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Décontaminer le champ de tir de Tracadie coûtera 12 millions $ supplémentaires

Luc Perron, technicien en identification et en neutralisation des munitions au site de Tracadie.

L'ancien champ de tir de Tracadie est un large territoire dans les terres de Tracadie.

Photo : Radio-Canada / David Maltais/ Radio-Canada

Le ministère de la Défense nationale affirme qu’il faudra 12 millions de dollars additionnels pour décontaminer l'ancien champ de tir de Tracadie et que les travaux se poursuivront au moins jusqu’en 2027. La facture estimée dépasse désormais les 40 millions de dollars.

Les travaux de décontamination de ce site – qui est au cœur de vives contestations depuis plusieurs mois – sont loin d’être terminés. La Défense nationale estime qu’il faudra encore au moins cinq ans, peut-être plus, pour décontaminer le terrain.

Présentement nous avons un plan pour effectuer des travaux UXO [des travaux de nettoyage de munitions explosives non explosées] jusqu’en 2027. Cependant ce plan est sujet à changer selon les trouvailles effectuées, les priorités sur les autres anciens sites, ainsi que les plans de développement pour le site en question, indique Andrée-Anne Poulin, porte-parole de la Défense nationale.

« Nous ne pouvons jamais déclarer les anciens sites d'entraînement militaire, comme celui de Tracadie, comme étant complètement exempts de munitions explosives non explosées (UXO). Ils seront toujours considérés comme ayant un risque résiduel d'UXO. »

— Une citation de  Andrée-Anne Poulin, porte-parole de la Défense nationale

Les travaux en cours ou à venir sont, entre autres, liés à de potentielles exploitations de bleuetières ou des développements récréatifs.

Des obus

Des obus retrouvés dans l'ancien champ de tir de Tracadie.

Photo : Archives

La Défense nationale justifie ce nouveau délai en raison de la nature très délicate des travaux.

Pour des raisons de sécurité, il est nécessaire de creuser à la main et avec précaution toutes [les munitions potentielles] afin d’éviter de déclencher involontairement une UXO et ainsi provoquer une explosion qui pourrait entraîner des blessures graves ou même la mort, explique Andrée-Anne Poulin.

La végétation dense contribue aussi à la lenteur de la décontamination du site. La superficie du champ de tir de Tracadie dépasse les 18 000 hectares.

Difficile de savoir où sont les munitions

La Défense nationale fait aussi valoir que des registres journaliers des entraînements militaires effectués entre 1939 et 1994 n’ont pas bien été tenus, ce qui fait en sorte qu’il est difficile de savoir où se trouvent précisément les munitions.

L’ancien militaire Luc Perron fait partie de l’équipe d'experts en munitions explosives non explosées depuis 1997, date à laquelle Ottawa a cédé le champ de tir au gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Un homme en entrevue à la caméra.

Des centaines d'obus ont été déterrés du champ de tir depuis les années 90. Selon Luc Perron, technicien en identification et en neutralisation des munitions, le site présente toujours un risque pour la sécurité.

Photo : Radio-Canada / David Maltais

Il y a une absence de registre. À partir de 1970 quand les avions tiraient, il y avait des registres de tenus, mais avant ça dans les années 40, avec les efforts de guerre, il n’y avait pas grand registres, dit Luc Perron, technicien en identification et en neutralisation des munitions.

Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là.

Une partie du travail de déminage doit être revu étant donné que les travaux ont seulement été entrepris en surface ou jusqu'à 45 cm de profondeur dans certaines zones, précise la Défense nationale.

Les recherches ont montré que l’action du gel et du dégel pouvait faire remonter à la surface des UXO situées sous la profondeur nécessaire pour le nettoyage, entraînant ainsi un nouveau risque pour les utilisateurs du site., fait valoir Andrée-Anne Poulin.

Une affiche qui marque le début du territoire de l'ancien camp militaire.

Une affiche qui marque le début du territoire de l'ancien camp militaire, à Tracadie (archives).

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Luc Perron, qui travaille pour une des entreprises qui a obtenu les contrats de la Défense nationale pour les travaux de décontamination à Tracadie, explique que les nouveaux standards d'inspection du site sont plus onéreux.

On n’a pas les mêmes systèmes de détecteurs qu’on avait dans le passé, ceux-là sont beaucoup plus dispendieux avec les GPS pour localiser et avoir la position exacte des items sur le terrain. Dans le passé, la préparation du terrain et le nettoyage de la végétation étaient pratiquement inexistants. Aujourd’hui, on prépare le terrain adéquatement pour permettre une très bonne détection des munitions. À ce moment-là, les coûts augmentent, dit-il.

Au moins 40 millions $ de la poche des contribuables

La Défense nationale n’est pas en mesure de dire combien ont couté les travaux depuis le début des années 90. Toutefois, Radio-Canada a recensé que les travaux de décontamination passés et à venir dépassent aujourd’hui les 40 millions de dollars.

C’est l’argent des contribuables, c’est notre argent à toutes nous autres. Puis la décontamination est faite pour être capable d’exploiter ces terrains-là, tout de suite comme on sait c’est pour les bleuetières, fait valoir Jeff Rousselle, membre du Club chasse et pêche de Tracadie.

