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Envoyé spécial

Loutsk, la base arrière ukrainienne

Un drapeau flottant sur une clôture de maison

Le drapeau ukrainien flottant sur les hauteurs de la ville

Photo : Radio-Canada

Il faut franchir de nombreux points de contrôle avant d’atteindre Loutsk. Soldats et policiers veillent au grain en scrutant chaque véhicule. La région est stratégique à plusieurs égards. Une base vitale pour la résistance ukrainienne.

Le Bélarus n’est qu’à 130 kilomètres de Loutsk. Un peu trop loin pour être visible du plus haut point de la ville, le château de Lubart. Une construction défensive pour une région convoitée depuis des siècles.

Malgré de nombreuses tentatives au fil de l’histoire, le château n’a pas été pris. Et les Ukrainiens qui veillent sur Loutsk ces jours-ci n’ont pas l'intention d’être les premiers à laisser l’ennemi passer.

Un bataillon de soldats volontaires porte d’ailleurs le nom du château. Le bataillon de Lubart compte plusieurs hommes déjà formés au combat ainsi que de nombreuses recrues.

Ce sont ces jeunes hommes sans expérience militaire qui s'entraînent patiemment dans un champ se trouvant aux limites de la ville, balayé par les vents.

Des hommes habillés en soldats alignés dans un terrain vague

Le reportage de Yanik Dumont Baron

Photo : Radio-Canada

Guerre en Ukraine

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Un véhicule blindé est en feu, un corps gît dans la rue.

Ils sont une vingtaine. Les regards se concentrent sur deux recrues. Couchées sur de petits matelas, elles visent une cible au loin, avant de faire feu avec leur fusil d’assaut.

Le fort vent masque en partie la détonation. Après trois ou quatre tirs, recrues et instructeurs examinent les cibles, corrigent leur technique.

On sent les recrues nerveuses mais motivées. Un groupe déjà soudé par la guerre, uni devant la Russie. Dans quelques jours, ils seront au combat.

Tous portent un uniforme vert avec des gilets pare-balles; certains ont des souliers de course aux pieds. Un type maigre se réchauffe sous le capuchon de son chandail mauve.

Elles seront détruites

Le responsable du bataillon Lubart nous reçoit brièvement dans son quartier général. L’endroit est discret, caché dans un quartier résidentiel de Loutsk.

Sur son bureau, un fusil d'assaut. Des armes, j’en ai plein, lance-t-il, et des bien plus grosses. Sourire plein de sous-entendus; le commandant n’en dira pas plus.

Le jeune homme a combattu l’armée russe en 2014 et 2015 dans le Donbass. Il souligne qu’il est très important que sa ville ne tombe pas aux mains de l’ennemi.

La région est voisine de l’Union européenne. C’est par cette Europe que transite l’aide étrangère, humanitaire comme militaire, qui alimente l’Ukraine.

Loutsk est donc un carrefour stratégique pour l’Ukraine, sur la route la plus directe pour approvisionner la région de Kiev et sa capitale.

Le responsable du bataillon Lubart

Le responsable du bataillon Lubart

Photo : Radio-Canada

La proximité avec le Bélarus ne semble pas trop l’embêter. Même si son dirigeant est un obligé de Vladimir Poutine. Même s’il a permis à l’armée russe d’y conserver des troupes et d’utiliser le territoire pour lancer des missiles sur l’Ukraine.

Presque souriant, le commandant Vadim promet que les troupes ennemies, russes comme bélarusses, seront détruites si elles osent franchir la frontière.

Un maire plein d’assurance

Le maire de Loutsk affiche une confiance semblable lorsqu’il nous reçoit dans un hôtel de ville bien gardé. Ihor Polishchuk, 33 ans, doit guider une population de 200 000 personnes dans cette crise.

Dès les premiers jours, d’imposants systèmes de défense ont été installés. Des piles de sacs de sable et de blocs de ciment, des points de contrôle militaire qu’il est interdit de photographier.

Loutsk compte sur 8000 soldats volontaires en appui aux soldats et policiers. Tous ces hommes sont bien visibles, attablés en terrasse, un café à la main, marchant en tenant la main de leur compagne.

Le maire Ihor Polishchuk veut cette présence rassurante. Mais il reconnaît que la population est inquiète, angoissée. Surtout après la frappe de missiles qui a détruit un dépôt pétrolier en début de semaine.

Un peu partout, les drapeaux bleu et jaune flottent au vent, décorent les fenêtres. De nombreux panneaux publicitaires affichent des slogans patriotiques, appelant à la victoire, à la mort de l’envahisseur.

La ville, relativement animée le jour, devient vite calme quelques heures avant le couvre-feu. La nuit, il ne reste plus sur les routes que quelques véhicules militaires et des patrouilles policières.

Un homme dans un bureau parlant au téléphone

Le maire de Loutsk

Photo : Radio-Canada

Une aide militaire… venant des civils

Dans une petite zone industrielle de Loutsk, près de la voie ferrée, le hangar qui abrite un théâtre a été transformé en centre de tri. Une petite fourmilière dans un endroit bien discret.

Ce midi, on prépare un convoi pour Mikolaiv. La ville, située à 900 kilomètres de Loutsk, est convoitée par les forces russes. Une dizaine de jeunes artistes s'affairent à remplir une camionnette blanche.

Le sol est cabossé, plein de pierres et de petits blocs de ciment. Les bénévoles enjambent une voie ferrée abandonnée et déposent des boîtes dans la camionnette.

Des génératrices, des drones de surveillance, des médicaments et même des munitions seront envoyés, explique Ruslana Porytska, l’une des responsables.

À l’intérieur du hangar, on trouve beaucoup de nourriture et de l’équipement de survie, un ravitaillement crucial pour entretenir la résistance ukrainienne à Kiev comme plus à l’est ou au sud. Des biens et des denrées livrés par une petite armée de citoyens répartis un peu partout dans le pays.

Notre dossier Guerre en Ukraine

Marioupol demeure l’une des rares villes que ce réseau ne peut approvisionner. Un crève-cœur pour Ruslana Porytska et son équipe. Nous sommes de tout cœur avec Marioupol. On est prêts à tout leur envoyer. C’est malheureusement impossible.

Si tout va bien, le convoi vers Mikolaiv aura atteint sa destination en soirée; un appui crucial venant de compatriotes comme d’étrangers.

Quelques heures auparavant, dans une cour d’école non loin de là, l’un des responsables de la police de Loutsk a donné ses consignes à ceux qui passeront la nuit à veiller sur la ville.

Ces temps-ci, la courte réunion se termine toujours de la même manière.

Vive l’Ukraine! lance-t-il. D’une seule voix, ses hommes lui répondent : Armée russe, va te faire voir!

La phrase est devenue une sorte de slogan de cette résistance. Elle résume probablement bien ce que pensent la plupart des gens de Loutsk.

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