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Envoyé spécial

Que reste-t-il pour l’OTAN dans la valise de Justin Trudeau?

Le premier ministre arrive en Europe avec des options limitées du point de vue militaire.

Justin Trudeau tient une valise et fait un salut de la main.

Justin Trudeau se rend en Belgique pour un sommet extraordinaire de l'OTAN.

Photo : LOUIS BLOUIN

Justin Trudeau vient d’arriver en Belgique et participera jeudi à un sommet aussi exceptionnel qu’historique aux côtés de Joe Biden et d’autres leaders de l’OTAN. Mais après toutes les annonces d’aide pour l’Ukraine ces dernières semaines, le Canada n’a plus beaucoup de cartes dans son jeu pour bonifier sa contribution militaire à l’Alliance.

La rencontre des leaders de l’OTAN, dans le quartier général hypersécurisé de Bruxelles, vise avant tout à afficher un front uni et solidaire face à l’agresseur russe. L’objectif, c’est de garder le momentum, résume Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l'Université de Montréal.

Le sommet pourrait être l’occasion de préparer le renforcement de la présence de l’OTAN en Europe de l’Est pour rassurer les pays baltes, la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie, par exemple.

Le maintien d’un approvisionnement suffisant en armes vers l’Ukraine devrait aussi être au menu.

Qu’est-ce que le Canada peut faire de plus? Déjà, Ottawa a envoyé des armes comme des grenades, des lance-roquettes et des munitions. Le gouvernement a aussi promis de déployer 460 militaires de plus en Europe pour s’ajouter aux centaines déjà présents en Lettonie, notamment. Il a également rendu disponibles 3400 militaires pour un déploiement au besoin. Un deuxième navire de guerre canadien a quitté le Canada en direction du Vieux Continent.

La capacité militaire du Canada atteint ses limites. L’envoi d’armes supplémentaires paraît peu probable à court terme.

Le Canada n’a pas vraiment de possibilité d'envoyer de matériel important qui serait criant en termes de besoin du côté ukrainien, concède le major général à la retraite Richard Blanchette.

Actuellement, on voit qu'on est limités. On a envoyé le maximum de nos réserves d'armes antichars, constate le député conservateur et ancien militaire Pierre Paul-Hus. Pour combler ce manque, il propose d’acheter des missiles Javelin aux États-Unis pour les donner ensuite à l’Ukraine.

La rigidité du processus d'approvisionnement du Canada rendrait cette idée complexe à réaliser rapidement, selon le major général à la retraite Richard Blanchette : le système d'approvisionnement en matière de défense au Canada n'est pas reconnu pour sa souplesse.

Un soldat équipé tire sous le regard d'un autre soldat qui supervise les opérations

Un soldat canadien tire au fusil mitrailleur pendant un exercice qui a eu lieu à l'extérieur de Riga, en Lettonie, en mai dernier.

Photo : Avec la gracieuseté de l'OTAN

Le Canada, un pee-wee en défense

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant d’apprendre que le premier ministre choisira la voie de la dissuasion économique plutôt que militaire cette semaine en Europe.

Il y aura plus de sanctions qui seront annoncées certainement cette semaine, a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, mardi.

Sur les questions militaires, le Canada n’a pas beaucoup de poids autour de la table, rappelle Frédéric Mérand.

« Ses dépenses [en défense], qui sont parmi les plus faibles de l'OTAN, font en sorte que le Canada est un nain militaire. »

— Une citation de  Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l'Université de Montréal

À Ottawa, les conservateurs croient que l’occasion serait bien choisie, à quelques semaines du budget fédéral, pour que le Canada s’engage à augmenter significativement son budget militaire auprès de ses alliés. Actuellement, le budget de défense d’Ottawa équivaut à environ 1,4 % de son PIB, alors que l’objectif de l’OTAN est de 2 %.

Là, maintenant, on voit ce que ça donne de ne pas être prêt. Ce qu'on demande, c'est vraiment d'investir massivement ou d’atteindre à tout le moins les 2 % demandés par l'OTAN, déclare le conservateur Pierre Paul-Hus.

La ministre de la Défense, Anita Anand, a promis d’y aller de propositions musclées pour augmenter les investissements militaires du Canada.

Le Bloc québécois est favorable à une augmentation du budget militaire, sans la chiffrer. Yves-François Blanchet qualifie le Canada de pee-wee en défense. On a des obligations, et on se rend compte qu'en l'état actuel, on ne peut pas remplir ces conditions minimales. Donc oui, je suis favorable à l'augmentation de ce budget militaire, a-t-il déclaré mercredi.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui vient de conclure une entente avec le gouvernement libéral, laisse la porte ouverte à une augmentation du budget militaire, tant que cela ne nuit pas aux engagements d’Ottawa en matière de soins de santé, notamment.

Passer de 1,4 % à 2 % du PIB serait une augmentation énorme et phénoménale, considérant la taille de l’économie canadienne, selon Richard Blanchette. Est-ce qu’on va s’en approcher? Je l’espère, parce que je considère que la vie des marins, des soldats et des aviateurs vaut certainement un engagement plus grand en termes d’appui pour les objectifs de notre alliance, explique le major général à la retraite.

