•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Réactions aux excuses du pape : « le processus de guérison peut enfin commencer »

« Demander pardon, c’est reconnaître que ces gestes-là étaient inacceptables », soutiennent les autochtones d’Ottawa et de l'Outaouais

Chargement de l’image

Des membres de l'Assemblée des Premières Nations chantent une chanson traditionnelle à l'extérieur de la place Saint-Pierre alors que leur délégation rencontre le pape François au Vatican.

Photo : AP / Andrew Medichini

Les excuses du pape François présentées aux peuples autochtones pour les mauvais traitements qu’ils ont subis dans des pensionnats par des membres de l’Église catholique ont été reçues avec beaucoup d’émotion, vendredi, dans la grande région de la capitale nationale.

Sur les réseaux sociaux, les membres de la communauté autochtone d’Ottawa et de l'Outaouais se sont relayés les propos du pape à une vitesse vertigineuse.

Chargement de l’image

Le pape François.

Photo : AFP / ANDREAS SOLARO

« Je ressens de la honte pour le rôle qu'un certain nombre de catholiques ayant des responsabilités éducatives ont joué dans l'abus et le manque de respect pour l'identité, la culture et les valeurs spirituelles des peuples autochtones du Canada. »

— Une citation de  Tweet du pape François

À Kitigan Zibi, Aurel Dubé est encore tout ébranlé de ce qu’il vient d’entendre à la télévision.

On attendait le message du pape depuis plusieurs années. Je n'ai pas besoin de vous dire que c’est avec beaucoup d’émotion que je l’ai écouté ce matin, a-t-il raconté.

En entendant les paroles du pape François, il a immédiatement eu une pensée pour son grand-père qui a pris de grands risques à l'époque en cachant ses tantes des autorités ecclésiastiques parce qu'il ne voulait pas qu’elles aillent dans un pensionnat autochtone.

Chargement de l’image
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le grand-père d'Aurel Dubé a caché ses enfants pour qu'ils ne soient pas envoyés dans un pensionnat autochtone.

Photo : Gracieuseté : Aurel Dubé

Il était passible d'emprisonnement, a raconté M. Dubé. Car on le savait qu’il y avait des choses pas correctes qui se passaient dans ces pensionnats-là.

« Imaginez, aujourd'hui, on s'inquiète quand notre enfant revient de l'école avec du retard. Nous, nos enfants partaient et ne revenaient pas. »

— Une citation de  Aurel Dubé, membre de la communauté de Kitigan Zibi

Aurel Dubé a également eu une pensée pour sa tante Jacqueline qui chaque fois qu’elle entend siffler un train, même 60 ans plus tard, replonge dans ses douloureux souvenirs de jeune pensionnaire à Pointe-Bleue au Lac-Saint-Jean.

Ça lui rappelle les temps où elle prenait le train pour aller au pensionnat autochtone, a expliqué Aurel Dubé. Elle est la dernière survivante de sa famille à avoir fréquenté un pensionnat autochtone. Encore aujourd’hui, ça lui crée beaucoup d’anxiété.

Chargement de l’image
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La tante d'Aurel Dubé est la dernière survivante de la famille à avoir fréquenté un pensionnat autochtone.

Photo : Gracieuseté : Aurel Dubé

En ce sens, M. Dubé accueille favorablement les excuses du pape François qui lui paraissent honnêtes.

On a vu qu’il était vraiment à l’écoute, a-t-il remarqué. Le message du pape, c'est un début de réconciliation. Je pense qu’on ne pourra rien qu’aller de l'avant avec ça.

Après une semaine de rencontres avec les délégations des Inuits, des Métis et des Premières Nations, le pape Francois s'est excusé pour les souffrances causées par les pensionnats pour autochtones, ce qui a suscité évidemment un grand soulagement et beaucoup d'émotion par les délégations autochones du Canada présentes au Vatican. Entrevue avec la sénatrice Michèle Audette, ancienne présidente de l'Association des femmes autochtones du Québec.

Un baume sur les cicatrices

Claudette Dumont-Smith, une autre membre de la communauté de Kitigan Zibi établie à Gatineau, croit elle aussi que les excuses papales sont un bon pas vers un rapprochement.

Il y a beaucoup de gens qui veulent la réconciliation, mais qui ne croyaient pas que ces excuses allaient être prononcées, a-t-elle déclaré. En entendant le pape s’excuser, je pense qu’il va y avoir une plus grande ouverture pour la réconciliation.

Chargement de l’image

Claudette Dumont-Smith, ex-directrice générale de l'Association des femmes autochtones du Canada

Photo : tirée du compte Facebook de Claudette Dumont-Smith

Car ces excuses, a-t-elle précisé, ont l’effet d’un baume. Les survivants, qui attendent cette demande de pardon depuis 2009, avaient besoin d’entendre ces mots pour entamer leur processus de guérison.

« Je pense que c’est une journée mémorable pour les survivants, surtout. »

— Une citation de  Claudette Dumont, membre de la communauté de Kitigan Zibi

Plus de 150 000 enfants autochtones ont été forcés de fréquenter des pensionnats entre les années 1880 et 1996, et plus de 60 % des écoles étaient dirigées par l'Église catholique.

L’Église catholique niait depuis longtemps que les pensionnats autochtones étaient si graves que ça. Alors, aujourd’hui, quand le pape s’est excusé avec des mots très forts, il a dit : oui ces choses sont arrivées, on vous croit et on s’excuse.