Jeff Rousselle

Jeff Rousselle, un amateur de chasse et de pêche de la région de Tracadie, s'oppose depuis le début aux intentions du gouvernement provincial quant à l'exploitation de nouvelles bleuetières sur ce territoire.

Photo : Gracieuseté

Et les projets commerciaux pour l'utilisation du champ de tir ne passent pas le test de l'acceptabilité sociale.

Ils prennent de l’argent des contribuables pour donner à de grosses compagnies qui n’ont pas besoin d’exploiter des terrains, si on peut dire nos terrains, notre petit coin de paradis à nous autres, fait valoir Jeff Rousselle, qui participe depuis plusieurs mois aux efforts de mobilisation contre les projets de bleuetières que veut établir la province sur le site.

Attendre la fin des travaux pour se prononcer sur l'avenir?

Alors que les travaux de décontamination se poursuivent, l'avenir du site est source de nombreux débats dans la Péninsule acadienne.

Je suis très content que le gouvernement fédéral s’engage à long terme pour nettoyer le site du camp militaire (...) j’espère qu’il va aller jusqu’au bout et quand ça se termine en 2027, qu’on va pouvoir dire que le site est décontaminé , dit Keith Chiasson, député libéral de Tracadie-Sheila.

Les élus de la région, tant au niveau provincial que municipal, estiment que le Nouveau-Brunswick devrait considérer ce nouveau délai dans les travaux comme une occasion à saisir.

Un homme dans un décor extérieur.

Le député provincial de Tracadie, Keith Chiasson.

Photo : Radio-Canada

C’est certain que ça peut être une option d’attendre après 2027 pour considérer qu’est ce qu’on va pouvoir faire suite à la décontamination. De toute façon, ce processus-là va permettre de voir justement ce qu’il est possible d’être fait, fait valoir Denis Losier, le maire de Tracadie.

L’idéal ça serait d’attendre. Prenons le temps qu’il faut pour nettoyer le site d’une bonne façon. Ça fait 30 ans qu’on parle du camp militaire, la première vague de nettoyage n’a pas bien été faite, ajoute Keith Chiasson.

Le plan de la province pour développer des bleuetières sur l'ancien champ de tir se base sur des consultations publiques qui se sont tenues il y a plus de 20 ans, au début des années 2000.

En juin 2021, le conseil municipal de Tracadie a pris position contre le fait de mettre des terres de l’ancien champ de tir de Tracadie à disposition pour le développement de l’industrie du bleuet.

La province a fait fi de cette position et a décidé d’aller de l’avant avec un appel d’offres en septembre 2021. On apprenait en février que plusieurs entreprises sont en lice pour exploiter des bleuetières au nord-ouest du site.

La province indique ne pas avoir d’échéancier quant à la prise de décision pour octroyer les contrats.

Le maire debout sur le perron d'un édifice, devant des micros, vêtu d'un manteau d'hiver.

Le maire Denis Losier s'est adressé aux personnes qui prenaient part à la manifestation pour un moratoire sur les travaux à l’ancien champ de tir, le 5 février 2022 à Tracadie.

Photo : Radio-Canada / Yves Levesque

Ce qui est important c’est qu’on puisse regarder à consulter tout le monde pour prendre des idées de tout le monde. Et d’être en mesure de faire des tests sur les terrains, on sait que des bombes ce n’est pas nécessairement des produits biodégradables, fait qu’il va falloir avoir des tests d’eau et de sol, indique Denis Losier.

L’impression qu’on a c’est que le gouvernement semble être pressé à faire le développement, même avant que le terrain soit décontaminé comme il faut, fait valoir Keith Chiasson.

Rendre le champ de tir aux citoyens

L'ancien député néo-démocrate Yvon Godin s'est battu pour la réhabilitation du site durant sa carrière, alors qu’il représentait la circonscription fédérale d’Acadie-Bathurst.

Maintenant que cet objectif pourrait bientôt être atteint grâce à l'argent des contribuables, il estime que la destinée du champ de tir devrait être entre les mains de citoyens de la région.

Moi je suis un de ceux qui croient que le champ de tir devrait retourner à la communauté, devrait retourner à la région de Tracadie, retourner à ces gens-là et eux prennent la décision de ce qui devrait être fait avec, croit Yvon Godin, le député Acadie-Bathurst entre 1997 et 2015..

L'ex-député néo-démocrate d'Acadie-Bathurst, Yvon Godin

L'ex-député néo-démocrate d'Acadie-Bathurst, Yvon Godin

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Yvon Godin se positionne lui aussi contre l'exploitation de bleuetières sur l'ancien champ de tir.

Blaine Higgs ou les autres qui étaient là avant, que ce soit les libéraux ou les conservateurs, ne peuvent pas avoir le droit de venir s’approprier de nos terrains pour faire ce qu’il veulent sans le consentement de la population. Ces terrains-là, les gens ont déjà été expropriés, c’est complètement inacceptable qui sont mis de côté, dit-il.

Des familles ont été expropriées lors de l’établissement du champ de tir de Tracadie dans les années 30 et 40.

La Défense nationale dit avoir convenu avec la province du Nouveau‑Brunswick de suspendre les activités d’abattage des arbres cette année sur le champ de tir jusqu’à ce que la province tienne d’autres consultations avec des groupes clés concernant le projet de culture de bleuets sur le site.

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