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Une assurance dentaire publique pourrait réduire l’engorgement des hôpitaux

Shane Mckenzie dans une chaise roulante.

On a dû emputer la jambe droite de Shane Mckenzie en raison d'une infection qui a débuté dans une dent.

Photo : Radio-Canada / Justin Tang

Radio-Canada

Si l'accord libéral-néo-démocrate sur la création d'un programme national de soins dentaires pour les Canadiens à faible revenu devient une réalité dans les années à venir, celui-ci pourrait contribuer à réduire le nombre de cas de complications potentiellement mortelles qui découlent de problèmes de santé dentaire. C'est ce qu'affirment des experts.

Selon le plan du NPD, des millions de familles dont le revenu annuel est inférieur à 90 000 $ et qui n'ont pas d'assurance dentaire pourraient être admissibles à une couverture. Ce plan fait partie de la nouvelle entente bipartite entre le NPD et le Parti libéral du Canada.

Le NPD avait précédemment promis que le programme couvrirait une liste de services, y compris les examens, les nettoyages, les radiographies, les obturations, les canaux radiculaires et les couronnes.

Je pense que ce sera le début de beaucoup de changements pour s'assurer que nous considérons maintenant la santé bucco-dentaire comme faisant partie de notre santé, ce qui est clairement le cas, déclare Joan Rush, une défenseure des personnes handicapées basée à Vancouver.

Les données de Statistique Canada montrent qu'environ les deux tiers des Canadiens ont une assurance dentaire pour couvrir leurs dépenses, soit au complet, soit en partie. De l’autre côté, un tiers du pays paye de sa poche, y compris de nombreuses personnes âgées, des personnes handicapées et d’autres qui vivent en situation d'itinérance.

Crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux

C'est l'expérience de Colette Langdon, de Barrie, en Ontario. Colette Langdon reçoit une pension d'invalidité, ce qui ne couvre pas toute la gamme des soins dentaires.

Colette Langdon pensait, à tort, qu’un traitement du canal radiculaire était couvert, ce qui signifie qu’une facture de quelques milliers a été envoyée pour le traitement.

Ce canal dentaire? Je n'ai toujours pas de couronne dessus, parce que je ne peux pas payer pour ça.

Les défenseurs et les experts médicaux conviennent que la prévention est la meilleure approche pour la santé des Canadiens et pour éviter de surcharger le système de santé.

Les bactéries qui infectent les gencives peuvent se déplacer dans tout le corps et provoquer des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux (AVC), par exemple, souligne Jo Connelly, directeur général de l'équipe de santé familiale Inner City de Toronto, qui a passé plus de quatre décennies à travailler avec les populations marginalisées.

Quand vous pensez au coût des soins de santé des personnes qui ont eu un AVC à un âge précoce, vous pouvez imaginer que cela seul peut avoir toutes sortes d'effets d'entraînement sur le système de santé, affirme-t-elle.

Une dent infectée qui mène à des hospitalisations

L’Ottavien Shane Mckenzie a appris à ses dépens à quel point un simple problème dentaire peut devenir grave. Dans son cas, une infection a mené directement à des soins médicaux d’urgence et à un long séjour à l'hôpital.

Au printemps 2016, alors qu'il travaillait dans la construction dans le Nord de l'Ontario, ce trentenaire a commencé à ressentir une douleur à l'une de ses molaires. Bien qu'il bénéficie d’une couverture dentaire, M. Mckenzie n’avait pas accès à un dentiste à proximité, alors il a attendu de revenir à Ottawa un mois plus tard pour se faire arracher la dent.

Je suppose que c'était trop tard, se souvient-il, parce que ça s’est infecté et que c’est entré dans ma circulation sanguine.

M. Mckenzie a développé de la fièvre et d'autres symptômes s’apparentant à une grippe. En juillet 2016, alors qu'il séjournait chez sa mère, il s'est effondré dans la salle de bain. Elle a appelé le 911. Cet événement a marqué le début de ce qui allait devenir une épreuve de plusieurs années.

Lorsqu’il est arrivé dans un hôpital local, il a été plongé dans un coma artificiel et s'est réveillé environ une semaine et demie plus tard.

C'est alors qu'il a appris la triste réalité : il souffrait de septicémie, une maladie souvent mortelle qui survient lorsqu'une réaction corporelle inhabituelle et puissante à une infection commence à endommager les tissus de la personne.

Les pieds de M. Mckenzie sont devenus nécrosés, et la moitié de ses bras aussi. Il a fini par être admis dans une unité de soins intensifs. Il y est resté pendant un mois. Il a dû subir une dialyse pour faire fonctionner ses reins et plusieurs interventions chirurgicales.

Il a ensuite passé une année entière au début de sa trentaine dans un foyer de soins de longue durée qui s'occupe généralement de personnes âgées et d'anciens combattants.