Chargement de l’image

Des représentants des Premières Nations ont chanté devant la basilique Saint-Pierre.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Il faut toutefois en faire plus

Le chef national du Congrès des peuples autochtones, Elmer St-Pierre, a lui aussi avidement écouté l’allocution du pape François vendredi matin. Il reconnaît la valeur symbolique des excuses papales, mais selon lui, les cicatrices sont encore loin d’être complètement refermées.

Le gouvernement fédéral et l’Église catholique oublient que notre peuple a besoin plus que des excuses, estime M. St-Pierre. Non seulement nous avons besoin d’une guérison par les excuses, mais nous avons aussi besoin d’une guérison émotionnelle.

Chargement de l’image

Le chef national Elmer St-Pierre est satisfait des excuses du pape François, mais souhaite que l'on joigne le geste à la parole.

Photo : Radio-Canada

A priori, le chef national juge que pour faire la paix avec le passé, il faudrait en savoir davantage sur ce qui s’est réellement passé dans les pensionnats autochtones. Il veut notamment connaître les causes des décès et l'identité des enfants autochtones qui ont perdu la vie.

Les tombes ne sont pas marquées. Donc ce serait vraiment bien de pouvoir consulter les dossiers scolaires, voir quels enfants étaient dans ces écoles, et quels enfants – quels survivants – sont rentrés chez eux, plaide-t-il.

Nous pourrions alors avoir une idée de qui se trouve dans ces tombes, espère M. St-Pierre. Nous ne savons toujours pas qui sont les enfants qui s'y trouvent, mais nous savons que ces enfants sont là.

« Je ne peux pas imaginer être un père, une mère, ou un grand-parent, au milieu de tout ça, et que mon enfant disparaisse. Ça me hanterait toute ma vie! »

— Une citation de  Elmer St-Pierre, chef national du Congrès des peuples autochtones, Elmer St-Pierre

Le chef national ressent encore aujourd’hui les brûlures provoquées par les pensionnats autochtones, et continue d’insister sur l’importance d’offrir aux familles touchées une compensation convenable.

Le membre du conseil de bande et ancien chef de Kitigan Zibi, Gilbert Whiteduck abonde dans le même sens que M. St-Pierre. Ces excuses viennent répondre à une demande des survivants des pensionnats, a mentionné M. Whiteduck.

C’est un morceau important de leur guérison qu’ils attendaient et qui vient confirmer ce qui est arrivé, a-t-il dit avant de questionner l'impact réel de ces excuses.

Au-delà des pensionnats, l'Église catholique est responsable de plusieurs écarts et sévices imposés aux Premières Nations, selon ce dernier.

« Pourquoi ça a pris autant de temps? Ils ont attendu qu’on retrouve des corps, je ne comprends pas. »

— Une citation de  Gilbert Whiteduck, ancien chef de Kitigan Zibi

Malgré les excuses, les traumas demeurent toujours, a rappelé le membre du conseil de bande. Ce dernier met ses espoirs dans la visite du Pape au Canada, dont la date officielle n'a pas encore été annoncée.

Chargement de l’image

Céline Thusky est une aînée autochtone originaire de Lac-Barrière. Elle réside à Messine, en Outaouais.

Photo : Radio-Canada

Trop tard et trop dur

Céline Thusky, une aînée autochtone originaire de Lac-Barrière, va encore plus loin et rejette les excuses du pape. L’isolement psychologique et les abus vécus alors qu’elle a été pensionnaire pendant près de neuf ans sont encore trop vifs pour qu’elle puisse un jour pardonner à ceux qui lui ont fait du mal.

D’autant plus, dit-elle, les excuses arrivent beaucoup trop tard.

« Dire aujourd’hui que je pardonne tout, pour moi c’est impossible. [...] C’est très dur. »

— Une citation de  Céline Thusky, aînée autochtone originaire du Lac-Barrière

Ce n’est pas que du temps dont a besoin Mme Thusky, elle a aussi besoin d’avoir la foi. Pour pardonner, il faut croire dans la religion catholique, mais moi, j’ai arrêté de croire, confesse-t-elle.

J’ai tellement pleuré, c’est encore dur [pour moi] de m’exprimer, ajoute Céline Thusky, qui doit suivre son propre cheminement avant de pouvoir réellement passer l’éponge.

Un moment historique

Pour sa part, l’archevêque de Gatineau, Mgr Paul-André Durocher, reconnaît que la route vers la réconciliation est un long chemin. Il est de tout cœur avec les communautés autochtones canadiennes. À ses yeux, ce qui se passe actuellement à Rome revêt une signification particulièrement historique.

« Ç’a été un très long processus, mais finalement on y est arrivé. »

— Une citation de  Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau

Ce qui m’a vraiment touché, ç'a été de voir ces peuples autochtones prier dans leur langue, dans leur spiritualité [...] au cœur de la Cité du Vatican, en train de s’exprimer dans la plénitude de leur identité , partage-t-il avec émotion.

Chargement de l’image

Mgr Paul-André Durocher a été particulièrement touché par l'allocution du pape ce matin.

Photo : Radio-Canada / Fiona Collienne

Les larmes lui sont montées aux yeux lorsqu’il suivait l’audience du pape sur Radio Vatican. J’étais très ému , confie-t-il. L’image, elle est très forte pour moi.

C’est d’ailleurs le symbolisme fort de la chose qui l’atteint avant tout. Les écoles résidentielles ont été un effort pour tuer ces cultures-là, cette identité, rappelle-t-il, et de la voir jaillir au cœur du Vatican c’est pour moi l’image la plus forte de la journée.

Avec les informations de Claudine Richard, Nafi Alibert et Fiona Collienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !