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Washington ne vise pas à « faire tomber » Poutine, assure Biden

Joe Biden prend la parole, les mains levées à la hauteur des épaules.

Le président Joe Biden s'est défendu de vouloir agir en faveur d'un changement de régime en Russie.

Photo : Reuters / KEVIN LAMARQUE

Deux jours après avoir déclaré que le président russe Vladimir Poutine ne devrait pas « rester au pouvoir », le président américain Joe Biden a assuré, lundi, que ses propos ne reflétaient pas un changement de politique de son administration à l'égard de la Russie.

Après une remarque lapidaire qui a fait craindre à certains observateurs une escalade dans la guerre en Ukraine, Joe Biden a tenté, à son tour, de tempérer leur signification au cours d'une conférence sur le budget de 2023, lors d'une période de questions monopolisée par ses propos de samedi.

Les États-Unis ne prônent pas un changement de régime, a-t-il martelé. Je n'étais pas alors, pas plus que je ne le suis maintenant, en train d'exprimer un changement de [la] politique américaine à l'égard de Moscou, a-t-il dit, expliquant qu'il avait rencontré quelques heures plus tôt des réfugiés ukrainiens qui ont fui à Varsovie.

« J'exprimais l'indignation morale que je ressentais face à la façon dont Poutine se comporte et face aux actions de cet homme. »

— Une citation de  Joe Biden, président des États-Unis

Depuis samedi, l'administration Biden s'est efforcée de minimiser le sens des propos proférés de façon impromptue par le président américain au cours d'un discours d'environ une demi-heure consacré notamment à l'unité des Occidentaux face à Moscou et prononcé en Pologne, au terme de son voyage de trois jours en Europe.

C'est une toute petite phrase qui a retenu l'attention, reléguant le reste du discours au second plan : Pour l'amour de Dieu, cet homme ne peut pas rester au pouvoir!, s'est-il exclamé.

Sa sortie, improvisée, est venue à la toute fin d'un discours lu sur téléprompteur, quelques heures après qu'il eut rencontré des réfugiés ukrainiens ayant fui les horreurs de la guerre déclenchée par Moscou il y a un peu plus d'un mois.

Je ne retire pas [mes paroles] et je ne m'en excuse pas, s'est défendu le président américain lundi. J'exprimais mon indignation. [Vladimir Poutine] ne devrait pas rester au pouvoir, a-t-il ajouté. Tout comme, vous savez, les mauvaises personnes ne devraient pas continuer à faire de mauvaises choses. Mais ça ne veut pas dire que nous avons une politique fondamentale visant à faire quelque action que ce soit pour faire tomber Poutine de quelque manière que ce soit.

« La dernière chose que je souhaite est de m'engager dans une guerre terrestre ou une guerre nucléaire avec la Russie. »

— Une citation de  Le président Joe Biden

C'est scandaleux. C'est scandaleux, a-t-il dit de la guerre meurtrière menée par Vladimir Poutine dans le pays voisin. C'est plus un souhait qu'autre chose : il ne devrait pas être au pouvoir. Les gens comme lui ne devraient pas diriger des pays, mais le fait qu'ils le fassent ne signifie pas que je ne peux pas exprimer mon indignation.

L'offensive russe en Ukraine, qui vise des zones et des infrastructures civiles, a fait plus de 3,8 millions de réfugiés, selon le bilan dressé dimanche par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a pour sa part fait état, lundi, de 1151 civils tués et de 1824 autres blessés.

La semaine dernière, l'UNICEF a en outre indiqué que la moitié des enfants ukrainiens avaient désormais dû se réfugier dans d'autres pays ou se déplacer dans d'autres parties du pays.

Les agissements de Moscou, en raison d'allégations sérieuses de crimes de guerre, sont dans la mire de plusieurs instances pénales nationales et internationales, dont la Cour pénale internationale (CPI) et le Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies.

Biden minimise le risque d'escalade, Moscou s'offusque

Contrairement à ce qu'ont avancé des experts et des politiciens américains, Joe Biden a par ailleurs affirmé ne pas du tout croire que ses propos puissent provoquer une escalade.

Interrogé sur ce que le président russe risquait d'en penser, il a répondu s'en moquer. Il va faire ce qu'il pense devoir faire, point final. Il n'est influencé par personne, a-t-il argué.

