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Le Manitoba n’a toujours pas de stratégie globale pour gérer l’eau

Vue aérienne d'une longue ligne de plage sablonneuse, bordée de forêt d'un côté et du lac de l'autre.

Les plages de sable du lac Winnipeg sont souillées, de plus en plus souvent, par l’apparition d’algues bleu-vert depuis la première stratégie de gestion de l'eau du Manitoba, sortie en 2003.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Près de 20 ans après sa toute première stratégie de gestion de l’eau, le Manitoba ne dispose toujours pas d’une nouvelle politique en la matière, alors que la province a fait face à l’une des pires sécheresses l’an dernier et pourrait être victime d’inondations importantes cette année.

La seule stratégie de gestion de l’eau élaborée par le Manitoba date de 2003. Depuis, la province n’a jamais produit de nouveau document pour étayer la façon dont elle envisage de gérer ses cours d’eau, ses lacs, son approvisionnement ou encore l'utilisation de cet or bleu pour l’agriculture.

Le document, qui date de 19 ans, est complètement dépassé. À travers ses 30 pages, il n’évoque que brièvement le changement climatique, un enjeu majeur en 2022.

Les changements climatiques sont devenus vraiment critiques, affirme la directrice en gestion de l'eau à l'Institut international pour le développement durable, Dimple Roy. Elle avait fait partie de l'équipe qui a rédigé la stratégie à l'époque.

La qualité de l’eau s’est détériorée

Depuis, la qualité des cours d’eau du Manitoba s’est détériorée. Au lac Winnipeg , les plages de sable sont de plus en plus souvent détériorées par l’apparition d’algues bleu-vert. Ces algues sont le résultat d’un trop grand nombre de nutriments dans l’eau, eux-mêmes issus de l’agriculture et des rejets provenant de Winnipeg.

Une masse d'algue bleu-vert vue par satellite.

Les traînées vert vif visibles sur cette image satellite du lac Winnipeg datée du 28 juillet 2018 font partie d'une prolifération d'algues s'étendant sur des centaines de kilomètres.

Photo : Agence spatiale européenne

La province a été incapable d’empêcher le développement d’espèces invasives et nuisibles, comme les moules zébrées, qui étouffent peu à peu tout l’écosystème des cours d’eau et des lacs dans lesquels elles apparaissent. Là encore, le lac Winnipeg est l’une des principales victimes, mais la rivière Rouge, qui coule à Winnipeg, n'est pas épargnée.

Des moules zébrées sont échouées sur une plage du Lac Winnipeg.

Deux jours après avoir été nettoyée par des résidents durant l'été de 2019, cette plage de Lester Beach est de nouveau envahie par les moules zébrées, portées par les vents violents.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Nous avons des problèmes de pollutions chroniques , note Dimple Roy en parlant de certains des cours d’eau du Manitoba, .

De plus, il y a d’autres défis qui se dessinent. Mes collègues qui travaillent sur les lacs expérimentaux parlent des micro et des nanoparticules, des microplastiques, des produits pharmaceutiques à base d'argent, dit-elle. Nous avons une occurrence croissante d'un certain nombre de produits pharmaceutiques différents. Ces produits font partie de ce qu’elle appelle des polluants émergents.

Manque de données

L’experte s’attend à une aggravation de ces problèmes avec le changement climatique et l'accroissement de la population. Le problème? On ne sait même pas l’état dans lequel est actuellement le Manitoba parce qu’on a un déficit chronique de données et d’informations sur ces nouveaux polluants.

D'où l'importance, selon elle, d'une nouvelle stratégie provinciale de gestion de l’eau. Le Manitoba avait d'ailleurs mis en place un comité d'experts. Dans son rapport de janvier 2021 (Nouvelle fenêtre), sa première recommandation était que la province devrait approuver une nouvelle stratégie de gestion de l’eau au plus tard le 31 décembre 2021.

Interrogé par Radio-Canada, un porte-parole du Manitoba a confirmé que la nouvelle stratégie n’était toujours pas finalisée et n’a pas répondu aux questions concernant une date potentielle de dévoilement.

Plusieurs d’entre nous appellent depuis longtemps à la création d’un nouveau cadre de gestion de l’eau. L’espoir, c’est que ce soit une vision à long terme pour que le Manitoba atteigne certains objectifs quantifiés. Mais là où nous avons vraiment besoin que plus d’efforts soient mis, c’est sur la collecte d’information, affirme Dimple Roy.

« Les systèmes de surveillance traditionnels ne suffisent plus. Nous devons nous appuyer sur certains de ces systèmes communautaires émergents, sur d'autres formes innovantes de collecte de données. »

— Une citation de  Dimple Roy, directrice en gestion de l'eau à l'Institut international pour le développement durable

Des infrastructures à revoir

Le changement climatique pourrait aussi pousser la province à revoir certaines de ses infrastructures pour gérer l’eau. On peut s’attendre à des périodes plus humides et à des périodes plus sèches. Cela va poser des défis, notamment le long de la rivière Rouge, pour fournir suffisamment d’eau aux agriculteurs, relève Jay Doering, professeur en génie civil à l’Université du Manitoba et spécialiste des inondations.

Des cailloux dans la rivière Rouge

Le bas niveau de la rivière Rouge, en juillet 2021, en pleine sécheresse historique.

Photo : Pembina Valley Water Cooperative

À l’heure actuelle, il n’existe aucun moyen de garder le surplus d’eau du printemps. À cause de la géographie de la vallée de la rivière Rouge, il n’y a aucun endroit où nous pourrions conserver de l’eau qu’on pourrait utiliser plus tard pour réduire l’impact d’une sécheresse sur les fermiers et les populations locales.

L’ingénieur attend lui aussi avec impatience la nouvelle stratégie provinciale et il espère que la province gardera un œil sur les statistiques et la collecte d'information.

« Il est important de comprendre dans quelle mesure nous avons des printemps plus humides, voire des précipitations plus importantes, pendant l'été. Et à l'inverse, il est important de comprendre ce que pourrait être la réapparition d’étés secs. »

— Une citation de  Jay Doering, professeur en génie civil à l’Université du Manitoba et spécialiste des inondations

Ces données pourraient être cruciales pour aider les décideurs à gérer certaines infrastructures primordiales. Jay Doering estime ainsi que le canal de dérivation, qui protège Winnipeg des inondations, est encore bon pour la prochaine décennie.

Le point de contrôle du canal de dérivation

Le point de contrôle du canal de dérivation, à Winnipeg. Le canal réalisé après l'inondation majeure de 1950 a été agrandi après l'inondation du siècle de 1997, qui a menacé la ville de Winnipeg.

Photo : Landsat / Copernicus

Mais après ça, c'est certainement quelque chose que les gouvernements et les municipalités vont devoir vraiment garder à l'œil pour s'assurer qu'ils ont le niveau de protection qu'ils pensaient avoir lorsque l'infrastructure a été conçue. Et, si besoin, la mettre à niveau à coups de milliards de dollars.

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