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Quatre hommes creusent un terrain près d'une route. En arrière-plan, un immeuble d'habitation calciné.

Des résidents de Marioupol enterrent leurs morts où ils peuvent, y compris en bordure de routes, comme le faisaient ces hommes dimanche dernier.

Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO

Radio-Canada

Au moins 100 000 civils qui tentent de fuir la ville martyre de Marioupol en sont toujours empêchés mardi par les incessants bombardements de l’armée russe et l’absence de couloirs humanitaires, a affirmé jeudi la vice-première ministre ukrainienne.

Selon Iryna Verechtchouk, le pilonnage russe empêche en outre les secouristes d’intervenir au théâtre de Marioupol, où des centaines de personnes sont prisonnières des décombres depuis que l’aviation russe a bombardé l’endroit mercredi dernier.

Selon des témoignages contradictoires, de 500 à 1000 personnes pourraient se trouver depuis dans le sous-sol du théâtre, dont l’abri antibombe aurait résisté à la frappe russe. Seules 130 personnes ont réussi à quitter les lieux, selon les autorités ukrainiennes.

Le conseil municipal de Marioupol a indiqué mardi que la ville a été touchée par deux bombes superpuissantes, sans pouvoir donner de bilan. Les occupants ne s'intéressent pas à la ville (...), ils veulent la raser, selon la mairie.

Les autorités municipales a affirmé en début de journée que 1100 personnes avaient réussi à quitter la ville assiégée dans un convoi d’autobus se dirigeant au nord-ouest de la ville. On ne sait pas si elles se sont rendues à destination.

La Croix-Rouge avait pour sa part fait savoir qu’un convoi d’aide humanitaire censé apporter de l’aide aux résidents de Marioupol n’avait toujours pas réussi à entrer dans la ville. Les efforts en ce sens sont vains depuis plusieurs jours.

Selon les Nations unies, la situation dans la ville portuaire située sur la mer d’Azov est extrêmement grave, avec une pénurie critique et potentiellement mortelle de nourriture, d'eau et de médicaments.

Des habitants qui l’ont fui ont cours des derniers jours ont décrit à l’ONG Human Rights Watchun enfer glacial, avec des rues jonchées de cadavres et des milliers de personnes coupées du monde, terrées dans des sous-sols.

Un garçonnet, photographié derrière un grillage, se tient près d'autres réfugiés descendant d'un train.

Selon le dernier décompte des Nations unies, plus de 3,55 millions d'Ukrainiens se sont réfugiés dans d'autres pays depuis le début du conflit. Plus de 2,1 millions d'entre eux, dont ce petit garçon, se sont rendus en Pologne.

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

Plus de 200 000 personnes se trouvent toujours coincées dans la ville, selon Petro Andryushchenko, adjoint au maire cité par Human Rights Watch. Selon lui, plus de 3000 civils y ont péri depuis le début des combats, mais le bilan exact reste inconnu.

Majoritairement russophone, Marioupol, stratégiquement située entre la Crimée (sud) et le territoire séparatiste de Donetsk (est), est pilonnée depuis des semaines par les Russes.

Le gouvernement ukrainien a rejeté lundi un ultimatum de Moscou exigeant la reddition de la ville, où des chars russes sont entrés et où les combats se poursuivent.

Des soldats près d'un point de contrôle.

Des soldats ukrainiens montent la garde dans un point de contrôle à Kiev, que la Russie n'a toujours pas réussi à encercler.

Photo : afp via getty images / Fadel Senna

Marioupol n'est pas la seule ville où les résidents vivent dans des conditions précaires en raison de l'offensive. Selon le ministère ukrainien des Affaires étrangères, la population de Kherson, occupée par l'armée russe, manque actuellement de nourriture et de fournitures médicales.

Les 300 000 habitants de Kherson sont confrontés à une catastrophe humanitaire en raison du blocus de l'armée russe. La nourriture et les fournitures médicales sont presque épuisées, mais la Russie refuse d'ouvrir des couloirs humanitaires pour évacuer les civils, a déclaré Oleg Nikolenko, porte-parole du ministère, sur Twitter.

La Russie n'a pas immédiatement commenté les remarques d'Oleg Nikolenko. Depuis le début du conflit, elle nie cependant catégoriquement avoir pris des civils pour cible, malgré les nombreuses photos et vidéos qui prouvent le contraire.

Des combats en cours en périphérie de Kiev

À Kiev, soumise à un nouveau couvre-feu jusqu'à mercredi, sirènes de bombardements et détonations dans le lointain ont résonné à intervalles réguliers toute la journée dans la capitale presque déserte, baignée d'un soleil printanier.

Au moins une personne a péri mardi dans une attaque contre un immeuble de l'Académie nationale des sciences, dans le nord-ouest de la ville, a constaté l'AFP. Sur place, un officier du renseignement militaire ukrainien a annoncé trois victimes, tuées par des drones kamikazes russes.

Dans le pire des cas nous mourrons, mais jamais nous ne nous rendrons, a lancé le maire de Kiev, l'ex-champion du monde de boxe Vitali Klitschko, en visioconférence devant le Conseil de l'Europe.

Un homme armé tient la carcasse d'un drone dans ses mains. D'autres hommes armés se tiennent près de lui.

Un combattant ukrainien ramasse les restes d'un drone russe qui aurait été lancé sur un immeuble de l'Académie nationale des sciences, dans le nord-ouest de Kiev.

Photo : Getty Images / AFP/ARIS MESSINIS

Malgré ces attaques, les troupes russes n'en demeurent pas moins toujours bloquées en périphérie de la capitale. Elles demeurent notamment installées dans des banlieues du nord-ouest, dont Gostomel et Irpin, où de violents combats sont toujours en cours.

Selon le ministère ukrainien de la Défense, une contre-offensive menée à Makariv, à environ 50 kilomètres à l'ouest de la capitale, a cependant permis de faire reculer des soldats russes. Cette information ne peut être vérifiée de source indépendante.

Le maire de Boryspil, en banlieue sud-est de Kiev, a pour sa part conseillé à ses concitoyens de fuir la ville, où se trouve un aéroport international. Il n'est pas nécessaire d'être en ville maintenant, car il y a déjà des combats qui se déroulent dans les environs. J'appelle la population à être intelligente, partez si vous le pouvez, a affirmé Volodymyr Borysenko dans une allocution vidéo.

À Pavlohrad, dans le centre-est de l'Ukraine, des frappes russes ont détruit une gare de train, tuant une personne, a annoncé le gouverneur de la région de Dnipro, Valentyn Reznichenko. Selon lui, les rails ont été détruits à la hauteur de la station, ce qui empêchera les trains de circuler pour une période indéterminée.

Une voiture carbonisée près d'un immeuble détruit.

Les destructions sont importantes à Kharkiv, dans le nord-est de l'Ukraine. La ville est entourée par les forces russes sur plusieurs côtés et les grands axes, mais n'est pas encerclée. Les bombardements s'y poursuivent mardi.

Photo : La Presse canadienne / AP/Andrew Marienko

La chargée des droits de la personne auprès du Parlement ukrainien, Lioudmila Denissova, a pour sa part rapporté plusieurs tragédies sur sa chaîne Telegram, sans qu'ils soient possible de les vérifier dans l'immédiat.

Selon elle, 5 civils ont été tués et 19 blessés dans une attaque russe dans la ville d'Avdiivka, toute proche de Donetsk dans l'est de l'Ukraine. Avdiivka a été la cible de tirs d'artillerie et de bombardements aériens (russes), l'ayant complètement détruite, a-t-elle écrit.

Toujours selon Mme Denissova, une autre frappe de l'armée russe a fait deux morts et trois blessés à Lissitchansk, à 150 km au nord-est de Donetsk, et une attaque russe contre un magasin a fait un mort et une dizaine de blessés à Severodonetsk.

