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Des sénateurs inondés de messages conspirationnistes sur le revenu minimum garanti

Des manifestants portent une pancarte sur laquelle est écrit « we reject your great reset ».

Des opposants aux mesures sanitaires figurent parmi ceux qui pensent que le revenu minimum garanti fait partie d'un vaste complot appelé « great reset », orchestré par le nouvel ordre mondial (archives).

Photo : (Graham Hughes/The Canadian Press)

CBC

Les membres de la Chambre haute sont débordés d’appels et de courriels selon lesquels un projet de loi sénatorial qu’ils étudient sur le revenu minimum garanti est une vaste conspiration du nouvel ordre mondial.

Les personnes à l'origine de ces dizaines de milliers de messages font valoir que le projet de loi S-233 vise ni plus ni moins à leur retirer leur pension et à installer un régime totalitaire. Le flot de correspondances est tel que les serveurs du Sénat ont subi des pannes.

S’il est adopté, le texte législatif ne fera pas entrer en vigueur un programme de revenu minimum garanti. Il vise en fait à créer un cadre pour permettre au gouvernement fédéral d’étudier un tel projet et de faire un rapport sur ses conclusions.

Malgré ce fait – et le peu d’appétit de l’administration Trudeau pour ce genre de programme social –, une campagne de correspondance bien organisée fait parvenir au sénateur une avalanche de messages arguant que ce projet de loi sonnera le glas de la pension de la Sécurité de la vieillesse et de l’assurance-emploi.

Un gazouillis qui fait boule de neige?

Certains des messages font également écho à une publication Twitter d’un ancien candidat du Parti populaire du Canada, Peter Taras. Dans son micromessage, il indique que les personnes vaccinées n’auront plus droit à aucune prestation d’aide fédérale. Le gazouillis a été partagé plus de 700 fois.

Cette allégation est complètement farfelue et fausse, réplique Kim Pate, la sénatrice qui a proposé le projet de loi. Le projet de loi ne ferait pas reculer les bénéfices qui existent déjà, insiste-t-elle. Le revenu minimum garanti serait une partie d’un filet social robuste qui inclurait de l’aide pour le logement, la garde d’enfant, l’éducation, les médicaments, les soins dentaires et la santé mentale.

D'autres sites aux tendances conservatrices ont véhiculé ce genre de thèses.

Fascisme, cyborgs et Forum économique mondial

La sénatrice albertaine Paula Simons a quant à elle reçu des milliers de courriels, de lettres et d’appels lui mentionnant que le projet de loi S-233 est un complot pour établir le nouvel ordre mondial. Le volume de messages est tel qu’elle et certains de ses collègues ont recours à d’autres plateformes de messagerie, car leur courriel est pratiquement inutile à ce stade.

« Depuis le départ des camionneurs [du centre-ville d’Ottawa], nous sommes bombardés. »

— Une citation de  Paula Simons, sénatrice indépendante

Les correspondances regorgent de thèses sur la menace qui guette le mode de vie canadien : les fascistes, les socialistes, les francs-maçons, Bill Gates, l’investisseur américain George Soros et le Forum économique mondial. D’autres vont même jusqu’à dire que toute cette affaire n’est qu’une étape de plus pour transformer les humains en cyborgs, pousser des programmes de stérilisation ou bien exterminer les personnes âgées.

Le Forum est au centre de beaucoup de théories du complot, car en 2020, certains de ces dirigeants ont utilisé le terme « great reset » (ou grande réinitialisation) pour décrire une réflexion sur nos pratiques économiques qui pourrait s’amorcer après les bouleversements de la pandémie.

Klaus Schwab pose pour la caméra.

Klaus Schwab, ingénieur et économiste de formation, est toujours à la tête du Forum économique mondial, l'entité qui a relancé l'idée du « great reset », ou grande réinitialisation.

Photo : Reuters / Denis Balibouse

Beaucoup de gens pensent qu’une élite sinistre a créé la pandémie pour rendre les gens dépendants du gouvernement, explique Amarnath Amarasingam, un professeur de l’Université Queen’s qui se spécialise dans l’étude des théories du complot.

Ce genre d’idée n'a rien de nouveau, note-t-il, mais la pandémie a propulsé le mouvement qui affirme qu’une élite mondiale veut réduire l’humanité à l’esclavage.

La COVID a brisé bien des gens

Mme Simons est d’avis que cette vague de messages est attribuable à la pandémie. Je pense vraiment que la COVID-19 a brisé bien des gens. Certains de ces messages relèvent du délire paranoïaque. C’est le genre de chose qui arrive quand une personne traverse une phase maniaque ou schizophrénique.

Aux bouleversements de la pandémie s’ajoutent une plus grande méfiance du gouvernement, des médias, des experts et de la santé publique. Ce climat coïncide avec l’arrivée des réseaux sociaux alternatifs où pullulent les thèses complotistes, précise aussi le professeur Amarasingam.

Ces plateformes ont connu une croissance incroyable. Elles ont créé un vase clos intellectuel où les gens ne croient que ce que disent les autres internautes. Ils sont pris dans une chambre d’écho et tout ce qui vient de l’extérieur est nécessairement corrompu, détaille-t-il.

Ces personnes ignorent la façon dont fonctionne le gouvernement et comment un projet de loi chemine au Parlement. La fabulation comble facilement ces trous, note M. Amarasingam.

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