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L’année zéro du président russe Vladimir Poutine

Vladimir Poutine, l'air sérieux, est assis dans un fauteuil au Kremlin.

En décembre 2000, lors de son premier mandat comme président de la Russie, Vladimir Poutine a accordé une rare entrevue à Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 26 mars 2000, Vladimir Poutine a pris le pouvoir lors de l’élection présidentielle en Russie. Une équipe du Téléjournal de Radio-Canada se trouvait sur place à Moscou pour couvrir cet événement qui s’annonçait déjà comme un véritable tournant politique.

Bonsoir et bienvenue au Téléjournal, qui vous est présenté en partie de Moscou, annonce le chef d'antenne Stéphan Bureau sur les ondes de Radio-Canada le 26 mars 2000.

Quelques heures plus tôt, les Russes ont été appelés aux urnes afin de se choisir un nouveau président, celui qui devra fermer les livres sur l’époque de Boris Eltsine.

Une transition démocratique, sans violence – il est important de le souligner –, puisque l'histoire politique ici s'est souvent écrite dans le sang, mentionne Stéphan Bureau en introduction du Téléjournal.

De Moscou, l'animateur Stéphan Bureau et la correspondante Elizabeth Palmer dévoilent les résultats préliminaires de l'élection présidentielle russe qui donne la victoire à Vladimir Poutine.

La correspondante Elizabeth Palmer a suivi pour le Téléjournal cette journée d’élection en Russie qui se déroule dans 94 000 bureaux de scrutin répartis sur les onze fuseaux horaires du pays.

Bien que le long décompte des votes ne soit pas terminé, les résultats montrent déjà que Vladimir Poutine, dauphin de Boris Eltsine, est bien en tête. Lors de sa démission, en décembre 1999, le chef d’État russe avait désigné Vladimir Poutine président par intérim. L’élection présidentielle russe du 26 mars 2000 devait le consacrer.

Après être allé voter à Moscou en Mercedes noire avec son entourage de gardes du corps, Vladimir Poutine affirme à la télévision nationale russe qu'une victoire au premier tour est importante pour lui.

Vladimir Poutine l’emporte effectivement au premier et unique tour de l’élection présidentielle russe, mais sa victoire est plombée par quelques gains pour le Parti communiste, dirigé par Guennadi Ziouganov.

Ces votes pour le Parti communiste expriment un dégoût assez fort pour tout ce qui entoure le gouvernement de Boris Eltsine, gangréné par les frasques et par la corruption, souligne la journaliste Elizabeth Palmer. Sous Eltsine, les Russes ont goûté non seulement à la démocratie mais aussi à une misère imposée par les lois du marché, un passage au capitalisme qui a créé beaucoup d’inégalités.

Même si Vladimir Poutine n'a jamais révélé les détails de son programme, une majorité de Russes le croient néanmoins capable de restaurer l'ordre et la prospérité au pays.

Moi, j'ai voté pour Poutine, car il est jeune, responsable et ferme, déclare une électrice russe.

Ces électeurs savent que Poutine est dur, car il a été intransigeant durant la guerre en Tchétchénie, souligne aussi la correspondante pour Radio-Canada à Moscou.

Il va rapidement faire sa marque et s'imposer, prédit Élizabeth Palmer.

« Ça semble être sa personnalité. Un homme très décisif qui aime agir. »

— Une citation de  La journaliste Élizabeth Palmer

L'animateur Stéphan Bureau s'entretient avec Vladimir Pozner, animateur et commentateur de la télévision russe pour tenter de cerner le profil du nouveau président russe, Vladimir Poutine.

Ancien agent du KGB, Vladimir Poutine intrigue beaucoup, et pas seulement à l’extérieur de son pays, affirme l’animateur Stéphan Bureau dans ce second segment du Téléjournal du 26 mars 2000.

En compagnie de Vladimir Pozner, animateur et commentateur politique à la télévision russe, il tente d’en savoir plus sur cet homme bien mystérieux, même pour les électeurs de la Russie.

Il est difficile de décoder les intentions de Vladimir Poutine, déclare-t-il d’entrée de jeu, puisque cet homme s’est vanté de ne pas présenter de programme électoral afin d’éviter qu’il soit mis en pièces sur la place publique.

Assiste-t-on à un tournant historique, à une transition démocratique? Là encore, l’observateur russe a du mal à se prononcer.

