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Les dix films candidats à l’Oscar du meilleur long métrage et leurs chances de gagner

Un Oscar format géant est installé devant des rideaux scintillants.

La 94e cérémonie des Oscars sera présentée dimanche soir au Dolby Theatre, à Hollywood.

Photo : afp via getty images / MARK RALSTON

Agence France-Presse

À l'issue d'une année cinématographique marquée par la réouverture des salles de cinéma et par un déluge de films produits par les plateformes de diffusion en continu, dix œuvres sont en lice dimanche soir pour l'Oscar du meilleur long métrage, récompense suprême à Hollywood.

Les membres votants de l'Académie des arts et des sciences du cinéma (AMPAS), qui décerne ces trophées, avaient l'embarras du choix pour la 94e présentation entre western sombre et psychologique, méditation japonaise sur le deuil, comédie musicale rétro ou opéra de l’espace épique.

Notons que le Québec est représenté dans cette course par deux artistes : Denis Villeneuve, réalisateur de Dune, et Roger Frappier, producteur du film Le pouvoir du chien (The Power of the Dog).

Voici les films en lice par ordre alphabétique :

Film le plus court et le plus intimiste parmi les candidats, Belfast, inspiré à Kenneth Branagh par son enfance dans l’Irlande du Nord de la fin des années 1960, a longtemps été considéré comme un des poids lourds de la dernière année cinématographique.

Le récit décrit les Troubles qui déchirent les communautés catholique et protestante du point de vue d'un garçon de neuf ans, dont le quotidien et le paisible quartier ouvrier sont soudainement bouleversés par cette flambée de violences.

Buddy ne comprend pas très bien ce qui se passe dans sa rue, mais une chose est claire : il ne veut pas quitter le seul endroit qu'il ait jamais connu et où il a tous ses amis.

Belfast a remporté un nombre respectable de prix durant cette saison mais semblait avoir perdu un peu de son élan dans la dernière ligne droite qui a mené à la cérémonie des Oscars.


Autre drame familial intimiste, Coda : le cœur à la musique (CODA) suit une étudiante, Ruby (Emilia Jones), fille d'une modeste famille de pêcheurs dont tous les autres membres, les parents et le frère, sont sourds.

Ce film est une adaptation du succès français La famille Bélier. Toutefois, contrairement à l'original, les rôles principaux de la version américaine sont tenus par des interprètes réellement sourds eux aussi. De nombreux dialogues se font en langue des signes, qu'Emilia Jones et la réalisatrice Sian Heder ont apprise pour l'occasion.

Célébré pour cette représentation authentique du handicap, Coda : le cœur à la musique a aussi séduit le public par sa charge émotionnelle et par la complexité des relations que Ruby entretient avec sa famille, très aimante mais totalement dépendante d'elle pour interagir avec le monde extérieur.

Encore considéré comme un petit poucet ces dernières semaines, Coda : le cœur à la musique s'est lentement imposé comme un gagnant potentiel en remportant successivement le prix du syndicat des acteurs américains (SAG Awards) puis celui de l'association des producteurs (PGA).

Ces deux dernières années ont été très difficiles pour tout le monde et Coda : le cœur à la musique est positif, réconfortant. Je crois que les votants sont d'humeur à se sentir bien, a expliqué Clayton Davis, spécialiste des prix cinématographiques pour le magazine Variety, une référence dans le domaine.


Parabole grinçante sur la crise climatique, Don't Look Up est incontestablement le film qui aligne le plus grand nombre de vedettes cette année.

Leonardo DiCaprio, Meryl Streep, Jennifer Lawrence et Cate Blanchett jouent des personnages colorés qui risquent d'être éradiqués de la surface de la Terre par une comète qui fonce à toute vitesse vers notre planète, et ce, dans une indifférence quasi générale.

Ce film réalisé par Adam McKay a été l'un des plus regardés de l'histoire sur Netflix, mais sa critique acerbe de la passivité de notre société et de l'incompétence du monde politique a reçu un accueil mitigé.


D'une durée de près de trois heures, le drame japonais Drive My Car est le plus long film en lice dans la catégorie. Il s'agit d'une œuvre lente et subtile sur le chagrin et sur le deuil inspirée par trois nouvelles de Haruki Murakami.

Drive My Car a conquis les cinéphiles, récoltant de nombreux prix décernés par les critiques, et confirmé que les sous-titres ne sont plus un obstacle à Hollywood, comme le film sud-coréen Parasite l'avait démontré voici deux ans en étant sacré aux Oscars.

Ce film de Ryusuke Hamaguchi devrait s'imposer dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, mais il semble avoir peu de chances pour l'Oscar du meilleur long métrage.


Fresque de science-fiction épique, Dune constitue le poids lourd commercial de la cérémonie cette année : elle a récolté plus de 500 millions de dollars canadiens en recettes mondiales, contre 276 millions au total pour ses neuf adversaires réunis.

