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La Colombie-Britannique, un modèle « contradictoire » de réconciliation?

Dessin d'un marteau de juriste et des mains multicolores qui s'élèvent.

Il existe plus de 200 communautés autochtones en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada

Si la Colombie-Britannique apparaît parfois comme un chef de file en ce qui a trait à la réconciliation avec les peuples autochtones, les négociations de territoires ancestraux qui doivent se régler devant les tribunaux contredisent, aux yeux de certains, les engagements du gouvernement.

En 2019, la Colombie-Britannique est devenue la première province canadienne à mettre en œuvre officiellement la Déclaration des Nations unies  (Nouvelle fenêtre)sur les droits des peuples autochtones.

Cette déclaration garantit, entre autres, les droits des communautés autochtones sur leur territoire traditionnel, mais aussi leur droit à une réparation lorsque ces lieux ont été confisqués ou exploités sans leur consentement.

Selon Bruce Miller, anthropologue à l’Université de la Colombie-Britannique, il s'agit de l’une des mesures les plus importantes adoptées dans la province pour la réconciliation.

Depuis 40 ans, il étudie les relations entre les Autochtones et les différents ordres de gouvernement et il note des avancées considérables pour ces peuples en Colombie-Britannique.

Les territoires, une partie importante de l'histoire

En Colombie-Britannique, comme au Québec, la majorité du territoire est toujours non cédé, rappelle Bruce Miller. Cela signifie que les terres n’ont pas été formellement données aux colonisateurs européens.

Résultat : l'exploitation des ressources ou encore le passage de pipeline sur ces territoires non cédés sont encore aujourd’hui une source de conflits. Et certains durent depuis des décennies.

Un membre d'un groupe de manifestants tient une pancarte où il est écrit en anglais : « La réconciliation n'existe plus. » Devant lui, plusieurs policiers surveillent le groupe.

Des manifestants soutiennent les chefs héréditaires de Wet'suwet'en qui s'opposent au projet de pipeline de gaz naturel Coastal GasLink.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

La secrétaire-trésorière de l'Union des chefs des Premières Nations de la Colombie-Britannique, Kukpi7 Judy Wilson, rappelle que, pendant des générations, les Autochtones ont dû abandonner leurs territoires pour aller vivre dans des communautés dont la superficie ne représente que 1 % ou 2 % de leurs terres traditionnelles.

C'est du vol de territoire, n'est-ce pas? lance Judy Wilson, qui est aussi la cheffe de la Première Nation Neskonlith.

« Les gens ne le réalisent pas. Il n’y a jamais vraiment eu de guerre pour la revendication de nos terres. Alors ils pensent qu’on les a cédées, abandonnées ou vendues. »

— Une citation de  Kukpi7 Judy Wilson, Cheffe de la Première Nation Neskonlith
Un manifestant tenant un drapeau des guerriers mohawks devant une voiture aux phares allumés, la nuit, sur une route des environs de Prince George, en Colombie-Britannique.

En 2021, des membres des Wet'suwet'en ont lancé un avis d'éviction de leur territoire contre les représentants de Coastal GasLink.

Photo : Layla Staats

Recours fréquents aux tribunaux

Selon l'anthropologue Bruce Miller, des Premières Nations comme les Squamish, les Haïda ou les Musqueam ont réussi à inscrire leur nom sur de grandes décisions juridiques.

Il rappelle que certains jugements clés pour les Autochtones du Canada et du monde entier viennent de la Colombie-Britannique.

Le règlement de ces conflits territoriaux devant la justice apparaît toutefois en contradiction avec les engagements de la province pour la réconciliation, soutient Tad McIlwraith, anthropologue spécialisé dans l’utilisation des territoires et les droits des Autochtones à l’Université de Guelph, en Ontario.

« D’un côté, on fait des efforts pour essayer de reconnaître la présence et les droits des peuples autochtones, et de l’autre, quand on parle de conflits liés aux ressources, on va directement en cour. »

— Une citation de  Tad McIlwraith, anthropologue, Université de Guelph

En 1990, dans l'affaire R. c. Sparrow, la Cour suprême du Canada reconnaît pour la première fois que les droits ancestraux autochtones sont garantis par la Constitution. Elle innocente ainsi un membre de la Première Nation Musqueam, Ronald Edward Sparrow, condamné pour avoir utilisé un filet de pêche dépassant la longueur autorisée par le permis de pêche de subsistance de la bande délivré par le gouvernement canadien.

En 2014, le plus haut tribunal du pays a marqué une autre première en restituant une partie du territoire ancestral d'une communauté autochtone de la même province : la Première Nation Tsilhqot’in.

Cette semaine, la Première Nation Nuchatlaht a également entamé son combat devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique pour obtenir un titre ancestral.

