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La population d’une harde de caribous en déclin triple grâce à ses gardiens autochtones

Un caribou marche dans la neige au milieu de la forêt.

La province comptait 40 000 caribous au siècle dernier; il n'en restait plus que 230 en 2020, selon le gouvernement de la Colombie-Britannique.

Photo : The Yellowstone to Yukon Conservation Initiative / David Moskowitz

Radio-Canada

Dans le nord-est de la Colombie-Britannique, une harde de caribous au bord de l’extinction locale a triplé en moins d’une décennie. Ce succès de conservation est dû à une combinaison d’efforts de deux Premières Nations pour contrôler leurs prédateurs, protéger leurs habitats et accompagner les femelles pendant leur gestation.

Il n’y a pas d’autre endroit où on a vu tripler une harde de caribous en aussi peu de temps, se réjouit Clayton Lamb, scientifique de l’Université de la Colombie-Britannique, coauteur d’une étude sur le retour de la harde de caribous de Klinse-Za avec les Premières Nations de Moberly et de Saulteau.

À l'époque, les caribous faisaient partie du paysage canadien. Ils étaient présents sur environ un quart du territoire. Aujourd'hui, l’espèce est en déclin, car son habitat naturel, les forêts boréales anciennes, est menacé par les activités forestières.

Dans le nord de la province, la harde de caribous Klinse-Za, qui comptait 250 individus dans les années 1990, n'en enregistrait plus que 38 en 2013, ce qui la rapprochait dangereusement de l’extinction.

Pour éviter que ce scénario ne se produise, les Premières Nations de Moberly et de Saulteau ont pris les choses en main.

Après avoir convoqué une réunion avec l’industrie forestière et des représentants du gouvernement, elles leur ont proposé une solution radicale : capturer les femelles gestantes pour les aider à mettre bas dans des lieux sécuritaires et prendre soin des nouveau-nés jusqu’à ce qu’ils soient solides. S'y ajoutaient les mesures de régulation des populations de loups, leurs prédateurs.

Cela représente beaucoup de travail de conviction, affirme Naomi Owens-Beek, membre de la Première Nation de Saulteau.

Capturer les femelles en gestation

En mars 2014, une dizaine de femelles de la harde ont ainsi été récupérées et amenées dans une vallée à haute altitude, protégée par une barrière électrique recouverte d’une couverture noire. Deux membres des communautés ont vécu avec les caribous, les surveillant constamment grâce à des motoneiges et à des véhicules tout terrain.

Cela demande beaucoup d’être gardien. On vit dans un enclos 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. On ne peut pas les laisser sans surveillance, on doit les nourrir deux fois par jour et on doit s’assurer qu’elles vont bien, explique Naomi Owens-Beek.

Après avoir passé plusieurs semaines dans le secteur protégé, les caribous ont été ramenés dans leur harde vers le mois de juillet.

Après neuf saisons de gestation, la harde de caribous Klinse-Za a atteint 114 individus, enregistrant ainsi un taux de croissance de 13 %. Le taux de survie des nouveau-nés s’est amélioré de 50 %, tandis que celui des caribous âgés de 1 an a plus que doublé. La réintégration des individus à la harde s’est également bien déroulée.

C’est un travail de conservation sans précédent, soutient Clayton Lamb.

Un troupeau de caribous circulant ensemble dans une jeune forêt enneigée.

Un troupeau de caribous se déplace vers les plaines au printemps.

Photo : Hans Mohr

Protéger l'habitat reste la clé

Les hardes de caribous voisines n’ayant pas bénéficié de cet accompagnement ont décliné de 14 %, depuis 2013.

Le développement de la harde Klinse-Za est également dû à la mise en oeuvre d’un programme d'abattage de loups. Celui-ci a permis de réduire la densité de la population de ces prédateurs de plus de 12 animaux par aire de 1000 kilomètres carrés à moins de 3. C'est une densité de population plus proche de son niveau historique.

Deux loups, un mâle et une femelle, côte à côte.

L'abattage de loups est une mesure mise en oeuvre en Colombie-Britannique pour conserver des hardes de caribous.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

La restauration de l’habitat du caribou est également la clé de ce succès, selon Naomi Owens-Beek. Il n’y a aucun intérêt à régénérer une population si elle n’a aucun espace pour se développer ensuite, affirme-t-elle.

En 2020, Ottawa et Victoria se sont entendus pour protéger et restaurer environ 8100 kilomètres carrés d’habitat naturel du caribou dans la région. Cet accord venait avait un coût, souligne Clayton Lamb.

L’extraction des ressources était planifiée. Alors maintenant une large portion de ce territoire n’est plus disponible, explique-t-il.

Naomi Owens-Bee estime que ce programme de capture des caribous ne serait plus nécessaire, si la harde était en nombre suffisant et disposait d’espace pour se développer.

Une collaboration, une inspiration

Clayton Lamb espère que ce succès en matière de conservation pourrait apporter des changements dans le modèle des mesures de conservation au Canada. Plusieurs autres Premières Nations sont déjà entrées en contact avec les deux communautés au sujet de ce succès.

C’est un acte tellement innovant et mené par des communautés elles-mêmes, soutient Clayton Lamb.

Les aînés autochtones, qui se souviennent du temps où les caribous étaient aussi nombreux que les insectes sur le territoire, sont eux aussi ravis de ces efforts de conservation, souligne Naomi Owens-Beek.

Avec les informations de La Presse canadienne

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