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Civils tués en Ukraine : indignation en Occident, Kiev accuse la Russie de « génocide »

Des soldats ukrainiens à bord de leurs chars.

Le reportage de Kim Vermette

Photo : Reuters / ZOHRA BENSEMRA

Radio-Canada

L'Ukraine et les pays occidentaux ont accusé dimanche la Russie de crimes de guerre, après la découverte de fosses communes et de civils « exécutés » à Boutcha, dans la région de Kiev.

Oui, c'est un génocide, l'élimination de toute la nation et des gens […]. Et cela se passe en Europe au 21e siècle, a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la chaîne américaine CBS.

Il a ensuite dit estimer, dans un message vidéo, que les dirigeants russes doivent être tenus responsables des meurtres et des actes de torture commis à Boutcha, précisant qu'un mécanisme spécial allait être créé pour enquêter sur tous les crimes russes en Ukraine.

Les corps de 410 civils ont été retrouvés dans les territoires récemment libérés près de Kiev, a indiqué la procureure générale de l'Ukraine, Iryna Venediktova. Les experts médico-légaux en ont déjà examiné 140, a-t-elle précisé.

S’exprimant plus tôt sur Twitter, le conseiller présidentiel Mykhaïlo Podoliak a décrit l’horreur :

« [Nous avons découvert] les corps d'hommes et de femmes tués les mains liées. Les pires crimes du nazisme sont de retour en Europe. Ceci a été fait délibérément par la Russie. »

— Une citation de  Mykhaïlo Podoliak, conseiller de la présidence ukrainienne

Les corps de 57 personnes ont été retrouvés dans une fosse commune à Boutcha, a déclaré dimanche Serhii Kaplytchny, chef des secours locaux.

Un homme est debout devant les corps de trois hommes en civil, dont un qui a les mains liées.

Des cadavres gisent dans une rue de Boutcha, au nord-ouest de Kiev, après le retrait des forces russes.

Photo : Getty Images / RONALDO SCHEMIDT

Les journalistes de l’AFP qui se sont rendus sur place ont pu constater qu’une dizaine de cadavres étaient visibles, certains étant partiellement inhumés.

L’AFP a indiqué avoir vu la veille les corps sans vie d'au moins 20 hommes qui portaient des vêtements civils dans une rue de Boutcha. Un des hommes avait les mains liées et les cadavres étaient éparpillés sur plusieurs centaines de mètres.

On ne pouvait pas déterminer la cause de leur mort dans l'immédiat, mais une personne présentait une profonde blessure à la tête.

Tous ces gens ont été fusillés. Ils [les Russes] les ont tués d'une balle dans la nuque, a affirmé à l'AFP le maire de Boutcha, Anatoly Fedorouk.

Le maire a aussi fait état de 280 personnes déjà enterrées dans des fosses communes, car il était impossible de le faire dans les trois cimetières de la municipalité.

Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies a déclaré que son personnel sur le terrain n'avait pas encore été en mesure de vérifier ces affirmations.

Nous sommes très préoccupés par les photos et par les vidéos disponibles, y compris les images de corps avec les mains liées dans le dos, a-t-il cependant ajouté.

Cette agence onusienne n'a cependant pas exclu que des corps de soldats ukrainiens ou russes tués pendant les hostilités figurent parmi les quelque 300 cadavres que les autorités de la ville disent avoir retrouvés et enterrés.

Les civils décédés de causes naturelles, de crises cardiaques ou d'autres problèmes de santé déclenchés par le stress et par le manque d'accès aux médicaments et à l'aide médicale au cours du mois dernier pourraient également faire partie des personnes retrouvées mortes dans les rues de la ville, a ajouté le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU.

Un homme près d'un édifice endommagé.

Un homme à la recherche de nourriture à Boutcha

Photo : Getty Images / RONALDO SCHEMIDT

Aux yeux du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Moscou doit payer pour ce massacre délibéré.

« Les Russes veulent éliminer autant d'Ukrainiens qu'ils le peuvent. Nous devons les arrêter et les expulser du pays. J'exige de nouvelles sanctions dévastatrices du G7 immédiatement. »

— Une citation de  Dmytro Kouleba, ministre ukrainien des Affaires étrangères

Vague d'indignation en Occident

Les États-Unis et l'OTAN ont exprimé dimanche leur horreur devant les récits d'atrocités imputées aux forces russes.

Ces images sont un coup de poing à l'estomac, a réagi le secrétaire d’État américain Antony Blinken sur la chaîne CNN en rappelant avoir prévenu, avant l'agression de la Russie, que ce pays risquait de commettre des atrocités.

Deux hommes marchent dans une rue où gisent plusieurs cadavres.

Deux personnes poussent leur vélo en traversant une rue où gisent plusieurs cadavres à Boutcha, au nord-ouest de Kiev.