Mme Denissova a aussi affirmé qu'un char russe avait tiré sur une voiture transportant une famille avec deux enfants dans la région de Kharkiv, dans le nord-est de l'Ukraine. Selon elle, les passagers ont crié qu'ils étaient des civils et agité un drapeau blanc, mais en vain. Les parents et leur fille de neuf ans sont morts et un adolescent de 17 ans a été blessé.

Sans gains significatifs, la Russie intensifie son offensive

Au 27e jour de l'invasion, les troupes russes n'arrivent toujours pas à faire des gains significatifs sur le terrain. Outre Kherson, qui est occupée depuis le début du mois de mars, aucune grande ville n'est encore tombée sous le contrôle russe.

Incapable de faire des gains significatifs en Ukraine, près d'un mois après son invasion, la Russie commence à intensifier sa présence dans les airs et en mer. En Occident, on craint que cet enlisement ne rende le conflit encore plus sanglant, notamment avec l'utilisation d'armes non conventionnelles.

Le président américain Joe Biden a mis le monde en garde lundi, assurant qu'il est clair que Vladimir Poutine envisage d'utiliser des armes chimiques et biologiques.

Il est dos au mur, a expliqué M. Biden à propos du président russe Vladimir Poutine, soulignant que Moscou a récemment accusé les États-Unis de détenir des armes chimiques et biologiques en Europe, ce qui est absolument faux.

Les Russes assurent aussi que l'Ukraine possède des armes chimiques et biologiques. C'est un signe clair qu'il [Vladimir Poutine] envisage d'utiliser ces deux types d'armes, a-t-il ajouté.

Une amuseuse public divertit des enfants avec des bulles géantes sur une place publique.

À Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, une amuseuse publique divertit des enfants. La ville est devenue le point de transit des Ukrainiens qui cherchent à fuir vers d'autres pays d'Europe de l'Est.

Photo : Getty Images / Joe Raedle

Le président américain réitère ainsi un avertissement lancé au début du mois après que des représentants russes ont accusé l'Ukraine de chercher à cacher un programme supposé d'armes chimiques soutenu par Washington.

Signe que les craintes américaines sont prises au sérieux, les pays membres de l'OTAN doivent prendre part à un sommet extraordinaire jeudi à Bruxelles – auquel participera en personne le premier ministre Justin Trudeau, aux côtés de M. Biden – afin de déterminer la réponse de l'Alliance si jamais Vladimir Poutine franchissait cette ligne rouge.

Selon le conseiller à la sécurité nationale du président Biden, Jake Sullivan, les puissances occidentales vont annoncer jeudi de nouvelles sanctions contre la Russie et renforcer celles qui existent déjà.

L'armée ukrainienne a averti mardi que l'enlisement du conflit risquait de mener la Russie, confrontée à de lourdes pertes – des sources du renseignement américain citées par le New York Times avancent que plus de 7000 Russes ont été tués depuis le début de la guerre –, à multiplier les attaques à l'aveugle contre des infrastructures stratégiques et les raids de zones résidentielles.

Outre l'utilisation de drones, l'ennemi utilise des bombardiers, des avions d'attaque et de combat, et des missiles balistiques et de croisière, a indiqué mardi l'armée ukrainienne sur Facebook.

Les troupes de Vladimir Poutine ont aussi augmenté leur présence dans le nord de la mer Noire, d'où elles ont commencé lundi à mener des attaques contre la ville portuaire d'Odessa et ses environs.

Les Russes se préparent à déployer davantage d'artillerie autour de la capitale, qu'ils n'ont toujours pas réussi à encercler, repoussés par une résistance ukrainienne féroce, a pour sa part averti l'Institute for the Study of War (ISW), un groupe de réflexion américain.

Une fillette portant seulement une couche reçoit l'aide d'un infirmier dans un lit d'hôpital. La vitre de sa chambre est protégée par des sacs de sable.

Le personnel d'un hôpital de Zaporijia s'occupent d'une jeune fille de 13 ans prénommée Milena qui a été blessée par balles alors qu'elle venait d'être évacuée de la ville de Marioupol. Les vitres de l'hôpital sont protégées par des sacs de sable.

Photo : Getty Images / AFP/EMRE CAYLAK

L'armée russe en difficulté, selon le Pentagone

Selon le porte-parole du Pentagone, John Kirby, l'armée ukrainienne est même passée à l'offensive dans certaines situations. Ils pourchassent les Russes et les repoussent en dehors des zones où les Russes étaient par le passé, a-t-il déclaré à CNN, évoquant notamment une contre-attaque à Mykolaïv, dans le sud du pays.

« Nous avons vu [ces gains territoriaux] augmenter ces derniers jours. C'est une réelle preuve de leur capacité à combattre en suivant leurs plans, en s'adaptant et, à nouveau, à tenter de repousser les forces russes. »

— Une citation de  John Kirby, porte-parole du Pentagone

Les troupes russes ne conduisent pas leurs opérations avec la coordination qu'on aurait pu attendre d'une armée moderne, a poursuivi M. Kirby. Leurs commandants ne se parlent pas toujours, ne se coordonnent pas toujours entre l'aérien et les forces au sol.

En Ukraine, le président Volodymyr Zelensky se dit prêt à faire certaines concessions pour mettre fin à la guerre. Il a demandé à Vladirmir Poutine de s'asseoir à une table avec lui. On en parle avec notre envoyée spéciale Marie-Eve Bédard qui est à Kiev.

Nous avons vu des tensions entre les forces aériennes et terrestres sur la manière dont elles se soutenaient mutuellement, bien ou avec difficulté, et il en va de même pour la marine, poursuit-il. Ils ont des problèmes avec le commandement et le contrôle des troupes.

Très concrètement, ils ont du mal à discuter entre eux, et cela conduit à l'utilisation de téléphones portables dans certains cas, estime ce responsable américain. Qui plus est, ils manquent d'essence, ils manquent de nourriture.

C'est pourquoi nous pensons n'avoir pas observé [récemment, NDLR] de réelle avancée majeure des Russes, à part dans le sud, où ils sont plus proches de leur base arrière en Crimée, a-t-il encore ajouté. Donc oui, ils sont en difficulté.

Notre     dossier Guerre en Ukraine

Le Kremlin insatisfait des pourparlers avec l'Ukraine

Le Kremlin a jugé mardi que les pourparlers en cours avec Kiev n'étaient pas assez substantiels, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'étant dit prêt de son côté à des compromis qu'il veut soumettre à un référendum.

Un certain processus [de négociations] a lieu, mais nous souhaiterions qu'il soit plus énergique, plus substantiel, a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, sans donner plus de précisions sur la nature des discussions.

« Actuellement, rendre [ces sujets] publics ne peut que gêner le processus de négociations qui se déroule déjà de manière plus lente et moins substantielle que nous le voudrions. »

— Une citation de  Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin

M. Peskov était interrogé sur les propos du président ukrainien qui s'est déclaré lundi disposé à discuter avec son homologue russe Vladimir Poutine d'un compromis sur le Donbass et la Crimée pour mettre fin aux hostilités. M. Zelensky a aussi prévenu qu'un tel accord devrait toutefois être ratifié par les Ukrainiens par référendum.

L'Ukraine réclame lors des pourparlers un cessez-le-feu, le retrait des forces russes du pays, ainsi que la désignation de pays garants de sa sécurité qui interviendraient en cas d'attaque russe.

Moscou, de son côté, dit vouloir démilitariser et dénazifier l'Ukraine, évoquant à ce titre un statut de neutralité pour son voisin pro-occidental. Le Kremlin a aussi réclamé une reconnaissance de sa souveraineté sur la Crimée.

Avec les informations de Agence France-Presse, The New York Times, et Reuters

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