férule communiste après la Seconde Guerre mondiale.

République autonome de la Yougoslavie, la Bosnie-Herzégovine déclare son indépendance le 3 mars 1992 et est reconnue comme État indépendant par la communauté internationale.

Mais la mémoire de Gavrilo Princip continue de diviser les peuples qui – après être parvenu à vivre ensemble harmonieusement pendant des décennies – s’entredéchireront à nouveau dans une terrible guerre civile.

Le siège de Sarajevo

La guerre s’abat sur la capitale de la Bosnie-Herzégovine le 5 avril 1992 alors que l'armée serbe – qui s’oppose à l’éclatement de la Yougoslavie – entreprend un blocus sur la ville.

Ce siège de plus de 1000 jours, le plus long de l'histoire de la guerre moderne, se transforme rapidement en une véritable tuerie qui sème la terreur dans la population.

De retour de Sarajevo, le correspondant Jean-Michel Leprince s'entretient avec l'animatrice Solveig Miller des horreurs de la guerre civile dont il a été témoin.

Au cours des quatre années de ce conflit, quelques journalistes de Radio-Canada se rendront à Sarajevo. Ils en rapporteront des images et des histoires cauchemardesques.

Au Téléjournal du 11 juin 1992, soit trois mois après le début des hostilités, le correspondant Jean-Michel Leprince témoigne notamment de ce qu’il a vu à Sarajevo.

Les habitants de Sarajevo, explique-t-il à l’animatrice Solveig Miller, sont les otages des batailles quotidiennes qui opposent les Serbes aux indépendantistes croates et musulmans.

Ils n’ont aucun moyen de se défendre des tireurs embusqués dans les hauteurs de la ville qui visent les véhicules comme les piétons qui circulent sur les grandes artères de la capitale bosniaque.

L’artillerie serbe bombarde également des bâtiments forts de symbolique ou simplement administratifs : la bibliothèque nationale, la poste centrale, les écoles, les installations sportives laissées par la tenue des Olympiques…

Puis les Sarajéviens musulmans sont expulsés de leur logement par les Serbes.

L’ONU fournit à présent une aide humanitaire à cette population assiégée. Elle n’intervient toutefois pas militairement dans cette guerre déclenchée sur des bases ethniques et religieuses.

Reportage de Frédéric Nicoloff sur les commémorations du 20e anniversaire du siège de Sarajevo. Le bulletin de nouvelles est présenté par Azeb Wolde-Giorghis.

Ce reportage réalisé pour le Téléjournal du 6 avril 2012 au moment du 20e anniversaire du siège de Sarajevo dresse un court bilan de cette guerre civile qui s’est étirée sur 44 mois. La pire guerre qu’ait connue l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, souligne l’animatrice Azeb Wolde-Giorghis.

À Sarajevo, le metteur en scène Haris Pasovic a coordonné l'installation de 11 541 chaises rouges sur une des plus importantes rues de la capitale afin de commémorer chacun des résidents de la ville qui ont perdu la vie dans ce conflit.

C'est seulement nous qui savons par quoi nous sommes passés. Nous qui avons vécu le siège de la ville, déclare un Sarajévien qui a perdu son jeune fils durant la guerre. Pour les autres, c'est inimaginable.

Le journaliste Frédéric Nicoloff rappelle que les passants étaient devenus des cibles vivantes dans le viseur des militaires serbes qui entouraient Sarajevo, en plus des nombreux bombardements qui ont détruit 80 % de la ville.

Un des plus marquants étant sans doute celui du marché central de Sarajevo, le 5 février 1994, en plein samedi midi, qui a fait 68 morts et près de 200 blessées.

La guerre s’achève en 1995 avec le massacre de Srebrenica, génocide au cours duquel 8000 hommes musulmans sont tués par l’armée serbe.

L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic et leur chef politique Radovan Karadzic seront plus tard inculpés de crimes contre l’humanité et de génocide devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

Reportage sur les accords de Dayton mettant fin au siège de Sarajevo. Le premier reportage montre la signature du traité de paix à Paris avec le journaliste Michel Morin. Le second reportage du correspondant Don Murray se penche sur la réaction des habitants de Sarajevo. Le bulletin de nouvelles est présenté par Michèle Viroly.

Les accords de paix de Dayton, négociés par les États-Unis, mettent un terme au siège de Sarajevo au moment de leur signature à Paris le 14 décembre 1995.

Le plus important conflit armé des cinquante dernières années en Europe – la guerre de Bosnie – a officiellement pris fin, du moins sur papier, annonce l’animatrice Michèle Viroly ce soir-là au Téléjournal.