Et tout cela à cause d'une infection de la dent, a-t-il déclaré.

S'adressant à CBC News depuis son domicile, M. Mckenzie a expliqué qu'il n'avait plus de doigts à la main gauche et qu'il lui manquait maintenant une grande partie de sa main droite. Il a également eu besoin d'une amputation sous le genou sur sa jambe droite et il lui manque des orteils de son pied gauche.

Quand je me suis réveillé d'un coma, ils ont dit que si j’étais plus âgé, je n’aurais peut-être pas survécu, se souvient-il.

Donc, pour les personnes âgées, ne pas avoir de soins dentaires, c'est vraiment effrayant quand on y pense.

1,5 milliard de dollars par an

Le prix du programme libéral-néo-démocrate de soins dentaires pourrait être révélé dans le budget fédéral attendu au début d'avril, mais les propositions précédentes du NPD ont déjà été examinées et chiffrées.

Deux portraits juxtaposés : Justin Trudeau et Jagmeet Singh.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'entente entre les libéraux de Justin Trudeau (gauche) et le NPD de Jagmeet Singh pourrait signifier qu'un programme public de soins dentaires sera mis sur pied.

Photo : Radio-Canada

Une analyse du directeur parlementaire du budget en 2020 a estimé le coût d'un tel programme à 1,3 milliard de dollars au cours de l'année suivant l'annonce du plan, et à 4,3 milliards de dollars au cours de la première année de fonctionnement du plan. Le programme coûterait ensuite environ 1,5 milliard de dollars par an jusqu'en 2025.

Ses défenseurs soulignent que ces investissements éviteraient une partie du fardeau financier des équipes des salles d'urgence.

Au Canada, on estime que 1 % de toutes les visites aux urgences au cours d'une année donnée sont effectuées par des patients souffrant de problèmes dentaires non urgents, comme des maux de dents ou des caries.

En 2017, une analyse basée sur les visites aux urgences liées aux soins dentaires en Colombie-Britannique publiée dans la Revue canadienne de santé publique suggérait que ce chiffre de 1 % se traduisait par près de 155 millions de dollars payés par les contribuables de cette seule province.

Mais la grande majorité de ces visites ne sont pas traitées. Le problème buccal persiste probablement, donc l'argent des contribuables est gaspillé, ont écrit les dentistes Dr Mario Brondani et Dr Syed H. Ahmad.

Selon le Dr Gaibrie Stephen, urgentologue dans la région de Toronto, les équipes médicales des hôpitaux ne sont pas équipées pour faire face à tous les cas de douleurs dentaires. Or, ces problèmes s'aggravent souvent et amènent les gens à revenir demander de l'aide ou même à tomber gravement malades. Ces situations peuvent entraîner des séjours à l'hôpital plus longs et plus coûteux.

En Ontario, le coût total d'un séjour moyen à l'hôpital pour une septicémie chez les adultes âgés de 18 à 59 ans - semblable à ce que M. Mckenzie a vécu - peut varier d'environ 12 000 $ à plus de 25 000 $, selon les chiffres fournis à CBC News par l'Institut canadien d'information sur la santé.

Dans les salles d'urgence, lorsque les patients se présentent avec une douleur dentaire, tout ce que je peux faire dans ces situations est de prescrire des antibiotiques ou des analgésiques , a déclaré le Dr Stephen.

Améliorer les programmes provinciaux

Dans une déclaration, l'Association dentaire canadienne (ADC) s'est demandée si l'approche des libéraux et des néo-démocrates était la meilleure façon d'améliorer l'accès aux soins dentaires. L'ADC a souligné qu'il sera important de s'assurer que toute nouvelle initiative ne perturbe pas l'accès aux soins dentaires pour la grande majorité des Canadiens qui bénéficient déjà d'une couverture dentaire par le biais des prestations de santé fournies par l'employeur.

La meilleure façon d'améliorer rapidement la santé bucco-dentaire et d'accroître l'accès aux soins dentaires est d'investir dans les programmes dentaires provinciaux et territoriaux existants et de les améliorer, poursuit la déclaration de l'ADC.

Ces programmes sont nettement sous-financés et sont presque exclusivement financés par les gouvernements provinciaux et territoriaux.

Il existe en effet une approche disparate à travers le pays, et toutes les procédures ne sont pas couvertes de manière égale entre les provinces.

Une couverture complète des soins préventifs en particulier serait utile, selon M. Langdon, le résident de Barrie, car éviter d’aller chez le dentiste peut entraîner d'autres complications de santé.

À mon avis, le fait d'offrir une couverture complète des soins dentaires et des soins préventifs permettrait à notre système de santé de réaliser d'importantes économies , a-t-il déclaré.

Avec les informations de CBC News

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