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Analyse

Les « Frank bucks » ou les dollars de François Legault

François Legault et Eric Girard au Salon bleu de l'Assemblée nationale.

Le gouvernement Legault a présenté mardi son budget 2022, le dernier avant les prochaines élections générales, prévues l'automne prochain.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La mesure frappe l’imaginaire. Presque tous les adultes du Québec recevront un montant de 500 dollars dans leur compte de banque dans les prochaines semaines. Et le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) en a largement les moyens. Les plus à l’aise pourront se payer un bon resto en famille ou un nouvel iPad, tandis que les moins nantis en auront un peu plus pour payer le loyer ou l’épicerie.

Si le premier ministre François Legault avait promis un budget sans feux d'artifice, on peut dire qu’il n’a pas lésiné sur les confettis alors que 94 % des électeurs québécois recevront la gratification. La limite du revenu admissible, fixée à 100 000 dollars, semble arbitraire. Manifestement, le gouvernement estimait que les 6 % les plus riches pouvaient s’en passer, ce qui inclut le premier ministre lui-même et l’ensemble de ses ministres. Une décision qui évitera les mêlées de presse embarrassantes avec des questions du genre : "Qu’allez-vous faire, Monsieur ou Madame la Ministre, avec votre 500 dollars?" D’autant que certains d’entre eux sont millionnaires.

Le choix de François Legault de distribuer des chèques rappelle les bonis à la prospérité de l'ex-premier ministre albertain Ralph Klein, en 2006. Les « Ralph bucks » avaient pris la forme d’un chèque de 400 dollars qu’avaient reçu par la poste tous les Albertains avec la note : Félicitations et merci d’avoir contribué à bâtir la province. Le contexte est bien sûr différent, mais l’objectif est le même : donner l’impression que tout le monde, même la classe moyenne élevée, a droit à sa part du gâteau. Le gouvernement courtise donc cette clientèle particulièrement fatiguée et exaspérée par la pandémie et les mesures sanitaires. L’expérience albertaine a toutefois démontré que la joie qu’a procurée la réception du fameux chèque a été éphémère.

Une plateforme électorale

Le dernier budget avant les élections générales a souvent des allures de plateforme électorale. Celui-ci ne fait pas exception. Ainsi, la refonte du système de santé est maintenant la priorité du gouvernement. Dans son discours sur le budget, le ministre des Finances, Eric Girard, a annoncé que son gouvernement entend rendre les soins et les services de santé plus fluides, plus accessibles, plus humains et plus performants. Il n’y a pas un mot sur l’introduction du privé dans le système de santé.

Il faudra attendre les précisions du ministre de la Santé, Christian Dubé, probablement la semaine prochaine, pour savoir de quoi il en retourne. Mais les milliards seront au rendez-vous ces cinq prochaines années. Il faudra donc réélire la CAQ pour en voir les effets sur le terrain.

Entre-temps, le gouvernement continue de réinvestir au-delà de l’augmentation normale des coûts, tant en santé qu’en éducation. Il effectue même de gros investissements en enseignement supérieur.

Un ministre écureuil

Qu’est-ce qu’un budget électoraliste? a demandé un journaliste au ministre des Finances. Je ne le sais pas, je n’en ai jamais fait, a répondu M. Girard. Le ministre en est à son quatrième budget et son style s’installe. Il est conservateur. La reprise économique est solide, mais le gouvernement opte pour la prudence. Par exemple, le ministre Girard a pris soin de mettre de côté une provision substantielle pour faire face aux imprévus, comme la guerre en Ukraine ou une aggravation de la pandémie. Sans ce coussin et les versements au Fonds des générations, les finances publiques seraient quasiment déjà à l’équilibre budgétaire.

N’empêche, si, à la fin de l’été, il n’y a pas eu de sixième vague, le gouvernement pourra compter sur une confortable marge de manœuvre pour faire de belles promesses électorales et peut-être même baisser les impôts.

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