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Drame de Saint-Apollinaire : la mère des petites Carpentier réclame une enquête publique

Amélie Lemieux estime que le Bureau du coroner ne va pas assez loin en ordonnant un complément d’investigation.

Amélie Lemieux en entrevue devant une bibliothèque.

Amélie Lemieux

Photo : Radio-Canada

En réaction aux révélations de l’émission Enquête, le Bureau du coroner a ordonné à la coroner Sophie Régnière d’effectuer un complément d’investigation relativement aux décès de Norah, Romy et Martin Carpentier, à Saint-Apollinaire, à l’été 2020. Une démarche qui ne va pas assez loin selon la mère des deux fillettes, qui réclame une enquête publique.

L’incompréhension la plus totale, l'impuissance et la colère. Ce sont ces sentiments qui ont submergé Amélie Lemieux à la suite de l’annonce du Bureau du coroner, lundi après-midi.

Encore une fois, ça me rentre dedans. Je suis chamboulée. Je ne comprends pas qu'on soit obligé de creuser et de forcer autant pour obtenir la vérité, a-t-elle déploré en entrevue à Radio-Canada.

Dans le reportage d’Enquête diffusé le 10 mars 2022, plusieurs policiers et ex-policiers de la Sûreté du Québec ont mis en lumière les ratés de l’opération de recherche du père et de ses deux filles, à la suite d’un mystérieux accident survenu sur l’autoroute 20, le 8 juillet 2020.

Une femme portant des lunettes et coiffée d'une tresse écoute attentivement une personne qui lui parle.

Me Sophie Régnière, coroner

Photo : Radio-Canada

Entre autres, une piste solide, suivie après la découverte de traces de pas, a été abandonnée au profit d’une autre. Une erreur, selon un policier à la retraite rencontré par la journaliste Marie-Pier Bouchard. L’offre de soutien du Service de police de la Ville de Québec a également été refusée.

Au coeur du problème : la désorganisation des équipes de recherche à la suite d’une restructuration qui a vu l’abolition des unités d’urgence permanentes basées à Mascouche, Saint-Hubert et Québec.

Amélie Lemieux se questionne à savoir pourquoi elle a appris ces révélations en même temps que le reste de la population du Québec.

La coroner non plus ne savait pas ça lorsqu'elle a rédigé ses rapports. Ça me choque, ça me bouleverse, ça rouvre une plaie que j'avais réussi un petit peu à recoudre et je ne comprends pas pourquoi on ne me dit pas la vérité, a-t-elle laissé entendre, un sanglot dans la voix.

Elle implore la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault d’intervenir et faire en sorte que toute la lumière soit faite sur les événements qui ont entouré la mort de son ex-conjoint Martin Carpentier et de leurs deux filles Norah et Romy.

« Je lui demande entre mères, de mère à mère, de femme à femme, d'humain à humain, donne-moi la vérité, s'il te plaît. Je pense que je mérite juste ça, ce petit bout là qui me manque. J'aimerais vraiment une enquête publique pour vraiment savoir tout ce qui s'est passé et arrêter ma tête de tourner. [...] Je pense qu’à ma place, elle aimerait savoir ce qui s’est passé avec ses enfants. »

— Une citation de  Amélie Lemieux à Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique
Un policier est en quatre roues pendant que trois autres policiers, en uniformes, discutent ensemble.

Des policiers de la Sûreté du Québec, lors des recherches, le 11 juillet 2020, à Saint-Apollinaire

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Ce sont les révélations du reportage d’Enquête entourant l’opération de recherche des Carpentier qui ont incité la coroner en chef à demander à la coroner Sophie Régnière de relancer son investigation, en vertu de la Loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès. Elle avait déposé ses trois rapports initiaux en novembre 2021.

À la suite de cette diffusion, [le Bureau du coroner] a également reçu d’autres informations qui n’avaient jamais été transmises à la coroner au moment de son investigation. L’ensemble de ces nouveaux éléments amènent la coroner en chef, de concert avec la coroner Me Sophie Régnière, à statuer sur la nécessité de procéder à un complément d’investigation, a fait savoir le Bureau du coroner dans un communiqué de presse.

