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Hausse du nombre d’enseignants non qualifiés dans les écoles francophones de l’Ontario

Panier de basketball dont le panneau est aux couleurs du drapeau franco-ontarien.

La pénurie d'enseignants francophones s'accentue en Ontario alors que le nombre d'inscriptions dans les écoles de langue française augmente. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Sophie Houle-Drapeau

Le nombre d'enseignants et d’enseignantes francophones travaillant en vertu d'une lettre de permission en Ontario est passé de 86 à 489 en l'espace de 5 ans. Ce chiffre pourrait atteindre 3000 d’ici 2026 si rien n’est fait, selon des intervenants du milieu.

C’est symptomatique d’une pénurie de main-d'œuvre qualifiée qui s’accentue année après année, selon Isabelle Girard, directrice générale de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACEPO), et Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC).

Depuis cinq ans, c’est vraiment sérieux et ça fait mal. On a un problème systémique, c’est clair.

Une citation de Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques

L’Ontario connaît une pénurie d’enseignants francophones qualifiés depuis l’année scolaire 2015-2016. Le gouvernement a réduit de moitié le nombre de diplômés en enseignement en plus d'ajouter une année d'études.

Graphique.

L'augmentation du nombre de lettres de permission intérimaire est symptomatique d’une pénurie de main-d'œuvre qualifiée, selon des intervenants.

Photo : Rapport du groupe de travail sur la pénurie des enseignantes et enseignants dans le système d’éducation en langue française en Ontario, page 56

Mme Girard et M. Lévesque expliquent que le ministère de l’Éducation a pris cette décision pour répondre à l’abondance d’enseignants du réseau anglophone sans considération pour les particularités du système francophone.

Avant cette année charnière, le nombre de diplômés francophones était légèrement en dessous des besoins dans les écoles avec près de 1000 diplômés par année. La situation était gérable, estime Yves Lévesque.

La pénurie du personnel enseignant francophone perdure depuis 2016, et une intervention immédiate s’impose. Chaque année, plus de 500 personnes non qualifiées enseignent sous lettre de permission intérimaire. Si aucune action n’est prise, la situation s’aggravera pour atteindre un nombre exorbitant d’environ 3000 personnes qui œuvreront sous lettre de permission intérimaire en 2025-2026.

Une citation de Extrait du rapport présenté en janvier 2021 par le groupe de travail sur la pénurie des enseignantes et enseignants dans le système d’éducation en langue française en Ontario, page 4

Pour pallier les besoins, il faudrait former à nouveau plus de 1000 enseignants par année.

Il est devant son ordinateur.

Yves Lévesque est le directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC).

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran - Google Meet

Dans un rapport présenté en janvier 2021 (Nouvelle fenêtre), le groupe de travail sur la pénurie des enseignantes et enseignants dans le système d’éducation en langue française en Ontario estime à un peu plus de 300 le nombre de diplômés des programmes de formation à l’enseignement en français pour les années à venir.

À cela s'ajoutent environ 130 enseignants formés à l’extérieur de la province. Il y a donc un manque à gagner de plus de 500 enseignants qualifiés par année.

Des solutions diachylon

Pour répondre aux besoins immédiats, les conseils scolaires n’ont d’autres choix que de se retourner vers des solutions ponctuelles comme les lettres de permission. Ils font aussi appel aux enseignants à la retraite : le nombre de jours où ils peuvent être réembauchés dans le système scolaire est passé de 50 à 95.

Les listes de remplaçants francophones qualifiés, déjà très courtes, ont fondu comme neige au soleil, indiquent Yves Lévesque et Isabelle Girard.

Elle parle devant son ordinateur.

Isabelle Girard est la directrice générale de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACEPO).

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran - Google Meet

L’avenir de la communauté francophone en jeu

Il en va de la pérennité de nos communautés francophones, estime la directrice générale de l'ACEPO.

On reconnaît que [la pénurie d’enseignants qualifiés] pourrait mettre à risque la qualité de notre enseignement et on ne veut surtout pas que cela arrive.

Une citation de Isabelle Girard, directrice générale de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario

M. Lévesque va jusqu'à dire que le problème de la pénurie d'enseignants qualifiés pourrait accentuer l'assimilation des francophones.

C'est certain que c'est alarmant pour les parents [francophones] en Ontario.

Une citation de Paul Baril, président de Parents partenaires en éducation

Le président de Parents partenaires en éducation (PPE), Paul Baril, raconte qu'un parent lui a dit que la classe de son enfant a connu sept enseignants différents depuis le début de l'année scolaire en cours.

Il pose en souriant devant un arbre.

Paul Baril est le président de l'organisme Parents partenaires en éducation depuis bientôt un an.

Photo : Gracieuseté de Paul Baril

Le père de trois enfants de Hearst, dans le Nord de l'Ontario, prône une autonomie du réseau scolaire francophone. M. Baril se réjouit aussi d'une oreille plus attentive de la part du ministère de l'Éducation.

Une stratégie sur quatre ans

En juin 2021, le gouvernement ontarien a créé un comité de mise en œuvre pour sa stratégie de recrutement et de rétention du personnel enseignant de langue française. Les attentes du milieu scolaire pour cette stratégie de quatre ans sont élevées.

Le rapport présenté en janvier 2021 par le groupe de travail sur la pénurie des enseignantes et enseignants dans le système d’éducation en langue française en Ontario fait état de 37 recommandations axées sur la formation des enseignantes et enseignants, l’insertion professionnelle et la rétention du personnel ainsi que la valorisation de la profession enseignante.

Une classe avec une enseignantes et ses élèves, vus de dos.

Au cours des six dernières années, les écoles de langue française de l’Ontario ont connu une hausse annuelle moyenne d'inscriptions d’environ 2000 élèves. (Archives)

Photo : iStock

La solution à long terme ne passe pas seulement par une augmentation du nombre de diplômés en Ontario. Il faut notamment rendre les programmes universitaires plus flexibles, estime Mme Girard.

Seules l’Université Laurentienne et l’Université d’Ottawa offrent des programmes de formation à l’enseignement en français.

Le rapport recommande à l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (OEEO) de reconnaître l’expérience acquise en tant qu’enseignant avec lettre de permission et d'allouer des crédits afin que ces personnes déjà dans le réseau obtiennent une certification.

Il faut explorer l’avenue du recrutement international, estiment M. Lévesque et Mme Girard.

La province a d’ailleurs mis en place un projet pilote avec l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE) à Aix-Marseille.

Un porte-parole du ministère de l’Éducation indique par courriel que le projet pilote est actuellement limité à une faculté en France. Au fur et à mesure que le projet prendra de l'ampleur, davantage d'enseignants pourraient être intéressés à participer au projet pilote ou à postuler directement à l'Ordre des enseignantes et des enseignants de l'Ontario pour travailler en Ontario.

Yves Lévesque est catégorique : toutes les solutions mises de l’avant demanderont des investissements majeurs de la part du gouvernement de l’Ontario.

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