•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’histoire du variant « québécois » dont vous n’avez jamais entendu parler

« C’est au Québec qu’on a découvert ces sept mutations; elles n’étaient pas présentes ailleurs dans le monde. »

Des virus avec le drapeau du Québec.

Le variant québécois

Photo : AFP / Radio-Canada/iStock

Des chercheurs du Québec ont fait une découverte surprenante au sujet de la COVID-19, à l'automne 2020, qui n'a jamais été rendue publique. En séquençant le virus, ils sont tombés sur un sous-variant unique au monde qui avait muté parmi les Québécois.

Avant que les variants du SRAS-CoV-2 portent des noms de lettres grecques comme Alpha, Delta et Omicron, les chercheurs québécois ont compris que le virus mutait à une vitesse vertigineuse.

À la fin de 2020, des résultats d'analyse du Laboratoire de santé publique du Québec et de l'Institut de cardiologie de Montréal ont convergé vers le fait qu'un variant avait réalisé un saut mutationnel jamais vu jusqu'alors. Et c'était ici, dans la population québécoise, que ça s'était réalisé.

« La combinaison qu’on a vue n’était pas présente sur d’autres séquences dans le monde, ce qui faisait que c’était vraiment un variant spécifique qui était survenu à partir d’un variant arrivé d’ailleurs, mais qui avait muté davantage dans des individus du Québec. »

— Une citation de  La Dre Julie Hussin, professeure adjointe à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut de cardiologie de Montréal
Portait de la Dre Julie Hussin.

« C'est au Québec qu’on a découvert ces sept mutations et elles n’étaient pas présentes ailleurs dans le monde », explique la biogénéticienne Julie Hussin.

Photo : Radio-Canada

Le variant, qui a changé de façon spécifique au Québec, venait de France. Le B.1.160 avait été identifié préalablement de l'autre côté de l'Atlantique à l'été 2020, mais son passage chez nous l'a transformé.

Il était très similaire au variant trouvé en France, mais il avait accumulé plusieurs mutations additionnelles et notamment sept mutations qui étaient présentes chez un groupe de patients échantillonnés au Québec, au cours de l’automne 2020, décrit la Dre Julie Hussin.

Il circulait beaucoup et se comportait de manière particulière, ajoute la coordonnatrice du séquençage de la COVID-19 au Québec, Sandrine Moreira. Il a donc été surveillé de près.

« C’est nous qui avons identifié que, peut-être, ce variant avait un potentiel pour devenir préoccupant. [...] On a été la seule juridiction à le placer sur la liste des variants d’intérêt. »

— Une citation de  Sandrine Moreira, responsable de la coordination génomique et de la bio-informatique au Laboratoire de santé publique du Québec
Sandrine Moreira devant un ordinateur.

Sandrine Moreira, responsable de la coordination de la génomique et de la bio-informatique à l'INSPQ

Photo : Radio-Canada

Le variant anglais a pris le dessus sur le variant québécois

Le variant québécois n'a jamais été signalé à l'Organisation mondiale de la santé, car les chercheurs d'ici ne l'ont pas jugé préoccupant. Dans le cas contraire, ils auraient eu la responsabilité d'informer la communauté internationale.

Au niveau de la neutralisation et au niveau de l’affinité avec les récepteurs des cellules humaines, il ne semblait pas plus transmissible, relate la Dre Moreira.

« On faisait attention de ne pas générer de la panique. [...] On attend toujours d’être sûrs d’avoir quelque chose de préoccupant avant d’aviser la communauté. »

— Une citation de  La Dre Julie Hussin, professeure adjointe à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut de cardiologie de Montréal

Au moment où les chercheurs québécois étudiaient ce sous-variant local, le variant Alpha, appelé à l'époque variant anglais, a émergé. Et lui était préoccupant.

Rapidement, il a remplacé le variant québécois, raconte la Dre Julie Hussin.

Un nom jamais officialisé par manque de temps

Les chercheurs québécois ont tardé à partager le séquençage de leur découverte, ce qui fait que le variant québécois n'a jamais été officiellement nommé. Il ne reste qu'un qualificatif que les chercheurs d'ici utilisent entre eux.

À l’époque, on ne partageait pas les données assez rapidement, expose la Dre Hussin.

Publication à venir dans une revue scientifique

Julie Hussin et des collègues publieront sous peu un article scientifique qui fera état de la découverte du variant québécois.

Aujourd'hui, avec Omicron et son sous-variant B.A.2 qui nous menacent d'une 6e vague, les Québécois savent trop bien à quel point le virus de la COVID-19 est capable de muter rapidement. Mais à l'automne 2020, on en savait très peu, même dans la communauté scientifique.

« Ce n’était pas compris à l’époque que le virus pouvait faire des sauts et accumuler beaucoup de mutations d’un coup. »

— Une citation de  La Dre Julie Hussin, professeure adjointe à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut de cardiologie de Montréal

La Dre Hussin explique que les variants suivants ont accumulé encore plus de mutations : 22 pour Alpha, 50-54 pour Omicron.

Le SRAS-CoV-2 mute de façon aléatoire et à chaque fois, ajoute la Dre Moreira.

Elle compare le virus à une machine à sous : À chaque fois qu’on va mettre un jeton, il y a des combinaisons qui ne vont pas être gagnantes, mais il y en a qui vont vraiment être gagnantes. Le virus, il s’essaie et, parfois, ça marche. Et lui, il s’en fiche d’essayer et d’échouer des millions de fois.

« Chaque fois qu’il y a une transmission supplémentaire, c’est un passeport permettant au virus d'essayer de nouvelles combinaisons. »

— Une citation de  Sandrine Moreira, responsable de la coordination génomique et de la bio-informatique au Laboratoire de santé publique du Québec

Le virus possède à sa surface une protéine où l’on observe le plus grand nombre de modifications et de mutations, et c’est également la portion utilisée pour la vaccination.

C’est comme une clé et on a sur nos cellules humaines le récepteur, qui est comme la serrure, dit la Dre Moreira.

Des études sont en cours sur la capacité du virus à se multiplier, donc à se reproduire. Les résultats pourraient nous en dire davantage sur la charge virale des personnes infectées et donc leur capacité à en infecter d’autres.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !