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Voici les 50 mesures du gouvernement Legault pour « redresser » la santé

Dans le plan, obtenu par Radio-Canada, Québec ambitionne de remettre sur pied le système d'ici 2025.

MM. Legault et  Dubé arrivant à un point de presse.

Le premier ministre François Legault et son ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Le gouvernement du Québec se donne trois ans pour que le réseau de la santé soit « renforcé et modernisé de façon significative ». Le document dont nous avons obtenu copie, qui doit être présenté au public le 29 mars, prévoit, entre autres, de changer le mode de rémunération des médecins de famille pour les encourager à prendre plus de patients et de créer des « centres de commandements » dans les urgences pour réduire le temps d'attente.

Dans le plan santé de 90 pages, le mot « refondation » n'apparaît pas, malgré son matraquage, depuis des semaines, par la Coalition avenir Québec (CAQ). Le titre indique maintenant : « Plus humain, plus performant – Plan pour mettre en œuvre les changements nécessaires en santé ».

Une grande partie des éléments du plan ont déjà fait l'objet d'annonces, notamment dans le budget de mardi.

Par exemple, Québec prévoit « éliminer une fois pour toutes le temps supplémentaire obligatoire dans la gestion courante des opérations ». En bref, cette « coercition » qualifiée d'« insoutenable » deviendrait une mesure exceptionnelle et non pas un usage normalisé, en croissance, année après année.

Pour arriver à se passer de ce « TSO » honni, qui mine la vie personnelle des travailleurs et travailleuses, Québec compte passer d'une situation de sous-effectif à un sureffectif.

« Pour arriver à cette fin, une capacité excédentaire sera notamment planifiée pour couvrir les absences prévisibles. »

— Une citation de  Extrait du plan santé du gouvernement du Québec

Québec mise sur « une campagne de recrutement massive », par exemple en allant chercher 1000 infirmières provenant de l’étranger. Et pour réduire les tâches de paperasse du personnel clinique et lui libérer du temps, 3000 agents administratifs doivent être recrutés en 2022.

Mais il ne suffit pas d'attirer du nouveau personnel, il faut aussi retenir les travailleurs actuels. Pour leur donner envie de rester, le gouvernement permettra à chaque établissement de mettre en place une autogestion des horaires, avec « l’implication du personnel ». Des projets pilotes ont déjà porté fruit par endroits.

Le gouvernement pense qu'avec du personnel additionnel et une meilleure rétention des travailleurs actuels, la capacité hospitalière sera rehaussée et la province ne sera plus prise en défaut par un afflux de patients que d'autres pays dans le monde auraient absorbé sans problème.

Accès au médecin : une nouvelle promesse après l'échec de la première

Le gouvernement Legault abandonne sa promesse électorale d'un médecin de famille pour chaque Québécois [près d'un million n'en ont toujours pas]. Selon le document, c'est à cause de la pandémie que la CAQ n'a pas été en mesure de réaliser sa promesse de 2018.

Québec vise dorénavant l'objectif d'offrir une consultation avec un professionnel de santé pour tous, dès que le besoin s'en fait sentir, mais pas nécessairement avec un médecin. Les 800 infirmières praticiennes spécialisées auraient ainsi un rôle accru, comme ça se fait déjà à certains endroits dans la province.

« La priorité demeure que tous les Québécois [...] puissent bénéficier d’une véritable prise en charge, au sein des groupes de médecine familiale [GMF], pour des consultations dans des délais raisonnables. »

— Une citation de  Extrait du plan santé du gouvernement du Québec
Une infirmière utilise un stéthoscope.

Une infirmière praticienne écoute les battements de cœur d'une patiente avec un stéthoscope.

Photo : Radio-Canada

Le délai raisonnable est fixé à moins de 36 heures. Le plan prévoit par ailleurs étendre « partout au Québec » le modèle du guichet d’accès à la première ligne expérimenté dans le Bas-Saint-Laurent pour desservir les patients orphelins.

Ils peuvent se tourner vers un numéro de téléphone unique, où une infirmière les dirige vers le bon professionnel (médecin ou autre) en fonction de leur besoin de santé.

Des médecins de famille payés selon le nombre de patients

Une des nouveautés de ce plan santé, c'est l'idée d'avoir une plus grande part de capitation dans la rémunération des médecins de famille, ce qui veut dire que le nombre de patients aurait un impact sur l'argent gagné par un omnipraticien, l'objectif étant d'obtenir une meilleure prise en charge des patients.

