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Affaire Carpentier : Geneviève Guilbault ordonne une enquête publique

Deux policiers et un chien en forêt.

Le reportage d'Alexandre Duval

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Deux semaines après les révélations de l’émission Enquête sur le drame de Saint-Apollinaire, la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault demande à la coroner en chef Pascale Descary de déclencher une enquête publique pour faire toute la lumière sur les circonstances entourant les décès de Norah, Romy et Martin Carpentier.

La ministre en a fait l’annonce en matinée mercredi, soit deux jours après que le Bureau du coroner eut ordonné un complément d’investigation dans ce même dossier. Une nouvelle qui a été accueillie comme un soulagement par la mère des petites Norah et Romy Carpentier.

Je suis contente de savoir qu'enfin, je vais avoir la vérité, je vais tout connaître, je vais tout savoir ce qui s’est passé. C’est quelque chose qui me manquait beaucoup, beaucoup pour essayer d’avancer à travers le deuil de ma vie, a fait savoir Amélie Lemieux en entrevue à Radio-Canada.

Cette dernière se dit heureuse de constater que la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault ait entendu son cri du coeur lancé en début de semaine, mais ne comprend pas qu'elle ait eu besoin de la supplier pour obtenir une enquête publique sur la mort de ses filles.

« J’aurais aimé ne pas avoir à le gratter, à le quémander. J’aurais aimé que dès le départ, depuis le jour 1 de l'enquête, il y a 21 mois, ça sorte. Moi, ça me ramène là-dedans, ça me garde là-dedans. »

— Une citation de  Amélie Lemieux, mère de Norah et Romy Carpentier

Amélie Lemieux espère maintenant obtenir des réponses à toutes ses questions, qui sont plus nombreuses aujourd'hui que lors des événements, il y a près de deux ans.

Je me fie aux autorités en qui je devais avoir confiance pour qu’on m’apporte des réponses. Et là, j’ai des éléments qui rentrent au compte-gouttes via les médias, une émission d’Enquête. Je suis assise à la même place que vous autres sur le divan et je fais "Hein? Pourquoi je ne suis pas au courant de ça?", illustre-t-elle.

La mère de Norah et Romy Carpentier souhaite surtout que des leçons soient tirées des conclusions de l'enquête publique, particulièrement en ce qui a trait à la restructuration des équipes spécialisées à la Sûreté du Québec, et que pareil drame puisse être évité dans le futur.

J’espère que ça va permettre d’élargir nos connaissances et notre façon d’agir. J’espère qu’avant de faire des coupures, on va réfléchir à la pertinence d’une telle unité. Je suis persuadée que ça aurait pu faire une différence dans mon cas et que mes filles aujourd’hui seraient ici, que je pourrais m’en occuper et qu’elles pourraient jouir de leur vie, parce qu’elles sont parties trop tôt.

Amélie Lemieux et ses filles Norah et Romy Carpentier.

Amélie Lemieux et ses filles Norah et Romy Carpentier

Photo : Photos fournies par la famille

Les ratés de l'opération

Ce nouveau rebondissement fait suite à la diffusion d’un reportage d'Enquête dans lequel plusieurs policiers et ex-policiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont mis en lumière les ratés de l’opération de recherche qui a suivi le mystérieux accident survenu sur l’autoroute 20 à la hauteur de Saint-Apollinaire, le 8 juillet 2020.

En mêlée de presse mercredi, la vice-première ministre a indiqué que l’objectif de l’enquête publique était de redonner confiance à la population en la Sûreté du Québec.

Il y a des questionnements sérieux qui ont été soulevés et qui persistent et j'ai lu comme vous le cri du coeur de la mère de ces petites filles-là, qui nous a interpellés et qui a besoin de réponses à ses questions. Et je peux la comprendre, parce que je me mets à sa place, surtout depuis que j'ai vu le reportage d'Enquête, a-t-elle soutenu.

La ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault.

La ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault

Photo : Radio-Canada

Geneviève Guilbault a réitéré ne pas avoir de doute sur la compétence des policiers de la Sûreté du Québec. Ces derniers collaboreront à l'enquête.

La Sûreté du Québec prend acte de la décision et va offrir sa pleine collaboration dans le cadre de l'enquête publique. Par respect pour celle-ci, la Sûreté du Québec n'émettra aucun autre commentaire en lien avec ce dossier, a fait savoir la porte-parole de la SQ, Catherine Bernard.