Des personnes sur les marches de la Cour suprême avec des pancartes et banderoles.

Des membres de la Première Nation Nuchatlaht et des gens qui soutiennent leur cause se sont rassemblés devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique, avant l'ouverture du procès, le 21 mars.

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

De batailles qui semblent sans fin

Si les Premières Nations ont obtenu des victoires significatives devant les tribunaux, certains dossiers ne sont toujours pas réglés, rappelle également Judy Wilson.

Le désaccord des dernières années entre les chefs héréditaires wet’suwe’ten, opposés au projet de gazoduc Coastal GasLink, et le gouvernement canadien qui l'a autorisé, en est un exemple.

La source du contentieux : la reconnaissance du territoire ancestral de la Première Nation, car ce gazoduc passerait par des terres non cédées des Wet'suwe'ten.

Frank Alec, Carolyn Bennett et Scott Fraser en point de presse.

Le chef héréditaire wet'suwet'en Frank Alec (au centre) avec la ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett (à gauche), et le ministre provincial des Relations avec les Autochtones, Scott Fraser (à droite), lors de la signature de l'accord provisoire en mars 2020.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

En mars 2020, les chefs héréditaires wet'suwet'en et le Canada ont signé un accord provisoire établissant les modalités des négociations à venir sur les droits territoriaux ancestraux de la nation.

Mais deux ans plus tard, les tensions sont toujours vives sur le territoire, si bien que des Wet’suwet’en ont récemment porté plainte devant l’Organisation des Nations unies.

« Quand on voit le conflit en cours sur le territoire des Wet’suwet’en, cela suggère que l’idée de reconnaissance du titre et la réalité, la façon dont il est reconnu dans la vie de tous les jours est déconnectée. »

— Une citation de  Tad McIlwraith, anthropologue, Université de Guelph

La province et le fédéral veulent traîner les pieds, affirme Judy Wilson.

L’extraction des ressources, des mines, et les pipelines perturbent le système entier, déplore-t-elle. Elle craint que les conséquences sur l'environnement ne soient irréversibles.

Les communautés autochtones sont les premiers peuples de ces territoires. Nous avons toujours nos titres et nos droits inhérents, nos responsabilités envers la terre, l’eau, les plantes et les arbres.

De grands tronçons de tuyaux sont mis en terre à l'aide de machinerie lourde.

Malgré une entente conclue en 2020, les tensions entourant le gazoduc Coastal GasLink sont toujours vives.

Photo : Coastal GasLink

Une trajectoire de bâton de hockey

Selon Tad McIlwraith, la trajectoire adoptée par la province paraît malgré tout positive à certains égards.

Quand, en 2021, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a déterminé que les droits de la Première Nation de Buleberry River ont été enfreints par des décennies d'exploitation des ressources naturelles, le gouvernement a décidé de ne pas faire appel.

Bruce Miller estime que la marche vers la réconciliation a une trajectoire de « bâton de hockey » : elle a longtemps stagné, mais elle connaît une augmentation rapide, une fois qu’elle est lancée.

Aujourd’hui, les peuples autochtones ont une voix dans les médias traditionnels et peuvent ainsi exercer une certaine pression sur les gouvernements pour faire reconnaître leurs droits et les injustices passées, souligne-t-il. Il est également persuadé que les concepts juridiques autochtones gagneront du terrain dans le droit canadien.

Bruce Miller affirme que ses étudiants à l'Université de la Colombie-Britannique sont aujourd’hui beaucoup plus conscients des réalités autochtones qu'ils ne l'étaient il y a quelques décennies.

Le logo de l'Université de la Colombie-Britannique sur une affiche à côté de laquelle marche un étudiant.

Pour Bruce Miller, il serait nécessaire de mieux financer les programmes juridiques autochtones dans les grandes universités.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Enseigner la culture autochtone, un pas dans la bonne direction

Judy Wilson croit aussi que les jeunes générations reprendront le flambeau. Selon elle, c’est par l’éducation que le manque de connaissances de certains Canadiens au sujet de l’histoire et de la réalité des peuples autochtones pourra être comblé.

Dès l’année scolaire 2023-2024, les Britanno-Colombiens devront d’ailleurs réussir un cours axé sur la culture et les perspectives autochtones pour obtenir leur diplôme d'études secondaires.

Cette mesure, annoncée au début du mois par la province, réjouit Judy Wilson, puisque la question des territoires et des droits inhérents des Premières Nations pourrait faire partie du programme.

Nous sommes toujours ici. Nos peuples existent toujours, souligne-t-elle. Dans les programmes scolaires, on pourrai expliquer tout cela.

Contre toute attente, malgré tout ce que nous avons fait subir, nous avons survécu.

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