Le président Biden n'a cependant pas exclu un éventuel sommet avec son homologue russe. Cela dépend de ce dont il veut parler, a-t-il dit.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a pour sa part déclaré lundi au réseau américain PBS que le souhait de voir partir Vladimir Poutine était alarmant et complètement inacceptable, en plus de constituer une insulte personnelle.

Ce n'est pas à Biden d'en décider, avait-il déclaré samedi à l'agence Reuters. Le président de la Russie est élu par les Russes.

Les deux dirigeants ne se sont pas parlé depuis l'invasion russe de l'Ukraine, le 24 février. Selon le Washington Post, les deux chefs de la diplomatie américaine et russe, Antony Blinken et Sergueï Lavrov, n'ont pas davantage eu d'entretien téléphonique. Récemment, les dirigeants du Pentagone ont aussi tenté, en vain, de joindre leurs homologues russes.

En rétropédalage

Vladimir Poutine, assis à une table, près d'un drapeau de la Russie.

Le président Joe Biden a entre autres qualifié récemment son homologue russe Vladimir Poutine de « criminel de guerre ».

Photo : La Presse canadienne / AP/Mikhail Klimentyev

Depuis samedi, plusieurs analystes ont estimé que la déclaration initiale de Joe Biden, qui a par ailleurs qualifié Vladimir Poutine de boucher, ne fait que confirmer l'opinion de Vladimir Poutine, selon qui les États-Unis visent depuis longtemps un changement de régime, et certains craignent une escalade.

Le président français, Emmanuel Macron, a déclaré dimanche qu'il n'utiliserai[t] pas les termes employés par son homologue américain, espérant faire taire les armes par la voie diplomatique.

Si nous voulons y parvenir, nous ne pouvons pas recourir à l'escalade, que ce soit en paroles ou en actes, a-t-il fait valoir.

Il y a quelques semaines, la russologue Fiona Hill, ancienne conseillère au sein du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, mettait en garde contre une rhétorique axée sur le départ du président russe. Une telle stratégie ferait en sorte qu'il lutterait alors pour sa propre autopréservation et sa vie, ce qui serait comme gérer Tchernobyl, a-t-elle dit, en référence à l'accident nucléaire survenu en 1986.

Ce n'est pas pour rien que des membres de l'administration Biden ont rapidement tenté de rétropédaler.

L'argument du président était que Poutine ne peut être autorisé à exercer un pouvoir sur ses voisins ou sur la région. Il ne parlait pas du pouvoir de Poutine en Russie ni d'un changement de régime, a soutenu à peine quelques minutes après l'allocation de Joe Biden à Varsovie un responsable de la Maison-Blanche, sous le couvert de l'anonymat.

Nous n'avons pas de stratégie de changement de régime en Russie ou ailleurs, a par exemple affirmé le lendemain le secrétaire d'État américain Antony Blinken, en visite en Israël.

Il y a deux semaines, Joe Biden avait également amené la Maison-Blanche à tenter de limiter les dégâts après qu'il eut traité, presque à la volée, son homologue russe de « criminel de guerre », alors que son administration avait jusqu'ici sciemment adopté un ton prudent depuis le début de l'offensive russe en Ukraine. Ce n'est que quelques jours plus tard que le département d'État a formellement évalué que la Russie commettait des crimes de guerre en Ukraine.

Le lendemain de sa déclaration, Joe Biden en avait remis, disant que plusieurs pays étaient unis contre un dictateur meurtrier, un vrai voyou qui mène une guerre immorale contre le peuple ukrainien.

L'animosité qu'il nourrit pour le maître du Kremlin ne date pas d'hier. Il y a un an, M. Biden avait acquiescé, sans expliquer plus avant sa réponse, à la question que lui posait un animateur d'ABC News, qui lui demandait lors d'une entrevue s'il croyait que Vladimir Poutine était un « tueur ».

Joe Biden a déjà rapporté une conversation qu'il disait avoir eue avec Vladimir Poutine à l'occasion d'une rencontre entre les deux hommes à Moscou, en 2011, alors que le premier était vice-président et le deuxième premier ministre de leurs pays respectifs : Je vous regarde dans les yeux et je ne pense pas que vous ayez une âme. Il m’a regardé, m’a souri et m’a répondu : ''Nous nous comprenons''.

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