Photo : Getty Images / RONALDO SCHEMIDT

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a pour sa part dit estimer que les violences de Boutcha étaient horribles et a dénoncé une brutalité inédite en Europe depuis des décennies.

Il est absolument inacceptable que des civils soient pris pour cibles et tués, et cela souligne l'urgence de mettre fin à cette guerre, a-t-il affirmé sur la même chaîne.

Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a annoncé dimanche qu'il avait l'intention d'imposer de nouvelles sanctions contre la Russie. Nous déciderons de nouvelles mesures entre alliés au cours des prochains jours, a-t-il promis.

« Le président Poutine et ses alliés en subiront les conséquences. »

— Une citation de  Olaf Scholz, chancelier allemand

Le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, pense lui aussi que la Russie doit payer. Les autorités russes doivent cesser immédiatement les hostilités et mettre fin aux violences contre les civils. Et elles devront rendre des comptes, a-t-il affirmé.

Les autorités russes devront répondre de ces crimes, a quant à lui déclaré le président français Emmanuel Macron.

Évoquant des actes révoltants commis par l'armée russe contre des civils en Ukraine, la cheffe de la diplomatie britannique, Liz Truss, a réclamé une enquête pour crimes de guerre.

Pour le premier ministre britannique, Boris Johnson, il ne fait aucun doute qu'il s’agit de crimes de guerre.

« Aucun démenti ni désinformation du Kremlin ne peut cacher ce que nous savons tous être la vérité : Poutine [le président russe] est désespéré, son invasion est en train d'échouer et la détermination de l'Ukraine n'a jamais été plus forte. »

— Une citation de  Boris Johnson, premier ministre britannique

Un processus de longue haleine

Les corps découverts à Boutcha soulèvent de sérieuses questions quant à d'éventuels crimes de guerre, selon l’ONU, qui estime qu'il est essentiel d'exhumer et d'identifier tous les corps afin d'établir les causes exactes des décès.

Il est également important de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la préservation des preuves, a souligné l'organisation.

L'Union européenne aide l'Ukraine à rassembler les preuves nécessaires pour intenter des poursuites devant les cours internationales, a indiqué le président du Conseil européen, Charles Michel.

À première vue, les crimes dont on parle sont des crimes internationaux qui pourraient faire l’objet d’accusations, a déclaré Pascal Paradis, directeur général pour le Québec d’Avocats sans frontières (ASF), en entrevue à RDI dimanche.

Il est un peu tôt pour dire que ce sont des preuves hors de tout doute raisonnable, a-t-il cependant tempéré, soulignant que le processus qui pourra mener à des accusations sera long et nécessitera un fort soutien international.

Après avoir condamné les meurtres insensés de civils en Ukraine, le gouvernement du Canada a par ailleurs indiqué dimanche qu'il fournira un soutien de ce type aux enquêtes.

Le Canada n'épargnera aucun moyen, y compris par notre soutien aux enquêtes sur les crimes de guerre, pour s'assurer de tenir les auteurs de ces actes responsables, a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, dans une publication sur Twitter.

Les responsables de ces attaques délibérées et effroyables seront traduits en justice, a notamment ajouté le premier ministre Justin Trudeau, lui aussi sur Twitter.

Moscou dément toute responsabilité

Le premier vice-représentant permanent russe aux Nations unies, Dmitri Polanski, a qualifié la situation à Boutcha de provocation flagrante de radicaux ukrainiens. Il a par ailleurs fait savoir que la Russie a demandé la tenue d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU dès lundi.

À la lumière de la provocation flagrante de radicaux ukrainiens à Boutcha, la Russie a demandé qu'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU soit convoquée, a-t-il déclaré sur la messagerie Telegram dimanche.

Par voie de communiqué officiel, le Kremlin a quant à lui réagi en rejetant les accusations de crimes de guerre portées par Kiev et l'Occident : Pendant la période au cours de laquelle cette localité a été sous le contrôle des forces armées russes, pas un seul résident local n'a souffert d'actions violentes.

Moscou a ajouté que son armée avait distribué 452 tonnes d'aide humanitaire aux civils dans ce secteur.

Le ministère russe de la Défense a soutenu dans ce même communiqué que tous les habitants avaient eu la possibilité de quitter librement la localité vers le nord, alors que les banlieues sud de la ville étaient la cible de tirs des troupes ukrainiennes 24 heures sur 24.

Pour ce qui est des images de cadavres dans les rues de la ville, c’est une nouvelle production du régime de Kiev pour les médias occidentaux, poursuit le communiqué du ministère russe de la Défense.

Moscou a également assuré que toutes les unités militaires russes s'étaient retirées de Boutcha le 30 mars, au lendemain de l'annonce par la Russie selon laquelle elle allait réduire de façon significative son activité dans le nord de l'Ukraine.

Notre dossier Guerre en Ukraine
Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et CNN

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