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Analyse

Crédit de 500 $ : un remède inflationniste?

Une cliente à la caisse d'une épicerie.

Les Québécois ayant eu un revenu net de moins de 100 000 $ en 2021 auront droit à 500 $ du gouvernement.

Photo : getty images/istockphoto / Juanmonino

Donner 500 $ à 6,4 millions de personnes, soit 94 % des adultes du Québec, est une mesure simple, facile à comprendre, qui relève davantage du marketing politique d’un gouvernement en année électorale que d’une forme de logique économique.

Ce crédit, annoncé dans le budget d’Eric Girard mardi, a pour but d’aider les gens à faire face à la hausse du coût de la vie, mais pourrait malencontreusement amplifier l’inflation. Quelque 3,2 milliards de dollars seront injectés dans ces crédits, une somme qui n’est pas du tout marginale et qui va alimenter la consommation, et donc la demande, dans le cadre d’une économie qui va déjà très bien. Cette mesure est nécessairement inflationniste.

Imaginez si tous les gouvernements au Canada décidaient d'imiter le Québec en injectant à leur tour des milliards de dollars supplémentaires dans l’économie. Déjà, nous savons que l’inflation au pays se dirige vers les 6 ou 7 %, peut-être plus. La guerre en Ukraine a un impact majeur sur l’énergie et l’agriculture, et entraîne une hausse marquée des prix des denrées, des ressources et des matériaux, puis de l’essence et des aliments.

Pourquoi pas un crédit progressif et non régressif?

La plupart des experts et commentateurs qui se sont prononcés sur ce crédit de 500 $ au cours des derniers jours affirment qu’il fallait agir pour aider la population, mais qu’on aurait pu faire les choses autrement.

Le premier ministre François Legault a raison de dire que les gens de la classe moyenne sont aussi touchés par l’inflation, mais faut-il donner le même montant à une personne qui gagne 20 000 $ et à une autre qui perçoit 90 000 ou 100 000 $?

Le gouvernement aurait pu choisir de mettre en place un crédit progressif qui lui aurait donné la possibilité d’atteindre deux objectifs : aider les gens, tout en bénéficiant du gain politique potentiel qui est celui de donner ou de redonner de l’argent à la population.

Québec aurait pu aussi cibler davantage son intervention sur les personnes qui sont réellement frappées par la hausse du coût de la vie. Le gouvernement aurait pu, par exemple, bonifier de nouveau le crédit d’impôt solidarité, comme il l’a fait dans la mise à jour économique de novembre dernier. Il aurait pu reprendre les mêmes critères et aider les gens qui gagnent moins de 54 000 $ par année, un soutien qui a été largement accepté.

Il aurait pu aussi tracer la ligne à un niveau plus faible et bonifier le soutien aux ménages à moindre revenu, qui doivent consacrer une plus grande partie de leurs dépenses à l’énergie et à l’alimentation, deux segments frappés de plein fouet par l’inflation.

J’ai entendu d’autres propositions : bonifier le congé parental pour les parents qui ont du mal à avoir une place en garderie, augmenter l’aide sociale, hausser le salaire minimum. Face à l’inflation, plutôt que d’opter pour une solution ponctuelle à court terme, certains sont d’avis que le gouvernement devrait agir de façon plus fondamentale en améliorant le niveau de vie des personnes à faible revenu.

Comme nous le disait la journaliste Diane Bérard à Zone économie mercredi, la mesure choisie par le gouvernement du Québec semble mal ciblée et mal calibrée.

Des mesures plus structurantes?

Certains gouvernements font d’autres choix, qui ne sont pas nécessairement pires ou meilleurs. Jason Kenney a choisi d’éliminer temporairement la taxe de 13 ¢ sur l’essence en Alberta et de réviser cette décision chaque trimestre.

Au Royaume-Uni, le gouvernement de Boris Johnson a annoncé une réduction de la contribution santé et une baisse d’un peu plus de 8 ¢ du litre d’essence pendant un an. Le gouvernement britannique prévoit aussi une baisse d’un point de pourcentage de l’impôt pour les contribuables en 2024.

La poussée de l’inflation, que les banques centrales croyaient transitoire, s’éternise et va même prendre de l’ampleur. Le ministre Eric Girard dit agir avec des mesures ponctuelles, parce qu’il s’agit d’une situation exceptionnelle.

Il est difficile de prévoir l’étendue des effets économiques mondiaux de la guerre en Ukraine, mais il est certain que la hausse du coût de la vie fait grimper toutes les attentes. Les contribuables veulent retrouver leur pouvoir d’achat et vont exiger des salaires et des prestations plus élevés pour faire face à l’inflation.

Si un crédit de 500 $ peut faire du bien à certains, des mesures plus structurantes, pour relever de façon permanente le niveau de vie des citoyens qui gagnent des revenus modestes, seraient certainement bienvenues. C’est moins visible qu’un crédit ponctuel de 500 $ pour presque tout le monde, mais ce serait, sur le plan économique, plus cohérent.

Tarifs d’électricité : Québec recule

Le gouvernement Legault a finalement décidé de reculer sur sa réforme des tarifs d’électricité et de modifier sa loi afin d’y insérer un plafond aux hausses de tarifs à l’avenir. Le ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, va annoncer d’ici juin une modification à son projet de loi pour s’assurer que la hausse tarifaire, maintenant liée à l’inflation, ne dépasse pas 3 %.

Au rythme actuel, la hausse des tarifs d’Hydro-Québec va dépasser 5 % en avril 2023 parce que le gouvernement Legault a décidé, en 2019, de remplacer le processus d’établissement des tarifs d’Hydro-Québec fait par la Régie de l’énergie par une formule automatique liée à l’inflation. Québec retraite et va plafonner la hausse à 3 %.

Une fois de plus, il n’est pas possible de savoir si le maintien du processus avec la Régie aurait permis aux Québécois de subir des hausses tarifaires moins importantes que ce qu’on connaît présentement.

La hausse du 1er avril  2022 sera de 2,6 % et celle du 1er avril 2023, qui allait atteindre possiblement 5 %, sera plafonnée à 3 %, un niveau qui sera vraisemblablement atteint. Les hausses tarifaires de 2016, 2017, 2018 et 2019, avant la réforme du gouvernement Legault, n’avaient pas dépassé 1 %.

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