Le grand patron des Forces armées canadiennes, le général Wayne Eyre, croit que des investissements accélérés sont nécessaires pour recruter plus de personnel et moderniser l’équipement du Canada.

Les forces armées que nous avons aujourd’hui ne sont pas les forces armées dont nous avons besoin pour affronter les menaces futures, a déclaré le général à CBC la semaine dernière.

Selon lui, le Canada doit notamment se doter d’armes antichars et de systèmes de défense aérienne plus modernes.

Pour le major général à la retraite Richard Blanchette, le système de défense aérienne basé au sol est extrêmement important et a été déficient depuis plusieurs années.

Maintenant, il faut repenser l'ensemble du système et non pas seulement pour les expéditions, mais également pour la défense au Canada, si nous avions à défendre notre pays, explique-t-il.

Toutefois, l’augmentation des dépenses pourrait prendre des années à se matérialiser sur le terrain. Le remplacement de la flotte d’avions de chasse du Canada est un bon exemple d’un processus d’approvisionnement plombé par des retards à répétition.

Deux enfants ukrainiens, dont l'un fait un salut de la main, sont aperçus à travers la vitre d'un autobus.

Des enfants ukrainiens, le 15 mars dernier, sont assis dans un autobus qui doit les amener en Pologne via le poste frontalier de Medyka.

Photo : Getty Images / AFP/LOUISA GOULIAMAKI

De l’aide humanitaire au plus sacrant

C’est sur le plan humanitaire et non militaire que le Canada doit concentrer ses efforts, croit le NPD. L’aide humanitaire au plus sacrant!, tonne le député néo-démocrate Peter Julian, qui s’étonne que le Canada n'ait accueilli que quelques milliers d’Ukrainiens qui fuient la guerre (3400 depuis le début de l’invasion russe).

Il y a un problème énorme, s’exclame le député, qui appelle à une accélération des procédures d’accueil des Ukrainiens et à l’organisation de vols pour les transporter vers le Canada.

« Jusqu'à maintenant, on a eu de belles paroles, mais très peu de gestes. »

— Une citation de  Peter Julian, néo-démocrate de New Westminster-Burnaby

Le Canada a consacré 145 millions de dollars en aide humanitaire à l’Ukraine en 2022, qui étaient destinés, entre autres, à la Croix-Rouge, au Programme alimentaire mondial et au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ottawa a aussi créé de nouvelles mesures d’immigration pour aider les personnes fuyant la guerre.

Toutefois, aux yeux du NPD, le Canada peut aller encore plus loin. On va sauver les vies si on peut vraiment accélérer l'aide humanitaire en Ukraine, souligne Peter Julian, qui insiste sur les besoins en nourriture, en eau potable et en hébergement.

La bloquiste Christine Normandin estime que le Canada pourrait aussi fournir du matériel médical à l’Ukraine et des hôpitaux de campagne, par exemple.

Un CF-18 fait des prouesses dans le ciel de Bagotville.

Un CF-18 fait des prouesses dans le ciel de Bagotville au Québec.

Photo : Radio-Canada

Et les demandes de l’Ukraine?

Il y a peu de chances qu'à l'issue de ce sommet extraordinaire de l'OTAN les alliés prennent un tournant majeur dans leur approche du conflit en Ukraine. Les demandes répétées du président Volodymyr Zelensky de créer une zone d'exclusion aérienne pour protéger le ciel ukrainien sont jusqu'ici restées lettre morte.

Même si la Russie continue de se comporter de manière de plus en plus brutale et violente en Ukraine, il est très peu probable que l'OTAN soit directement impliquée, explique Frédéric Mérand. Les Occidentaux ont peu d’appétit pour un affrontement militaire direct avec la Russie.

Actuellement, le consensus au sein des pays les plus importants dans l'OTAN, ceux qui sont les plus puissants sur le plan militaire, c'est qu'il faut donner le temps aux sanctions de faire leur effet, que ça va finir par ruiner l'économie russe et donc diminuer sa capacité militaire, explique Frédéric Mérand.

Le sommet de jeudi n’en est pas moins important, puisqu’il représente une autre démonstration d’unité face à Vladimir Poutine. En ce moment, la solidarité des alliés, dont le Canada, sera fondamentale pour briser les volontés de la Russie, croit M. Mérand.

À ses yeux, si le Canada n’est pas le plus grand contributeur militaire à l’OTAN, sa voix n’est pas ignorée pour autant.

Une force [du Canada] qui est reconnue de manière assez large, c'est d'avoir très tôt posé le bon diagnostic quant au comportement de la Russie et d'avoir très tôt voulu alerter l'OTAN de ce que la Russie faisait en Ukraine. Donc, d'avoir fait partie de la discussion dès le début, souligne M. Mérand.

C’est cette aura que Justin Trudeau tentera d’entretenir cette semaine en Europe.

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