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Un hôpital en banlieue ou au centre-ville? La CAQ forcée de refaire ses devoirs

Québec accepte de refaire l’analyse des terrains disponibles pour construire un nouvel hôpital à Gatineau, une promesse phare de la dernière campagne électorale.

Mathieu Lacombe répond à une question à l'Assemblée nationale.

Le ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe (archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Incapable de contenir un mouvement de contestation, Québec prend un pas de recul dans son projet de construire un hôpital de 600 lits dans un parc industriel en banlieue de Gatineau.

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le gouvernement a décidé de réévaluer les terrains disponibles à la suite de fortes pressions en faveur d’un hôpital directement au centre-ville ou dans un milieu urbain.

Au moment d’appuyer sur pause, Québec était à moins de deux semaines d’annoncer la construction du projet de 2,5 milliards de dollars dans une partie isolée nord du secteur de Hull. Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, défendait le processus d'évaluation des terrains il y a peine quelques jours.

Une carte montrant l'emplacement privilégié pour le nouvel hôpital.

Le 18 mars, des sources avaient indiqué à Radio-Canada que le site retenu était boulevard de la Technologie, situé au nord de la ville de Gatineau.

Photo : Radio-Canada

Mais une source gouvernementale affirme que les fonctionnaires viennent de recevoir le mandat du ministre de faire un autre tour de roue dans l’évaluation des terrains.

Le gouvernement se donne quelques semaines pour effectuer cette démarche, affirmant qu’il n’y a pas lieu de se précipiter alors qu’il y a de nombreux questionnements entourant le projet, incluant ceux de la nouvelle mairesse de Gatineau, France Bélisle.

La source gouvernementale affirme que l’objectif est de susciter l’adhésion du plus grand nombre pour ce projet qui, hormis pour ce qui est du choix du terrain, est populaire en Outaouais.

France Bélisle répond aux questions des journalistes.

La mairesse de Gatineau, France Bélisle (archives)

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Une promesse phare

Avec ce revirement, la Coalition avenir Québec cherche à éviter une controverse qui aurait pu la suivre jusqu’aux élections du 3 octobre. C’est en bonne partie grâce à la promesse d’un nouvel hôpital en Outaouais que la CAQ a fait une percée historique en 2018 dans cette région traditionnellement libérale, y gagnant trois sièges sur cinq.

La grogne entourant le projet illustre les difficultés du gouvernement Legault à inscrire certains de ses projets dans les visions de développement des principales villes du Québec.

Il y a un conflit ouvert ces jours-ci entre le gouvernement Legault et la Ville de Québec dans le dossier du projet de tramway, par exemple.

Le report dans le dossier de Gatineau est une victoire pour une coalition informelle de promoteurs immobiliers, d’activistes et d’élus locaux, de même que de députés d’opposition à Québec, qui s’opposent au choix du gouvernement.

Les arguments contre le choix du gouvernement incluent les difficultés d’accès au site en transport en commun, les répercussions négatives sur l’étalement urbain et le manque de transparence dans le processus de prise de décision.

Un choix controversé

Le projet de nouvel hôpital est un élément clé de la réforme du système de santé en Outaouais, une région qui souffre d’un manque criant de lits et qui trône souvent en bas de classement pour l’accès rapide aux soins.

Le gouvernement a décidé à la fin de 2021 d’implanter son projet sur un terrain situé dans un parc industriel aux abords de l’autoroute 5 en direction des zones de villégiature au nord.

Toutefois, à la suite de l’élection de la mairesse France Bélisle en novembre dernier, le gouvernement caquiste a accepté de procéder à une nouvelle analyse des terrains disponibles. Le processus a tenu compte d’une vingtaine de sites potentiels, dont environ cinq qui ont été analysés en profondeur.

Selon nos informations, la Ville de Gatineau a exprimé une préférence pour un site plus central, situé près du Casino du Lac-Leamy et du Réno-Dépôt, mais le gouvernement a refusé d’y implanter son projet pour cause de contamination potentielle.

C’est ainsi que le gouvernement est revenu à son plan initial en matière de choix de terrain.

Deux femmes promènent trois chiens.

Le parc de la Technologie, situé sur le boulevard portant le même nom

Photo : Radio-Canada / Jacques Corriveau

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a défendu la décision pas plus tard que cette semaine. Devant la Chambre de commerce de Gatineau, le ministre de la Famille a assuré que son gouvernement avait été plus vigilant que vigilant.

Il faut être ouvert d’esprit, parce que oui, bien sûr, on considère le centre-ville, mais à la fin, des terrains qui peuvent accueillir cet hôpital-là [...] il n’y en a pas des tonnes, a-t-il dit.

Celui-ci avait suscité la colère il y a quelques mois en traitant le mouvement d’opposition au projet du gouvernement de pelletage de nuages.

Daniel Leblanc

Vaste opposition

La coalition qui s’est opposée au choix du gouvernement dans ce dossier est vaste et diversifiée.

Par exemple, un des plus gros promoteurs immobiliers en Outaouais, Gilles Desjardins et son groupe Brigil, s’est inscrit au registre des lobbyistes du Québec pour faire pression sur le gouvernement dans ce dossier. Même si elle n’offrait pas de site au gouvernement pour la construction de l’hôpital, la firme a de nombreux autres projets immobiliers.

Selon son inscription au registre des lobbyistes, l'entreprise affirme qu’elle a voulu influencer les gouvernements à faire un choix judicieux en lien avec l'acceptabilité sociale, la proximité des utilisateurs, la facilité et la sécurité de déplacement au futur site ainsi que sur le plan de l'environnement.

Une personne en entrevue.

Le président et fondateur de la société immobilière Brigil, Gilles Desjardins (archives)

Photo : Radio-Canada / Jacques Corriveau

De plus, un nouveau groupe a pris naissance durant cette controverse, soit la Coalition pour un centre hospitalier accessible et durable en Outaouais (CCHADO). En tant que membre de cette coalition, l’ancien maire de Gatineau Marc Bureau a qualifié le choix du site du gouvernement d’irréfléchi et d’irresponsable.

Les adversaires au gouvernement dans ce dossier incluent les députés libéraux Maryse Gaudreault et André Fortin, le préfet de la MRC des Collines-de-l’Outaouais, Marc Carrière, et les conseillers municipaux Daniel Champagne et Steve Moran, de même que l’Ordre des urbanistes du Québec.

La société civile dit quelque chose et le gouvernement n’écoute pas, déplorait récemment le co-porte-parole de la CCHADO et président de la Chambre de commerce de Gatineau, Stéphane Bisson. Il va falloir que le gouvernement fasse preuve d'ouverture et qu'eux viennent s'asseoir à la table avec nous et qu'ils viennent nous dire c'est quoi les fameux critères.

Stéphane Bisson en pleine entrevue à Radio-Canada sur le bord de la rue.

Le président de la Chambre de commerce de Gatineau, Stéphane Bisson (archives)

Photo : Radio-Canada

Marc Bureau affirmait le mois dernier que la coalition ne baisserait pas les bras dans ce dossier.

Même si le gouvernement décide dans les semaines à venir que le centre hospitalier va se faire ici, on va grandir nos appuis, et il n’y a pas personne qui va cesser de lutter, a-t-il lancé.

En acceptant de revoir son projet, le gouvernement ajoute aux délais dans la mise en chantier. Il y a quatre ans, M. Legault promettait un plus petit projet de 170 lits, mais annonçait que si son parti prenait le pouvoir, il allait immédiatement lancer le processus pour la construction d’un nouvel hôpital régional.

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