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Liens avec la Russie : Ottawa menace de couper le financement des artistes

Le gouvernement exhorte le milieu culturel à cesser toute association, même indirecte, avec l'État russe.

Pablo Rodriguez

Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans une lettre obtenue par Radio-Canada, Patrimoine canadien annonce qu'il mettra fin aux subventions et contributions versées à tous ceux qui collaborent avec des artistes liés à la Russie et au Bélarus. Mais le manque de définition claire et les difficultés des organismes à vérifier font craindre des dérapages.

Nous vous demandons d’examiner et d’évaluer vos programmes actuels et vos liens possibles avec des partenaires étatiques russes ou bélarusses, peut-on lire dans la lettre envoyée mardi à tous les organismes qui reçoivent du financement de Patrimoine canadien.

« S’il y a des activités impliquant les gouvernements de ces deux pays ou leurs représentants, nous vous demandons de les suspendre jusqu’à nouvel ordre. »

— Une citation de  Extrait de la lettre envoyée par le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, aux organismes culturels

Les organismes culturels qui conserveront ces liens sont prévenus : ils ne recevront pas de financement du ministère. L'objectif étant de sanctionner la Russie et de soutenir de toutes les façons possibles le peuple ukrainien.

Des liens indirects difficiles à définir

La lettre indique que les activités concernées comprennent les partenariats dans le cadre de programmes, le financement direct et indirect de tournées, les coproductions ainsi que la participation à des festivals ou à d’autres événements impliquant le gouvernement russe ou bélarusse.

À Ottawa, on nous précise qu'un artiste recevant des subventions de l'État russe entre dans cette catégorie.

Pour moi, ce n’est pas clair. Comment vont-ils vérifier? s'interroge Anna*, une artiste russe établie à Montréal depuis six ans, qui a dirigé des expositions d'art contemporain à Moscou.

Elle explique que le système de financement de la culture russe est différent du Canada. Par exemple, dans l’art visuel, qu’elle connaît le mieux, ce sont souvent des oligarques qui vont financer à titre de mécènes. Est-ce que c’est considéré comme proche du pouvoir? demande-t-elle.

« D’un côté, je comprends cette position. Et d’un autre côté, je trouve ça triste pour les artistes russes que je connais et qui sont contre [la guerre]. »

— Une citation de  Anna, artiste visuelle russe établie à Montréal depuis six ans

Anna craint qu'en raison des difficultés à vérifier, les petits organismes et même les grands vont préférer ne pas prendre de risque et se dissocier de n'importe quel artiste russe.

Pourtant, elle affirme que depuis le début de la guerre, beaucoup d’artistes en Russie refusent le financement de leur gouvernement.

Un homme armé devant un immeuble résidentiel.

« Le 24 février 2022, les forces armées russes ont lancé une invasion injustifiable et non provoquée de l’Ukraine », peut-on lire en introduction de la lettre de Patrimoine canadien.

Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO

Les Russo-Canadiens ne sont pas concernés

Patrimoine canadien précise dans sa lettre que les citoyens canadiens et les résidents permanents du Canada, y compris ceux d’origine russe et bélarusse, demeurent admissibles aux programmes de subventions et de contributions du ministère.

« Il ne s’agit pas ici de cibler les citoyens et résidents permanents qui respectent la loi et souhaitent la paix, et il ne s’agit pas non plus d’attaquer la culture russe ou bélarusse. »

— Une citation de  Extrait de la lettre envoyée par le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, aux organismes culturels

Dans l'organisme culturel où travaille Anna, on réfléchit à la possibilité de ne faire affaire qu'avec des artistes russes qui ont la citoyenneté canadienne ou leur résidence permanente. On ne prend pas de risque, explique-t-elle, de peur de perdre des subventions vitales.

On se souvient du pianiste Alexander Malofeev, dont le concert a été annulé par l'OSM. On a appris qu'Ottawa met fin aux subventions offertes à ceux qui collaborent avec des artistes liés à la Russie et au Bélarus. Une décision qui fait craindre des dérapages. Reportage de Louis-Philippe Ouimet.

Le boycottage de l'art russe divise le monde de la culture d'ici

Le Festival du film de l’Outaouais a exclu les trois films russes sélectionnés, mais à l'inverse, le festival Regard, au Saguenay, a maintenu la projection d’un court métrage russe d’animation pour enfants.

Je pense qu’on ne doit pas faire payer les cinéastes russes pour ce qui se passe, les décisions du gouvernement russe ne sont pas les leurs, a expliqué la directrice de la programmation du festival de courts métrages, Mélissa Bouchard.

Toutefois, le festival a retiré les logos des institutions publiques russes indiquant que cette œuvre a reçu un soutien public.

« L’idéal serait de laisser les artistes s’exprimer et parler. L'histoire de l’humanité montre que, malgré les crises, la guerre et toutes les horreurs, l’art reste toujours le lien entre les peuples. »

— Une citation de  Anna, artiste visuelle russe établie à Montréal depuis six ans

Le spectacle de clowns Slava’s Snowshow est maintenu, ces jours-ci, au Théâtre Saint-Denis à Montréal, même s'il a été créé en Russie par le metteur en scène d’origine russe Slava Polounine.

Un jeune homme blond est au piano.

Le pianiste russe Alexander Malofeev, 20 ans, a été écarté des concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal, au début du mois.

Photo : Facebook/Alexander Malofeev

Au début du mois, le Conseil des arts du Canada (Nouvelle fenêtre) (CAC) a décidé de geler le financement d’activités auxquelles participent des artistes ou des organisations culturelles de Russie ou du Bélarus.

Nous voulons nous assurer que les fonds publics canadiens n’appuient pas les économies russe et bélarusse, prolongeant ainsi l’invasion de l’Ukraine, a expliqué le CAC sur son site.

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et la Vancouver Recital Society ont annulé des concerts prévus avec Alexander Malofeev, un jeune virtuose russe du piano, parce qu'on lui a reproché de ne pas avoir fermement condamné la guerre en Ukraine.

Selon Anna, de nombreux artistes russes, comme elle, n’appuient pas le régime de Vladimir Poutine, mais ne peuvent pas le dire tout haut, parce que leur famille est en Russie. Ils craignent des représailles. Beaucoup d’artistes russes souffrent de cette situation-là.

Elle donne l'exemple des jeunes russes qui se voient refuser leurs applications à des concours internationaux d'art, alors que ce sont ces jeunes-là qui vont dans la rue manifester et se retrouvent dans les prisons.

« D’un côté, ils risquent leur liberté en s'opposant au régime et, de l'autre, la communauté internationale ne veut rien savoir d’eux. Je trouve que ce n’est vraiment pas juste. »

— Une citation de  Anna, artiste visuelle russe établie à Montréal depuis six ans

En Ukraine, un groupe de sept cinéastes d’importance a récemment écrit une lettre pour réclamer de faire tomber un rideau de fer culturel sur la Russie et de cesser toutes collaborations culturelles avec des représentations d’un pays terroriste qui menace de détruire le monde.

Il est nécessaire de limiter l’influence de la culture russe dans le monde. La culture a préparé la base idéologique de cette guerre, a quant à lui écrit le réalisateur ukrainien Roman Bondarchuk.

*Anna nous a demandé de taire son nom pour ne pas nuire à la sécurité de sa famille en Russie.

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