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« Je vais rester en Ukraine jusqu’au dernier moment » – L’écrivain Andreï Kourkov

Kourkov, les bras croisés, regarde le photographe.

Andreï Kourkov en entrevue avec Céline Galipeau

Photo : AFP / JOEL SAGET

Fanny Bourel

Traduit dans 32 langues, Andreï Kourkov est l’écrivain ukrainien le plus populaire au monde. Né en Russie, ce russophone qui vit en partie à Londres refuse de quitter son pays en guerre. « Pour les Ukrainiens, la liberté est plus importante que la stabilité, l’argent ou la vie », a-t-il expliqué lundi en entrevue avec Céline Galipeau au Téléjournal 22 h.

S’il n’y a pas d’Ukraine libre, les Ukrainiens ne seront pas libres eux aussi, a poursuivi en français cet homme qui parle six langues.

À bientôt 61 ans, Andreï Kourkov a publié une douzaine de livres, dont le roman à succès Le pingouin en 1996. Il vient de faire paraître Les abeilles grises, dont l'histoire se déroule dans un village à l’abandon situé dans une zone grise entre l’armée ukrainienne et les séparatistes prorusses.

Ses ouvrages traitent souvent de la politique de répression et de la surveillance exercées par Moscou.

Andreï Kourkov a quitté Kiev pour se réfugier dans l’ouest de l’Ukraine, non loin de la frontière avec la Hongrie. Il y organise des collectes pour les personnes réfugiées ainsi que des activités caritatives au profit de l’Ukraine.

Je vais rester en Ukraine jusqu’au dernier moment, a-t-il assuré. Bien sûr, si ça devient trop dangereux, je vais quitter le pays, mais je ne veux pas ça.

La loi impose aux hommes âgés de 18 à 60 ans de rester en Ukraine. Andreï Kourkov fêtera ses 61 ans dans un mois.

Chaque matin, sa journée commence par des appels à des amis éparpillés à divers endroits de l'Ukraine. Tous les jours, il écrit aussi sur les événements qui secouent le pays à Kharkiv, à Marioupol ou à Odessa.

Marioupol est une ville détruite avec beaucoup de gens morts dans les rues. Elle a remplacé la bataille de Stalingrad dans l’histoire, a-t-il affirmé.

C’est déjà la troisième guerre mondiale

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Une Ukrainienne fuit la guerre en emportant son chien avec elle.

Photo : Getty Images / Chris McGrath

Né à Saint-Pétersbourg, Andreï Kourkov se considère comme un citoyen ukrainien, russophone comme l’étaient de nombreuses victimes civiles de l’est et du sud du pays. Je ne suis pas ethniquement ukrainien, je suis politiquement ukrainien.

La résistance dont fait preuve le peuple ukrainien depuis près d’un mois l’impressionne. Cette résistance est le signe que les Ukrainiens veulent être les habitants d’un pays européen libre et indépendant. Ils ne veulent pas rejoindre à nouveau l’Union soviétique, a-t-il souligné.

Poutine a consolidé la nation ukrainienne, a-t-il ajouté.

Andreï Kourkov est persuadé que Vladimir Poutine, qu’il critique depuis longtemps, est prêt à aller jusqu’au bout dans cette guerre meurtrière. Il est vieux. La seule chose qui l’intéresse est de rester dans les livres d’histoire, de reconstruire l’Empire russe et de créer un État dont tous les autres pays ont peur. Il ne s’intéresse pas au destin des soldats russes tués ou à l’économie russe cassée par les sanctions.

Pour lui, la troisième guerre mondiale est déjà commencée. Cela ne va pas rester une guerre entre l’Ukraine et la Russie sur le territoire ukrainien, j’en suis sûr, a-t-il dit.

Si Andreï Kourkov se félicite de voir l’Ukraine recevoir des aides militaires et pour les personnes réfugiées de la part de pays européens, il regrette que l’Occident n’en fasse davantage pour aider l’Ukraine contre l’envahisseur russe.

Il y a des pays trop passifs, comme l’Allemagne, qui continuent de commercer avec la Russie, a-t-il déploré.

Notre dossier Guerre en Ukraine

Boycotter la culture russe, mais pas les artistes qui s'opposent à Poutine

Andreï Kourkov dirige la section ukrainienne de PEN International, une association réunissant des écrivains de différents pays afin de lutter pour la liberté d’expression et rapprocher les cultures grâce à la littérature.

Toutefois, cette section n’a reçu aucun message de soutien des écrivains russes membres de PEN International. Une lettre ouverte a été publiée dans la Literatournaïa Gazeta [une revue littéraire russe] dans laquelle beaucoup d’écrivains connus soutiennent Poutine et la guerre, a-t-il expliqué, ajoutant que la majorité du milieu culturel russe soutient Poutine.

« Il y a aussi des écrivains russes, comme Vladimir Sorokine et Boris Akounine, qui ont signé une lettre contre la guerre et l’agression russe. »

— Une citation de  Andreï Kourkov

Du boycottage de la culture russe et de ses artistes a été enregistré depuis un mois. La position d’Andreï Kourkov à ce sujet est nuancée. La majorité des écrivains ukrainiens appuient le boycottage complet de la culture russe, a-t-il dit. Il y a des gens, comme Vladimir Sorokine, qui soutiennent l’Ukraine, et non la Russie. Ces gens, il ne faut pas les boycotter, mais les soutenir.

Quand la guerre sera terminée, les Ukrainiens et les Russes pourront-ils encore vivre côte à côte selon Andreï Kourkov? Peut-être dans 20 ou 30 ans et après le changement de la politique russe, mais pas avant!

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