Selon la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, les médecins de famille comptent déjà le tiers de leur rémunération par capitation et le gouvernement voudrait augmenter cette part jusqu'à 75 %.

Décloisonnement des champs de pratique et autosoins

Le plan prévoit un rôle accru des pharmaciens, qui auront encore plus d'autonomie professionnelle. La pandémie a montré que les pharmaciens communautaires peuvent être mis à contribution, peut-on lire.

Les ambulanciers auront aussi plus d'autonomie. Les techniciens ambulanciers paramédics peuvent contribuer à offrir aux patients les bons soins au bon endroit, dit le document.

Deux ambulanciers devant leur véhicule.

En Estrie, certains techniciens ambulanciers peuvent désormais prodiguer des soins « avancés » à la population.

Photo : CTAE

On comprend que l'idée générale est le décloisonnement des champs de pratique pour favoriser un accès plus rapide aux soins pertinents, prodigués par les ressources compétentes.

Québec mise également sur l'appui des organismes communautaires qui interviennent en soins et services à domicile.

Par ailleurs, de nouveaux outils d'autosoins seraient développés, donc les patients pourraient cheminer eux-mêmes dans leurs soins.

« Pendant la pandémie, certains des outils rendus disponibles et grandement utilisés par les Québécois ont d’ailleurs été le guide d’autosoins pour la COVID-19 et l’outil d’aide à la décision. Il est possible de s’inspirer de ces exemples pour soutenir la prise en charge des patients. »

— Une citation de  Extrait du plan santé du gouvernement du Québec

Des « centres de commandement » dans les hôpitaux

Il faut faire différemment, il faut mieux s’organiser, peut-on lire dans le plan, au moment d'aborder la question des urgences. Une autre promesse non réalisée, celle de limiter le temps d'attente à 90 minutes, est tout de même réitérée.

Le gouvernement souhaite favoriser la mise en place de « centres de commandement » dans les hôpitaux pour gérer les urgences, en s'inspirant de l'expérience de l’Hôpital général juif de Montréal.

Une femme vêtue d'un sarrau blanc marche dans un corridor d'hôpital où l'on voit une civière.

Une médecin marche dans les corridors de l'Hôpital général juif de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Ce centre de commandement est composé des personnes clés issues de plusieurs secteurs de l’établissement (directions responsables des aînés, de la santé mentale, du soutien à domicile, de la réadaptation, etc.) qui travaillent ensemble afin que le patient puisse recevoir le bon service, au bon moment.

« Ainsi, le patient obtient son congé de l’hôpital dès qu’il est prêt à le recevoir, lorsque son état ne nécessite plus de soins critiques, mais il continue de bénéficier de services à l’extérieur de l’hôpital si son état de santé le requiert. »

— Une citation de  Extrait du plan santé du gouvernement du Québec

Selon le plan, cette approche favorise l’accès à l’hospitalisation rapide des patients dans les départements appropriés et contribue à diminuer la pression sur les urgences.

L'INESSS appelé en renfort pour aider à revoir la pertinence des soins

L'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS), connu pour ses projections d'hospitalisations COVID, sera sollicité pour cibler les interventions cliniques à faible valeur et proposer des alternatives basées sur les données probantes.

Selon le plan, cette approche sera complémentaire à celle de l’Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM) qui vise déjà à restreindre ou à éliminer des actes médicaux inappropriés, rendus à des fréquences excessives ou non conformes aux bonnes pratiques médicales.

Le recours au privé, comme durant la pandémie

Alors que François Legault avait évoqué, le 15 septembre 2021, l'idée d'éliminer les agences privées, le plan prévoit maintenant viser un meilleur encadrement du recours aux agences privées de placement de personnel.

Ces agences sont décriées depuis le début de la pandémie en raison des tarifs qu'elles facturent aux établissements pour remplacer leur personnel absent, jusqu'à 150 $ l'heure pour une infirmière, mais aussi pour leur propension à attirer des travailleurs du réseau public.

Une salle de réveil dans une clinique de chirurgie.

La clinique privée Chirurgie DIX30 a conclu une entente avec le gouvernement durant la pandémie afin de réaliser des chirurgies pour le public.