Le reportage du correspondant à Paris Michel Morin montre les présidents serbe, bosniaque et croate assis à la même table pour signer le traité de paix.

Les présidents américain et français ainsi que le chancelier allemand et le premier ministre britannique apposent ensuite leurs signatures en espérant que les 200 000 morts et les 2,5 millions de réfugiés font maintenant partie du passé, déclare le journaliste.

Les accords de Dayton confirment l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine et mettent en place un nouveau partage du pouvoir politique. Le pays est désormais divisé en deux entités : la république serbe et la fédération croato-musulmane, qui comprend Sarajevo.

Dans son discours, le président américain Bill Clinton invite les Bosniaques à saisir la chance de la paix.

Le correspondant Don Murray se trouve pour sa part dans un café de Sarajevo, où l’événement a été suivi par les quelques clients sur place qui ont timidement applaudi au moment de la signature.

Leur sentiment de soulagement est tempéré par le doute que la paix puisse durer, explique le journaliste. Un doute alimenté par trois ans de guerre, de colère et d'amertume.

La reconstruction de Sarajevo

En décembre 1995, l’équipe de l’émission Le Point présente une série de reportages sur la reconstruction, psychique et physique, de la ville de Sarajevo et de ses habitants.

Reportage de Jean-François Lépine sur la situation à Sarajevo et le projet de reconstruction à la suite aux accords de paix mettant fin au siège.

À l’émission du 27 décembre 1995, le journaliste Jean-François Lépine se demande si Sarajevo pourra redevenir cette capitale multiethnique souhaitée par les accords de Dayton.

Comment, après s’être entretués, des voisins issus de différents groupes ethniques et culturels pourront-ils revivre ensemble et sortir de l’enfer? Depuis les accords de Dayton, ils vivent divisés dans des quartiers contrôlés par des armées ennemies.

Dans cette ville en ruine dont la moitié de la population a fui, le tramway s'est remis à circuler sur la Snipper Alley, marquant le retour d’une routine presque normale.

Mais les Sarajéviens qui sont restés et qui tentent de recommencer à vivre comme auparavant sont pour la plupart sans emploi ou travaillent sans recevoir de salaire.

Au marché, les comptoirs sont bien garnis et les prix sont plus bas que jamais. Ceux qui achètent reçoivent de l’argent de l’étranger ou vendent de leurs biens pour obtenir des liquidités, explique un boucher de la place de Markale.

Pour que la moindre activité normale reprenne ici, il faudra d'abord reconstruire, observe Jean-François Lépine. Les autorités municipales évaluent à 1 milliard de dollars les coûts des reconstructions essentielles qui englobent les édifices commerciaux, les universités, les hôpitaux et le réseau d’aqueduc notamment.

Puis, au-delà des édifices détruits et des infrastructures à reconstruire, il y a surtout quatre années de vie perdues à rattraper, affirme le journaliste, que ce soit pour les entreprises qui doivent recommencer à zéro, pour l'administration publique ou pour les enfants et les jeunes privés d'école.

Reportage de Jean-François Bélanger qui recueille le témoignage d'une famille de Sarajevo à la fin de la guerre.

Dans cet autre reportage au Point du 27 décembre 1995, le journaliste Jean-François Bélanger rencontre une famille qui a traversé cette guerre fratricide. Quatre années d'horreur, de famine, d'espoirs déçus, souligne-t-il en introduction de son reportage.

Tôt après le siège de Sarajevo, le père a dû quitter le foyer pour défendre militairement la ville. La famille auparavant bien nantie s’est alors retrouvée sans salaire et sans accès à ses économies, car les banques locales étaient fermées.

Leur logement étant situé tout près d’un stade et d’une avenue visés par les tireurs serbes, ils se sentaient encerclés. On était prisonniers, on n’avait pas de nourriture, on ne pouvait sortir, témoigne la mère.

Au pied de leur tour d’habitation, les résidents ont planté des choux qui poussent dans la neige. Ces jardins improvisés qui remplacent l’herbe des parcs étaient bien souvent la seule façon de se procurer des légumes frais durant la guerre.

Puis ce fut autour du fils d’être mobilisé par l’armée et de devoir quitter sa mère et sa sœur pour les deux dernières années du siège. J'ai 20 ans, mais j'ai l'impression d'en avoir 40 ou 50, confie-t-il au journaliste Jean-François Bélanger.

Avant, on ne faisait pas de différence entre les gens. Ma grand-mère est croate et mon grand-père est musulman, explique-t-il au journaliste.

Nous ne sommes pas des sauvages, nous sommes des Européens, déclare douloureusement le jeune Sarajévien. La même chose pourrait arriver à tout le monde.

Encore plus de nos archives

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.