 On ne sait pas qui est Vladimir Poutine, explique Vladimir Pozner. Pour beaucoup de nous, il dit de bonnes choses, mais il dit à chacun ce que cette personne veut entendre.

« Je ne sais pas si ça va être bon pour la démocratie en Russie. »

— Une citation de  L'observateur russe Vladimir Pozner

On sait que Vladimir Poutine est un homme d’action, un judoka, un ancien espion, comme nous le montrent les images qui défilent durant l'entrevue. C’est d’ailleurs ce qu’il a mis en avant au cours de sa campagne présidentielle : agir plutôt que parler.

Vladimir Pozner s’inquiète cependant du refus de Poutine de faire une véritable campagne, de répondre aux questions des journalistes ou de participer aux discussions publiques.

« Il est clair qu'une fois élu, il va devenir le vrai Poutine, mais je ne sais pas ce que ça veut dire. »

— Une citation de  L'observateur russe Vladimir Pozner

D'un point de vue économique, c'est un homme qui veut développer le marché, soutient le commentateur politique russe, mais il reste à savoir si Poutine est vraiment un démocrate.

 La guerre a fait le président. Ça, c'est certain, affirme Vladimir Pozner. On voit qu'il est intelligent, il est fort, il défend son pays.

« Poutine a fait une chose qui, pour le Russe, était la plus importante. Il a dit : "On va régler cette question de Tchétchénie" et il l’a fait. »

— Une citation de  L'observateur russe Vladimir Pozner

En compagnie d'un groupe de journalistes canadiens, le correspondant Michel Cormier s'entretient avec le président russe Vladimir Poutine.

Neuf mois plus tard, le président russe Vladimir Poutine reçoit un groupe de journalistes canadiens au Kremlin dans ce qui s’apparente à une opération de séduction à caractère économique.

Il accorde dans ce contexte une entrevue au correspondant Michel Cormier pour le Téléjournal du 14 décembre 2000.

Au cours de cet entretien rarissime, le président de la Russie exprime le souhait que l’on présente une image plus objective de son pays. Il se désole que le gouvernement canadien ne reconnaisse toujours pas l’économie de marché russe et pose trop de restrictions à ses industries.

Vladimir Poutine assure qu’il a entrepris une grande réforme — qu’il nomme la dictature du droit — pour intégrer l’économie mondiale et pour répondre à ses normes. Il entend aussi renforcer l’État et mieux encadrer les oligarques russes, qui ont une trop forte influence sur le pays.

Les gens qui ont davantage d'argent ne peuvent pas mener la société sans égard aux procédures établies, soutient-il. Si ça ne plaît pas à ceux qui sont habitués à l'anarchie, je regrette, ils devront se conformer aux règles.

Vladimir Poutine se définit au cours de cette entrevue comme un homme fier : fier de son passé d’espion, qui a joué un rôle important dans sa vie, et fier de sa patrie, la Russie, ainsi que de son histoire.

Contre l’opposition de bien des Russes — y compris l’ancien président Boris Elstine —, il vient de réinstituer l’hymne national soviétique. Je crois que si nous prétendons que nous ne pouvons être fiers de rien de ce qui s'est passé durant l'ère soviétique, nous commettons une grande erreur, affirme Vladimir Poutine.

« Personne ne peut nier l'impact qu'a eu la Russie sur la civilisation mondiale. »

— Une citation de  Le président russe Vladimir Poutine

Le chef d’État russe tempère ensuite les craintes qui pourraient surgir en mentionnant que la guerre froide est bien finie et que les affrontements entre les deux superpuissances nucléaires appartiennent au passé. Nous ne cherchons pas à nous faire d'ennemis, assure-t-il. Nous cherchons la coopération.

« Nous sommes en faveur d'un monde multipolaire. Le monde n'a pas besoin du monopole d'un seul État. »

— Une citation de  Le président russe Vladimir Poutine

Le journaliste Michel Cormier termine l’entretien en abordant la délicate question de la guerre en Tchétchénie. Vous savez, le problème de la Tchétchénie n'est pas seulement le problème de la Russie, affirme Vladimir Poutine. Je regrette que l'Occident ne soit pas bien informé de la situation.

« Nous partageons la sympathie de l'Ouest pour la crise humanitaire. Ces civils ne devraient pas souffrir. Mais de notre point de vue, nous devions agir. »

— Une citation de  Le président russe Vladimir Poutine
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