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Des chevaux pour soigner les traumatismes d’anciens combattants

Jason MacEachern dans un pré avec un cheval.

La santé mentale de Jason MacEachern s'est détériorée après sa deuxième mission en Bosnie, un pays où la guerre a éclaté en avril 1992.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Soigner ses traumatismes de guerre grâce à des chevaux : une solution qui se développe pour les anciens combattants en Alberta. La province héberge le plus grand centre d'entraînement militaire du Canada, à Medicine Hat. Les anciens combattants retraités sont nombreux dans la région, et certains cherchent des moyens pour soigner leurs traumatismes du passé.

Le vent souffle fort sur l'écurie de Martin Gendron, dans le sud-est de l'Alberta. Au milieu de nulle part, à 30 minutes de Medicine Hat, ce travailleur social originaire du Québec est en séance d'équitation thérapeutique avec Jason MacEachern.

Pendant 90 minutes, cet ancien combattant parlera avec Blossom, une Quarter Horse de 9 ans, la caressera et se promènera avec elle, tout en faisant des exercices de respiration.

Depuis 30 ans, Jason MacEachern souffre d'un trouble de stress post-traumatique (TSPT) à cause de plusieurs missions dangereuses auxquelles il a participé au Cambodge et en Bosnie.

En tant que soldat du génie de combat, [son] travail était de sécuriser l’avancée de l’infanterie [et] de détecter les pièces ou les mines, explique-t-il.

Vivre avec son passé

Mes émotions sont très instables. Je pense souvent à mon passé. Le cheval vit dans le moment présent. Elle m'aide à rester concentré et à me sentir mieux, dit-il.

Après des années sans prise en charge, il a commencé un traitement avec un psychologue avant de découvrir les thérapies assistées avec des chevaux, sur le conseil d'anciens combattants.

Martin Gendron, avec un cheval.

Martin Gendron est aussi assistant de recherche à l'Université de Calgary.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Aller voir un psychologue, s’asseoir dans un bureau et parler [m']aide, mais cette méthode m’aide encore plus, avoue Jason MacEachern, un retraité de 50 ans décidé à prendre soin de lui.

Son accompagnateur, Martin Gendron, travaille avec des équidés depuis sept ans. Il aide une cinquantaine de personnes à améliorer leur bien-être. Un client sur quatre est un ancien combattant ou un premier répondant.

Avec le TSPT, on est toujours dans un état de stress à essayer de se défendre, de se battre, de survivre, explique-t-il. Avec les chevaux, on fait un switch [une transition] vers le système nerveux parasympathique qui favorise la relaxation et la guérison.

Des chevaux dans un enclos en Alberta.

Martin Gendron a cinq chevaux. Au début de chaque session, le client entre dans leur enclos pour choisir celui avec lequel la relation sera la plus naturelle ce jour-là.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Des animaux qui apaisent

Plus proies que prédateurs, les chevaux sont de bons compagnons pour des exercices de soins psychologiques.

Ils ne retiennent pas beaucoup la négativité, explique le travailleur social. Nous, les humains, on la garde en nous. En travaillant avec eux, on transpire notre énergie sur eux, et ils sont capables de la relâcher pour nous.

De plus en plus de gens s'intéressent à cette approche thérapeutique complémentaire, à en croire Martin Gendron. Il y a beaucoup de retraités militaires dans la région, dit-il.

Selon Anciens Combattants Canada, 1 vétéran sur 10 se trouve en Alberta. En mars 2021, le Canada comptait 39 651 vétérans souffrant d’un trouble de santé mentale et recevant des prestations d’invalidité, un chiffre en hausse de 63 % en six ans.

Que dit la science?

Martin Gendron l'avoue : il n'y a pas assez de recherche scientifique prouvant l'efficacité des thérapies équines et des séances de bien-être facilitées avec des chevaux.

Une des dernières études est néanmoins optimiste. Une équipe composée de chercheurs du Boston College et de l'Université Suffolk, entre autres, en ont publié une en 2017.

En observant trois enfants âgés de 10 à 12 ans considérés comme porteurs de traumatismes complexes, les auteurs ont conclu qu'une thérapie équine a eu plusieurs bénéfices sur leur santé mentale. Ils ont entre autres noté une baisse de l'anxiété, des plaintes et de la dérégulation du comportement.

Assistant de recherche à l'Université de Calgary, Martin Gendron espère faire avancer la science dans ce domaine à travers des études qui seront bientôt rendues publiques.

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