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Vers un nombre record de cyberenquêtes impliquant des armes à feu au SPVM

Le bureau d'un policier.

Le module des cyberenquêtes du SPVM

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

L'année 2022 est à peine commencée que, déjà, 58 dossiers de cyberenquêtes ont été ouverts au Service de police de la Ville de Montréal en date du 31 mars.

Il s'agit d'une augmentation de 68 % par rapport à la même période l'année dernière.

En comparaison, il n'y en a eu que trois au cours de l'année 2018.

C'est ce qu'a révélé Maya Alieh, sergente-détective, qui est responsable du module de cyberenquête du SPVM, lors du Forum montréalais pour lutter contre les armes à feu.

Les réseaux sociaux ont l'effet négatif d'être un puissant vecteur de propagation de la culture de violence armée, a fait savoir la policière.

Quatre-vingt-huit pour cent des dossiers criminels que nous traitons touchent l'utilisation de Facebook, Instagram, Snapchat et YouTube, a affirmé Mme Alieh devant plusieurs intervenants invités à participer aux travaux au Marché Bonsecours.

« En 2018, on ne voyait pas beaucoup de gens qui s'affichaient avec des armes à feu sur les réseaux sociaux. On a eu trois dossiers seulement où notre module a été demandé en soutien aux enquêtes criminelles. »

— Une citation de  Maya Alieh, responsable du module des cyberenquêtes du SPVM
Maya Alieh.

La sergente-détective Maya Alieh, spécialiste en cyberenquête au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM)

Photo : Radio-Canada / André Grégoire, caméraman

Des dossiers d'enquête troublants

La sergente-détective évoque des dossiers troublants d'enquête de violence sur les réseaux sociaux visant de très jeunes victimes.

Mme Alieh partage ainsi le cas d'une fillette, en première année du primaire, qui a fait une tentative de suicide après avoir reçu des menaces par l'application mobile WhatsApp.

Ma première préoccupation a été de me demander si elle allait s'en sortir. La réponse était oui. Mais ma deuxième question était : que faisait-elle avec un compte WhatsApp et un cellulaire à son âge?, souligne la sergente-détective.

Il y a beaucoup de tentatives de suicide que nous enquêtons parce qu'un incident découle d'un partage sur les réseaux sociaux. Le jeune se retrouve à se faire menacer ou humilier, a-t-elle ajouté.

Personne n'est à l'abri, selon la policière. Rien ne se perd, tout se multiplie sur les réseaux sociaux. N'importe quel jeune, peu importe son origine, le revenu familial ou le statut familial, est susceptible de se retrouver victime de violence sur les réseaux sociaux.

Nous avons enquêté le cas d'un autre jeune qui s'est retrouvé dans une cage à quatre pattes sous la menace d'une arme à feu. Il y a trois choses dans ce cas-ci, la victime qui s'est retrouvée humiliée, le jeune qui s'est servi d'une arme pour humilier, et les autres jeunes qui sont désensibilisés au point de repartager au lieu de dénoncer, raconte encore Mme Alieh.

Grâce aux réseaux sociaux, un jeune d'une école secondaire peut se retrouver en contact avec des jeunes d'autres niveaux du même établissement en faisant des recherches communes sur Internet. Les algorithmes font en sorte de regrouper les utilisateurs avec des intérêts communs.

Au lieu d'avoir accès à quelques personnes de son entourage, un jeune adolescent peut être exposé à plus de 4000 personnes, dont la majorité sont des inconnus. Qui connaît 4000 personnes dans la vie? On ne laisserait pas son enfant sans surveillance dans un parc. On ne le laisserait pas plus au parc de Walt Disney parmi des milliers d'inconnus, donne en exemple la sergente-détective.

La pandémie et la violence armée

Selon Abdellah Azzouz, un jeune conférencier au Forum montréalais pour lutter contre la violence armée, la pandémie aurait exacerbé les comportements violents chez les jeunes.

Fondamentalement, les adolescents ont un besoin d'interagir. Ces interactions, qui étaient interdites en personne depuis deux ans, se sont déplacées sur les réseaux sociaux. La violence armée aussi, selon lui.

Abdellah Azzouz.

Abdellah Azzouz a vu cinq personnes qu'il connaissait mourir sous les balles ces dernières années.

Photo : Radio-Canada / André Grégoire, caméraman

Quand tu es à l'adolescence, tu es à la quête de ton identité. Tu peux être plus vulnérable, plus influençable pour être accepté par le groupe social. C'est pourquoi il est important d'avoir des modèles positifs, des options aussi comme le sport ou des programmes sociaux pour élargir tes horizons, affirme M. Azzouz.

Aujourd'hui âgé de 22 ans, il plaide pour également mieux outiller les parents qui doivent faire partie de la solution. Beaucoup ont très peu de connaissances à propos des réseaux sociaux, qui ne cessent d'évoluer avec de nouveaux services qui apparaissent sur les applications mobiles.

La pandémie a eu beaucoup d'effet sur le moral des jeunes, qui se sont retrouvés isolés. Le confinement avait pour but de se protéger contre la COVID, mais il n'y a rien eu pour prévenir les moments de détresse des adolescents. J'en connais qui n'ont plus envie d'aller à l'école à cause des cours à distance qui se sont poursuivis trop longtemps, mentionne encore M. Azzouz.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a livré un plaidoyer pour poursuivre la lutte contre la violence armée. Originaire de la région de Toronto, il dit bien connaître le problème.

C'est l'un des plus grands défis de notre époque. Dans la dernière année, presque 300 personnes sont mortes dans des fusillades [au Canada]. C'est inacceptable, a-t-il mentionné en marge de l'événement.

« Dans la dernière semaine, j'ai rencontré mon homologue secrétaire à la sécurité intérieure des États-Unis, Alejandro Mayorkas, pour participer à un forum transnational pour freiner le trafic d'armes à feu illégales. Nous avons créé un comité pour mieux communiquer nos renseignements des deux côtés de la frontière. »

— Une citation de  Marco Mendicino, ministre fédéral de la Sécurité publique

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