Photo : Radio-Canada

Pour ce qui est du recours aux cliniques privées, le plan n'ajoute rien à ce qui a été fait durant la pandémie. Il est question de les utiliser pour mener le grand rattrapage des chirurgies, non pas à hauteur de 14 % comme ces derniers mois, mais à 20 %, comme l'a évoqué le premier ministre.

« Ce recours accru au secteur privé démontre que le Québec peut faire une place intelligente à ces cliniques médicales spécialisées pour faire en sorte que les patients continuent de recevoir des soins de qualité en temps opportun. »

— Une citation de  Extrait du plan santé du gouvernement du Québec

Il n'y aura pas de carte de crédit à sortir pour les patients, mais plutôt la carte d'assurance maladie, et c'est l'État qui paiera les cliniques privées à la suite d'ententes.

On pourra choisir son hôpital

Québec vise à changer la façon de financer le réseau en l'axant dorénavant sur le patient, c'est-à-dire que les ressources suivent le patient selon son choix basé sur l’accessibilité aux soins et leur qualité.

Les patients seront en mesure de choisir eux-mêmes les établissements qui leur offriront les services dont ils ont besoin, au lieu que ces établissements soient déterminés par les institutions administrant la santé sur leur territoire.

Le numérique en santé, une fois pour toutes

En plus de vouloir accroître l'usage de la télésanté, Québec souhaite tourner pour de bon la page sur l'utilisation du télécopieur dans les hôpitaux, situation qualifiée d'anachronique dans le plan.

Le document prévoit développer une fois pour toutes le dossier de santé numérique, auquel chaque Québécois pourra accéder lui-même. Un déploiement sous forme de vitrine dans deux établissements est déjà en cours, indique le plan.

« Le réseau d’hier était devenu bureaucratique, lourd et dépassé au plan technologique. Le réseau de demain sera simplifié et humain. »

— Une citation de  Introduction du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, dans le plan santé

La pandémie a révélé toute la difficulté d’avoir accès aux données et aux renseignements de santé, pourtant indissociables d’une saine gestion. Trop de systèmes différents existent actuellement dans le réseau et ils sont inefficaces à colliger et à transmettre les informations attendues, peut-on lire dans le document.

Sera donc déployé un système de gestion intégré des ressources humaines, financières et des approvisionnements.

Le plan prévoit que l'accès aux données de performance sera amélioré pour les gestionnaires et les chercheurs, mais il n'y pas de mention des journalistes et du grand public.

Québec prêt à partager ses données avec l'ICIS

Le gouvernement Legault se dit prêt à partager les données sur la performance du réseau québécois avec l’Institut canadien de l’information de la santé (ICIS) et d’autres organisations autonomes reconnues pour comparer la performance du réseau québécois sur une base de valeur avec celle des autres provinces canadiennes et juridictions dans le monde. Jusqu'à présent, il était difficile de comparer certaines performances du Québec avec les autres provinces, car l'ICIS n'y avait pas accès.

De meilleurs repas en CHSLD et un virage vers les soins à domicile

Ça peut paraître du réchauffé, mais la CAQ promet elle aussi de meilleurs repas pour les aînés en CHSLD, six ans après la dégustation organisée par l'ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette. L'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec a été mis à contribution.

Un repas dans un plateau.

Un repas servi en CHSLD

Photo : Radio-Canada

Pour les aînés, Québec compte confier un mandat à la Commissaire à la santé et au bien-être pour revoir le modèle et les façons de faire en soutien à domicile.

Le gouvernement promet un virage massif vers les soins à domicile, alors que le Québec est l’une des sociétés où le vieillissement de la population est le plus prononcé.

Évolution des personnes de 70 ans et plus dans l'ensemble de la population québécoise (extrait du plan santé).

Évolution des personnes de 70 ans et plus dans l'ensemble de la population québécoise (extrait du plan santé)

Photo : Gouvernement du Québec

Extrait du plan santé du gouvernement du Québec.

Extrait du plan santé

Photo : Gouvernement du Québec

Le gouvernement va aussi prévoir un pouvoir d’enquête et d’administration provisoire lorsque requis à l’égard des résidences privées pour aînés, des CHSLD privés et des ressources intermédiaires afin d’éviter que des situations observées durant la pandémie se reproduisent.

Pour consulter la liste des 50 mesures du plan, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Avec la collaboration de Daniel Boily

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