Conçu dès le départ par le réalisateur Denis Villeneuve pour compter un second volet, Dune reprend fidèlement l'intrigue de la première partie du roman écrit par Frank Herbert en 1965.

Dans cette saga interplanétaire, familles aristocratiques et potentats sans scrupules s'affrontent pour le contrôle de l'épice, un mystérieux mélange indispensable aux voyages spatiaux mais qui ne pousse que sur une planète inhospitalière, entièrement recouverte de sables brûlants et parcourue par de redoutables vers géants.

Le film est surtout sélectionné dans des catégories techniques (effets visuels, décors, photographie, etc.) et souffre d'un handicap de taille : aucune œuvre de science-fiction n'a jamais triomphé aux Oscars depuis leur création en 1929, malgré des phénomènes comme 2001 : l'Odyssée de l'espace ou la saga Star Wars.


La méthode Williams (King Richard) est un film biographique sur l'incroyable ascension des championnes de tennis Serena et Venus Williams. Avec, dans le rôle de leur père entraîneur, Richard, le toujours populaire Will Smith, ce cocktail inspirant a séduit un grand nombre de cinéphiles.

Will Smith offre une performance toute en nuances dans un film qui s'attache plus à cette famille hors norme qu'aux simples exploits sportifs des sœurs Williams et qui évite du même coup bon nombre de clichés.

S'il ne triomphe pas dans la catégorie du meilleur long métrage, La méthode Williams (King Richard) a au moins de bonnes chances d'offrir un Oscar à Will Smith.


Paul Thomas Anderson, le réalisateur d’Il y aura du sang (There Will Be Blood) et de Boogie Nights, est un des chouchous d'Hollywood.

Dans son dernier film, Licorice Pizza, il rend un hommage à la San Fernando Valley qui l'a vu grandir, dans le nord de Los Angeles, avec comme fil rouge une improbable rencontre entre une jeune femme un peu perdue et un étudiant entreprenant.

Explorant une série de cartes postales rétro des années 1970, Licorice Pizza propose une collection de saynètes un peu décousues, rêveuses, nostalgiques et éclairées au néon mais qui, même pour les inconditionnels de PTA, n'est pas tout à fait au niveau de ses films précédents.


Autre film d'un cinéaste reconnu qui ne tient pas toutes ses promesses, Ruelle de cauchemar (Nightmare Alley) parvient certes à aspirer les spectateurs et les spectatrices dans une atmosphère de fête foraine macabre à la mise en scène soignée et pleine de style.

Toutefois, ce film très noir réalisé par Guillermo del Toro sur un mentaliste qui utilise ses astuces pour escroquer de riches clients et clientes ne devrait pas rééditer l'exploit du précédent film du réalisateur mexicain, La forme de l'eau (The Shape of Water), qui avait triomphé aux Oscars en 2018.


Depuis sa présentation, en septembre dernier, à la Mostra de Venise, Le pouvoir du chien, le western sombre et psychologique de Jane Campion, est considéré comme le favori.

Adapté d'un roman de Thomas Savage, Le pouvoir du chien met en scène la masculinité toxique de cowboys incapables d'assumer leur sexualité dans le Montana des années 1920. Ce film est en lice dans 12 catégories et a raflé la majorité des trophées décernés par les associations de critiques et de l'industrie américaines.

Entre ses vedettes, en tête desquelles Benedict Cumberbatch, ses paysages néo-zélandais grandioses, son intrigue à suspense et ses non-dits lourds de sens, le film coche presque toutes les cases d'un typique vainqueur aux Oscars.

Toutefois, son rythme lent et ses ambiguïtés ont laissé froids certains membres de l’Académie. Or, l'étrange mode de scrutin préférentiel à plusieurs tours utilisé par les Oscars dans cette catégorie a tendance à privilégier les films consensuels, ce qui pourrait coûter la victoire au favori.

Certains membres de l'Académie auxquels je parle sont encore réticents à voter pour un film Netflix dans la catégorie du meilleur long métrage, a expliqué un votant.


La décision de Steven Spielberg de faire une nouvelle version de West Side Story, la comédie musicale la plus récompensée de l’histoire des Oscars, en avait laissé plus d'un perplexe lors de son annonce.

Et même si ce film a recueilli d'excellentes critiques à sa sortie, certains se demandent encore pourquoi le réalisateur légendaire a fait un tel choix.

Fan de West Side Story depuis l'enfance, Spielberg a insisté pour conserver le récit dans son cadre original, le New York des années 1950. Il a tout de même pris soin d'éviter tous les clichés culturels de l'original en engageant des acteurs et des actrices latino-américains et en ajoutant des dialogues en espagnol, sans sous-titres.

La performance d'Ariana DeBose, qui reprend le rôle phare d'Anita, a fait l'unanimité et pourrait lui valoir l'Oscar du meilleur second rôle féminin, mais West Side Story fait figure d'outsider pour le trophée du meilleur long métrage.

