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La femme qui a accusé Arlen Dumas d’inconduite sexuelle il y a 3 ans rompt le silence

Bethany Maytwayashing en autoportrait.

Bethany Maytwayashing regrette la manière dont sont dirigées les communautés des Premières Nations.

Photo : Bethany Maytwayashing

Radio-Canada

Une femme de la Première Nation du lac Manitoba, Bethany Maytwayashing, n’a pas été surprise d’entendre que de nouvelles allégations de harcèlement et d’agression sexuelle avaient été portées contre le grand chef de l’Assemblée des chefs du Manitoba, Arlen Dumas.

Il y a trois ans, Bethany Maytwayashing a rendu publiques des allégations selon lesquelles le grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba (ACM) lui aurait envoyé des messages inappropriés.

La semaine dernière, Arlen Dumas a été suspendu à la lumière de nouvelles allégations de la part d'une femme travaillant à l'ACM comme cadre supérieure.

Aucune des allégations évoquées dans ce texte n’a été prouvée devant un tribunal.

Arlen Dumas n'a pas été officiellement inculpé par la police de Winnipeg. Il n'a pas répondu à une demande de commentaires.

« Honnêtement, j'ai ressenti beaucoup de soulagement quand j'ai entendu qu'une autre femme avait parlé. »

— Une citation de  Bethany Maytwayashing, membre de la Première Nation du lac Manitoba

La femme de 25 ans ne vit plus au Manitoba, mais sur l'île de Vancouver. Elle estime que, malheureusement, ces dernières allégations donnent plus de crédibilité à son histoire.

Bethany Maytwayashing explique que, après qu'elle a raconté son histoire, les gens l'ont blâmée et l'ont intimidée en ligne. Personne ne m'a vraiment crue, dit-elle.

Arlen Dumas a nié qu'il essayait de commencer une relation avec la jeune femme. Selon lui, il s’agissait simplement d’un style de communication mal interprété.

À l’époque, Bethany Maytwayashing était nouvelle à Winnipeg et commençait tout juste à découvrir sa culture. Selon la jeune femme, Arlen Dumas a vu sa vulnérabilité et a profité de sa position de pouvoir.

Avec le recul, Bethany Maytwayashing estime que le fait d'avoir parlé de ce qui lui était arrivé avait été difficile à vivre. Elle dit que, à l'époque, des personnes lui ont écrit des messages disant qu'elles la soutenaient, mais qu'elles ne voulaient pas s'exprimer par crainte des répercussions.

« Et cela fait mal […] Je me sentais impuissante. »

— Une citation de  Bethany Maytwayashing, membre de la Première Nation du lac Manitoba

Bethany Maytwayashing déplore la manière dont sont dirigées les communautés des Premières Nations. Ce système de société patriarcale ne fonctionne pas pour nous […] je pense que nous devons revenir à [des sociétés plus] matriarcales et laisser les femmes donner l'exemple, affirme la jeune femme.

Le système patriarcal dans les Premières Nations : des résidus de la colonisation

Sur neuf femmes qui ont dirigé des Premières Nations manitobaines, en poste ou à la retraite, contactées par CBC, une seule a souhaité s’exprimer.

Dans un courriel, la chef de la Nation crie de Misipawistik, Heidi Cook, écrit: Cela fait partie des résidus de la colonisation et ne fait pas partie de nos structures de gouvernance traditionnelles.

La chef de la Nation crie de Misipawistik, Heidi Cook, à son bureau.

La chef de la Nation crie de Misipawistik, Heidi Cook, estime que certaines tendances sont des « résidus de la colonisation ».

Photo : Misipawistik Cree Nation Chief

Heidi Cook affirme qu’elle fait partie d'un retour à des formes de gouvernance plus traditionnelles, plus équilibrées et accueillantes que les formes colonisées que [les Premières Nations s'étaient] imposées.

Le patriarcat a été intégré à la Loi sur les Premières Nations, et ces règles imposées ont perturbé les modes de vie des sociétés traditionnelles, comme l'explique la professeure de sociologie à l'Université de Calgary et membre de la Première Nation Athabasca Chipewyan en Alberta.

Il faut mieux faire

Heidi Cook affirme qu’il incombe aux dirigeants de se conduire avec respect et dignité afin d'être efficaces.

Nous ne manquons pas de bons leaders dans nos communautés et nous n'avons pas à nous contenter de moins, écrit-elle.

Selon Cora Voyageur, les pressions et les attentes envers les femmes n'ont fait qu'augmenter au fil des années. Mais elle garde espoir. Le nombre de femmes qui sont des leaders autochtones augmente, tout comme les appels à la responsabilisation.

Après les allégations de Bethany Maytwayashing en 2019, Arlen Dumas avait pris un bref congé de son rôle au sein de l'ACM pour suivre une formation de conseil et de sensibilité professionnelle.

L’ACM n’a pas souhaité dire si une enquête interne avait été menée en 2019 et si la formation d’Arlen Dumas était terminée, avant la date limite.

Bethany Maytwayashing dit être passée à autre chose et ne s'attend plus à des excuses de la part d’Arlen Dumas.

Je voulais juste qu'il montre qu'il peut admettre qu'il avait tort, explique-t-elle. Elle espère qu'il pourra faire un examen de conscience envers cette femme parce qu'ils ont travaillé ensemble.

C'est ce que j'aimerais pour elle, conclut-elle.

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