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Discrimination positive : l’Université Laval au cœur d’une controverse

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L'Université Laval assure que ses offres d'emplois «n'excluent personne» (archives).

Photo : Radio-Canada / Sébastien Vachon

Un concours de l'Université Laval pour des postes dans des Chaires de recherche du Canada (CRC) en biologie ciblant les femmes, les Autochtones, les personnes ayant un handicap et les minorités visibles, et excluant de ce fait les hommes blancs qui n'ont pas de handicap, a suscité de nombreuses réactions.

Dans la description du concours, l'établissement d’enseignement supérieur détaille qu'il ne peut déposer d'autres types de profils de candidatures tant que ses cibles de représentation ne sont pas atteintes, et ce, conformément aux exigences du Programme des [Chaires de recherche au Canada] CRC.

Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval, est en entrevue dehors avec Radio-Canada.

Louis-Philippe Lampron est professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval.

Photo : Radio-Canada

L'Université Laval a par ailleurs précisé que c'est le gouvernement fédéral qui fixe les cibles en matière de diversité et d'inclusion. Il revient aux universités de les atteindre, en échange de quoi elles obtiennent des subventions d'Ottawa. C'est toutefois à l'établissement de choisir les moyens qu'il se donne pour atteindre ces cibles.

Groupes historiquement discriminés

Sur le site de l'Université Laval (Nouvelle fenêtre) qui répertorient les 73 Chaires de recherche du Canada de l'établissement, seulement 22 des titulaires sont des femmes et moins 10 % sont d'entre eux sont issus de la diversité.

Le concours a pour but de remédier aux inégalités que vivent les groupes historiquement discriminés et d’augmenter la représentativité de chercheuses et de chercheurs diversifiés parmi les titulaires de chaire de recherche du Canada, fait valoir l’établissement d’enseignement supérieur.

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L'Université Laval affirme être soumise aux exigences et pratiques en matière d’équité, de diversité et d’inclusion du Programme des Chaires de recherche du Canada (archives).

Photo : iStock / Lyubov Ivanova

La direction ajoute que l’augmentation de la diversité en recherche a des bénéfices. Elle mentionne notamment que la diversité des perspectives, des connaissances et des expériences stimule grandement l’innovation et la créativité.

« Les offres d’emploi de l’Université Laval n’excluent personne. Elles priorisent, à compétence équivalente, une personne de l’un de ces groupes : les femmes, les membres de minorités visibles et ethniques, les Autochtones et les personnes handicapées, lorsqu’il est sous-représenté. »

— Une citation de  Extrait de la réaction écrite de l’Université Laval

Levée de boucliers

Au début de la semaine, l'humoriste Guy Nantel a dénoncé sur Facebook cette exclusion des hommes blancs non handicapés (et parfois aussi hétérosexuels) de différents postes.

Je ne suis plus étonné de voir des appels de candidature excluant les gens selon des critères de genres ou de couleur de peau comme c’est le cas ici pour l’Université Laval qui ouvre des postes à 200 000 $ pour des chaires de recherche. Ce qui m’étonne par contre c’est le fait de ne même pas être gêné d’écrire qu’ils garantissent "l’égalité des chances à toutes les candidates et candidats", peut-on aussi lire dans la publication de l'ancien candidat à la chefferie du Parti québécois.

Là, y faut vraiment avoir du front pour écrire ça, dit-il, indigné.

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L'humoriste et ex-candidat à la chefferie du PQ Guy Nantel a dénoncé les critères d'admissibilité du concours de l'Université Laval (archives).

Photo : Radio-Canada

Quand un jeune homme blanc non handicapé fait une demande pour étudier chez vous, est-ce que vous l’avisez en amont qu’il sera exclu de différents avantages en raison de son physique, et ce, peu importe ses compétences? Il me semble que ce serait la moindre des choses de jouer cartez sur table dès le départ, lance l’humoriste à l’attention de la direction de l’université.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a abondé dans le même sens.

Guy Nantel a raison de dénoncer l’exclusion de l’homme blanc, hétérosexuel et non handicapé à l’Université Laval. [...] On ne corrige pas une injustice du passé par la création d’une nouvelle forme d’exclusion. La compétence devrait déterminer qui est sélectionné, estime le chef conservateur.

Jeudi, le chef du Bloc québécois Yves-François blanchet a questionné le premier ministre Justin Trudeau sur les conditions de ces chaires de recherches. Nous allons continuer de soutenir un écosystème de scientifiques et de recherches solides qui reflète le talent de tous les Québécois et de tous les Canadiens, s'est contenté de répondre le premier ministre.

Dépendance

Selon Patrick Taillon, professeur de droit à l’Université Laval, cette situation illustre la dépendance des établissements d’enseignement supérieur aux fonds de recherche, dont ceux du gouvernement fédéral, qui, depuis 2000, investit environ 311 millions de dollars par année pour attirer et retenir un groupe diversifié de chercheurs de premier ordre à travers le programme des CRC.

Si [l’université] n’atteint pas la cible de recrutement, elle n’aura pas accès aux fonds. Non seulement aux fonds qui permettent de créer ces chaires-là, mais à d’autres chaires qui vont venir ensuite, a-t-il expliqué en entrevue à l’émission Première Heure.

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Patrick Taillon mentionne que la discrimination positive «peut générer de l'exclusion pour les catégories qui ne sont pas favorisées» (archives).

Photo : Radio-Canada

Ottawa, par son pouvoir de dépenser, se retrouve en quelque sorte à imposer une transformation rapide aux universités, à défaut de quoi elles risquent d’être privées du financement tant convoité.

Les universités ont très peu de marge de manœuvre quant aux nombres d’années pour combler l’écart statistique que l’on déplore, et ça, ça complique beaucoup la capacité des administrations universitaires de concevoir des stratégies de recrutement qui n’aient pas trop d’effets pervers, soutient Patrick Taillon.

Le professeur ajoute qu’il existe des moyens de lutter contre la discrimination à l’embauche plus intéressants que d’autres.

Le CV anonyme, par exemple, est une façon de diminuer l’influence des préjugés ou les biais inconscients tout en gardant le processus de recrutement où tout le monde a une chance, a fait valoir le professeur de droit.

Avec des informations de Véronique Prince, Alexandre Duval et Érik Chouinard

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