La particularité de l'enquête publique, qui sera présidée par le coroner en chef adjoint Luc Malouin, c'est qu'elle aura le pouvoir de contraindre les personnes susceptibles de détenir des informations importantes de témoigner. Des policiers pourraient donc être amenés à expliquer publiquement les dessous de l'enquête et de l'opération de recherche ayant suivi la disparition des petites Carpentier.

Je sais, pour avoir parlé avec plusieurs de mes anciens collègues, qu'ils souhaitaient qu'il y ait une enquête publique pour que justement ils aient la liberté d'expliquer et de dire leur perception, leur version des faits, ce qu’on n’a jamais entendu à date, a révélé le coordonnateur de recherche terrestre à la retraite de la Sûreté du Québec, Alain Croteau, qui a participé au reportage d'Enquête.

L'opposition se réjouit

Au sein de l’opposition, on se réjouit de l'annonce de la ministre Guilbault d'aller au-devant de la coroner en chef et d'ordonner une enquête qui permettra d'aller véritablement au fond des choses.

Cette enquête-là va nous permettre de connaître les décisions qui ont été prises en matière de restructuration des effectifs policiers qui [ont] été entérinées par le gouvernement de la CAQ. Est-ce que ç’a [eu] des incidences sur le fait qu’on n’a pas pu retrouver ces enfants-là vivants? Cette enquête publique va nous permettre de corriger le tir, note Martin Ouellet, député de René-Lévesque et porte-parole en matière de sécurité publique au Parti québécois (PQ).

Ce dernier déplore toutefois qu’il ait fallu deux semaines non nécessaires avant que la ministre ne demande une enquête publique, alors que l’opposition et la mère des petites Carpentier, Amélie Lemieux, la réclamaient ouvertement.

« Je comprends que la coroner, lorsqu’elle a décidé de rouvrir l’enquête pour un complément, ç’a dû mettre de la pression au gouvernement du Québec, surtout qu’ils ont entériné la décision de la SQ de couper les effectifs et de réorganiser ça un peu partout sur le territoire du Québec. Donc ils n’avaient pas le choix. C’était la chose à faire. »

— Une citation de  Martin Ouellet, député de René-Lévesque et porte-parole en matière de sécurité publique au Parti québécois
Deux policiers de dos, avec un chien, marchent dans un champ.

Deux policiers de dos, avec un chien, lors des opérations de recherche le 19 juillet 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Le bon sens

Pour le député de Jean-Lesage et porte-parole de Québec solidaire en matière de sécurité publique, Sol Zanetti, la ministre Geneviève Guilbault fait finalement preuve de bon sens.

Selon plusieurs policiers, un drame comme celui-là était prévisible et il aurait pu être évité. Une enquête publique, c’est la moindre des choses pour apprendre des erreurs du passé. On pourra enfin avoir une opinion indépendante sur la décision d'abolir les unités d'urgence [...]. La sonnette d’alarme retentit dans le bureau de la ministre Guilbault depuis longtemps, il était temps qu’elle entende raison, a commenté le député par voie de communiqué.

Au Parti libéral, le député de Vimont Jean Rousselle rappelle la responsabilité ministérielle de Geneviève Guilbault dans l'abolition des unités de recherche de la Sûreté du Québec.

Il faut se rappeler aussi que ç’a commencé avec le démantèlement d’une unité spécialisée en 2019. Donc c’est la ministre aussi qui a cette responsabilité-là depuis ce temps-là. J’espère que [l'enquête] va faire toute la lumière parce que la mère des petites Carpentier a le droit d’avoir la vérité et d'avoir le dossier complet. C’est la moindre des choses qu’elle peut avoir, a estimé le porte-parole libéral en matière de sécurité publique.

À l'invitation d'Amélie Lemieux, Geneviève Guilbault s'est entretenue avec la mère de Norah et Romy Carpentier en fin de journée, mercredi.

Ce que je lui ai dit, à Mme Lemieux : "L'enquête publique, il n'y a pas plus publique et exhaustif que ça. Au pire, on aura la même information qu'il y a déjà dans les rapports et, au mieux, vous aurez plus d'informations et vous aurez peut-être une forme d'apaisement, du fait que vous aurez eu l'impression d'avoir les réponses à vos questions". C'est l'espoir qu'on a, a affirmé Geneviève Guilbault au Téléjournal Québec.

Avec les informations d'Alexandre Duval

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