La coroner sera appuyée dans sa tâche par un enquêteur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), un corps de police n’ayant aucunement été impliqué dans ce dossier à ce jour.

Elle sera donc en mesure de recueillir toute l’information et la documentation pertinentes ainsi que de rencontrer de nouveaux témoins, peut-on encore lire.

Après avoir analysé l’ensemble des nouveaux éléments recueillis, Me Sophie Régnière pourra amender ses rapports existants ou recommander à la coroner en chef d’ordonner une enquête publique.

Enquête publique demandée

Au cabinet de la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, on a affirmé prendre acte de la décision de la coroner et laisser les enquêteurs travailler.

Dans l’opposition, si l'on se réjouit de voir que les révélations de Radio-Canada ne resteront pas lettre morte, on continue de demander une enquête publique sur les événements.

D’un côté, je suis content parce qu’il y a un aveu clairement là que la première enquête du coroner était incomplète et il y a des données qui manquaient. Ça, c’est un pas en avant. La ministre ne voulait pas le reconnaître la semaine dernière en Chambre et je suis content que, là, la coroner en chef le reconnaisse, a commenté d’entrée de jeu le député solidaire Sol Zanetti.

Portrait de Sol Zanetti pendant une entrevue en visioconférence.

Sol Zanetti, député de Jean-Lesage et porte-parole de Québec solidaire (QS) en matière de santé et de services sociaux

Photo : Radio-Canada

Ce dernier s'interroge toutefois sur l’expertise en recherches de l’enquêteur du SPVM qui prêtera main-forte à la coroner. Il souhaite également que l’investigation s’intéresse aux motifs qui ont amené la ministre Guilbault à démanteler les unités de recherche.

« Il ne faut pas que cette investigation-là se restreigne à ce qui s’est passé sur le terrain. Il faut que cette investigation-là regarde quelles décisions politiques ont mené au problème de fonctionnement qu’on a pu observer. Je pense que l’enquête publique pourrait aller jusque-là. »

— Une citation de  Sol Zanetti, député de Jean-Lesage et porte-parole de Québec solidaire en matière de santé et de services sociaux

Au Parti québécois, le porte-parole en matière de santé et de transport Joël Arseneau estime qu’il y va de la sécurité de la population qu’une unité de recherches permanente soit rapidement remise sur pied à la Sûreté du Québec.

Il nous semble évident que des directives devraient être lancées à l’effet que l’équipe qui a été démantelée en février 2019 n’a toujours pas été reconstituée et que la santé et la sécurité des gens sont toujours, d’un certain point de vue, à risque puisque, selon des propos recueillis auprès d’agents de la SQ, on n’est toujours pas mieux équipés qu’en juillet 2020 pour faire face à des disparitions, a mentionné le député péquiste, qui espère l’ouverture d’une enquête publique.

Portrait de Joël Arseneau en visioconférence.

Joël Arseneau, chef parlementaire du Parti québécois et porte-parole en matière de transports et de sécurité publique

Photo : Radio-Canada

Même son de cloche du côté du député de Vimont et porte-parole libéral en matière de sécurité publique, Jean Rousselle.

De 2020 à aujourd'hui, il s'est passé quoi? Il se passe rien. On s'attend-tu à un autre malheur qui arrive? Je suis content à quelque part qu'il y ait une ouverture d'enquête, mais ça prend plus que ça. Ça prend une enquête publique pour vraiment aller au fond des choses.

À cet égard, le député de Vimont interpelle la ministre de la Sécurité publique.

« Elle, la ministre en charge, c'est elle qui est là depuis 2018. Elle a fait quoi et elle va faire quoi? C'est ça que je veux entendre d'elle. »

— Une citation de  Jean Rousselle, député de Vimont et porte-parole libéral en matière de sécurité publique

D’ici à la conclusion de son investigation, le Bureau du coroner ne fera aucun commentaire concernant son annonce dans le souci de respecter son obligation de confidentialité.

Avec les informations de Marie-Pier Bouchard, d’Alexandre Duval et de Colin Côté-Paulette

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