Deux classiques honorés

L’AMPAS a annoncé jeudi que le gala des Oscars présentera en cours de soirée un hommage à deux classiques du grand écran : Le parrain (The Godfather), de Francis Ford Coppola, et James Bond 007 contre Dr No (Dr. No), de Terence Young. Cette année, ces deux films célèbrent respectivement leur 50e et leur 60e anniversaire de sortie en salle.

Le parrain a remporté trois statuettes dorées, dont celle du meilleur film, et a fortement contribué à populariser la tendance des suites numérotées à Hollywood. Le premier chapitre de la saga 007, quant à lui, n'a pas eu le même succès aux Oscars mais a lancé une des franchises les plus lucratives de l’histoire du cinéma, qui comprend 27 longs métrages qui ont récolté 8,75 milliards de dollars canadiens en recettes mondiales.

Le public sera-t-il au rendez-vous?

L'Académie des Oscars et le diffuseur ABC espèrent retrouver leur audience, en chute libre ces dernières années. En 2021, la cérémonie n'avait attiré que 10 millions de téléspectateurs et téléspectatrices, une baisse de 56 % par rapport à l'année précédente, qui avait déjà enregistré son niveau le plus bas de l'histoire.

Pour attirer le public, l'équipe organisatrice a lancé cette année un prix des cinéphiles, appelés à voter sur les réseaux sociaux. Il s'agit pour les Oscars de voir comment ils peuvent atteindre une nouvelle audience, cette génération TikTok, estime Clayton Davis.

Pour séduire les plus jeunes, l'Académie des Oscars a établi un partenariat avec Meta, à qui appartiennent Instagram et Facebook, afin que des influenceurs et des influenceuses assistent aux Oscars et produisent de courtes vidéos Reels sur Instagram.

Les finalistes dans les principales catégories :

Meilleur film

  • Belfast

  • CODA

  • Don’t Look Up : déni cosmique (Don’t Look Up)

  • Conduis mon char (Drive My Car)

  • Dune

  • La méthode Williams (King Richard)

  • Le parc des merveilles (Licorice Pizza)

  • Ruelle de cauchemar (Nightmare Alley)

  • Le pouvoir du chien (The Power of the Dog)

  • West Side Story

Meilleure réalisation

  • Kenneth Branagh, Belfast

  • Ryusuke Hamaguchi, Conduis mon char (Drive My Car)

  • Paul Thomas Anderson, Le parc des merveilles (Licorice Pizza)

  • Jane Campion, Le pouvoir du chien (The Power of the Dog)

  • Steven Spielberg, West Side Story

Meilleur acteur

  • Javier Bardem, Being the Ricardos

  • Benedict Cumberbatch, Le pouvoir du chien (The Power of the Dog)

  • Andrew Garfield, tick, tick… BOOM!

  • Will Smith, La méthode Williams (King Richard)

  • Denzel Washington, Macbeth (The Tragedy of Macbeth)

Meilleure actrice

  • Jessica Chastain, Dans les yeux de Tammy Faye (The Eyes Of Tammy Faye)

  • Olivia Colman, Poupée volée (The Lost Daughter)

  • Penélope Cruz, Mères parallèles (Madres Paralelas)

  • Nicole Kidman, Being the Ricardos

  • Kristen Stewart, Spencer

Meilleur acteur dans un second rôle

  • Ciaran Hinds, Belfast

  • Troy Kotsur, CODA

  • Jesse Plemons, Le pouvoir du chien (The Power of the Dog)

  • JK Simmons, Being the Ricardos

  • Kodi Smit-McPhee, Le pouvoir du chien (The Power of the Dog)

Meilleure actrice dans un second rôle

  • Jessie Buckley, Poupée volée (The Lost Daughter)

  • Ariana DeBose, West Side Story

  • Judi Dench, Belfast

  • Kirsten Dunst, Le pouvoir du chien (The Power of the Dog)

  • Aunjanue Ellis, La méthode Williams (King Richard)

Meilleur film international

  • Conduis mon char (Drive My Car), Japon

  • Flee, Danemark

  • La main de Dieu, Italie

  • L’école du bout du monde, Bhoutan

  • Julie (en 12 chapitres), Norvège

Meilleur film d’animation

  • Encanto : la fantastique famille Madrigal (Encanto)

  • Flee

  • Luca

  • Les Mitchell contre les machines (The Mitchells vs. the Machines)

  • Raya et le dernier dragon (Raya and the Last Dragon)

Meilleur documentaire

  • Ascension

  • Attica

  • Flee

  • L’été de la soul (Summer of Soul)

  • Writing With Fire

Meilleur scénario original

  • Belfast

  • Don’t Look Up : déni cosmique (Don’t Look Up)

  • La méthode Williams (King Richard)

  • Le parc des merveilles (Licorice Pizza)

  • Julie (en 12 chapitres)

Meilleur scénario adapté

  • CODA

  • Conduis mon char (Drive My Car)

  • Dune

  • Poupée volée (The Lost Daughter)

  • Le pouvoir du chien (The Power of the Dog)

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