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Caribous : Wendake « renversé » par l’idée de sacrifier la harde de Charlevoix

On voit un caribou mâle, de profil, avancer sur un sol rocheux, en hiver.

La commission indépendante sur le caribou forestier et montagnard amorcera ses consultations publiques le 12 avril en Gaspésie.

Photo : SEPAQ/Denis Desjardins

Que le gouvernement ait ne serait-ce qu'imaginé un scénario dans lequel la harde de caribous de Charlevoix serait sacrifiée « renverse » le Conseil de la Nation huronne-wendat. Rien pour améliorer les relations entre Wendake et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) dans cet épineux dossier.

Pas plus tard que l'automne dernier, le grand chef de la nation, Rémy Vincent, avait vivement dénoncé le fait d'avoir été exclu des décisions prises par Québec au sujet des caribous de Charlevoix.

Le gouvernement a une obligation de nous consulter sur ce qui se passe sur notre territoire et il en a fait fi, disait-il au sujet de la mise en enclos des 16 derniers animaux de la harde. Il avait du même souffle accusé Québec d'avoir détruit l'habitat du caribou et affirmé qu'il était donc de sa responsabilité de rétablir l'écosystème.

Deux semaines avant cette sortie, le ministre responsable du MFFP, Pierre Dufour, annonçait la création d'une commission indépendante, repoussant la mise en place de la nouvelle stratégie provinciale de protection de l'habitat du caribou forestier pour au moins deux autres années.

Une harde de caribous forestiers à travers une forêt clairsemée.

Les derniers caribous de Charlevoix sont désormais en enclos. Leur habitat est perturbé à 90 %, selon des données du MFFP. (Archives)

Photo : Gracieuseté : Jean-Simon Bégin

Des années de travail sacrifiées

Les détails entourant les travaux de cette commission ont été dévoilés la semaine dernière, y compris deux scénarios théoriques échafaudés par les experts du ministère. Les Hurons-Wendats n'ont pas été consultés dans leur élaboration, bien que Québec promette d'aller à la rencontre des nations autochtones dans le cadre de la commission.

L'un des scénarios, dit sans impact forestier additionnel, mènerait à une stratégie de protection de l'habitat des caribous qui viendrait sacrifier trois des douze hardes de la province, soit Val-d'Or, Charlevoix et Pipmuacan. Il ferait également disparaître la protection sur les habitats en restauration de ces trois troupeaux, essentiels à leur rétablissement.

L'existence même de ce scénario choque Louis Lesage, directeur du Bureau du Nionwentsïo, nom donné au territoire historique et ancestral des Hurons-Wendats.

Que le gouvernement décide qu'il pourrait y avoir un scénario où, d'un coup de baguette magique, le caribou de Charlevoix n'est plus là, alors que pour nous, c'est notre lien historique, culturel et patrimonial avec le territoire, moi ça me renverse en 2022, dénonce-t-il en entrevue à Radio-Canada.

« Le seul fait que ce soit pensé, ça me surprend énormément. »

— Une citation de  Louis Lesage, directeur, Bureau du Nionwentsïo

Selon M. Lesage, abdiquer sur ces territoires et ces hardes signifierait de sacrifier les, 10, 20, 30 dernières années, tout ce qu'on a fait pour documenter le caribou, ses prédateurs et ce qui l'affecte.

Si Québec abandonnait des hardes, on jetterait le bébé avec l'eau du bain.

Louis Lesage montre des toponymes hurons-wendat sur une carte dessinée il y a près de 200 ans.

Louis Lesage est directeur du Bureau du Nionwentsïo. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

L'huile et l'eau

Louis Lesage rejette par ailleurs la logique économique derrière les scénarios présentés par Québec.

Lors de sa présentation, le MFFP a utilisé les coûts des mesures de protection ainsi que les impacts desdites mesures sur les emplois, les revenus potentiels et les volumes de bois mis à la disposition des compagnies forestières.

Les deux scénarios sont aussi considérés comme les deux extrêmes d'un même spectre par la présidente de la commission, Nancy Gélinas, une spécialiste de l'économie forestière.

Le premier scénario, plus favorable aux caribous, est celui qui coûterait le plus cher au trésor public en mesures de protection. Il priverait également l'industrie forestière d'un certain volume de bois annuellement et pourrait signifier la perte de quelques 800 emplois.

M. Lesage déplore qu'on vienne opposer la protection des caribous et du territoire à des emplois dans l'industrie forestière. C'est un peu mélanger les sentiments avec la raison. De manière raisonnable, on ne peut pas faire disparaître un animal de son milieu, dit-il. On compare ça à des jobs. C'est des variables qui ne se mélangent pas. C'est comme l'huile et de l'eau.

Les mesures de protection, échelonnées sur des dizaines d'années, coûteraient plus de 100 millions de dollars. Le scénario sans impact additionnel sur l'industrie forestière n'ajouterait que quelques mesures, beaucoup moins coûteuses.

On parle de coûts que ça va coûter, mais on ne parle pas de toutes les retombées que cette forêt-là a produites à la société québécoise pendant des dizaines d'années, ironise Louis Lesage. Maintenant qu'on se rend compte que ça va coûter trop cher pour la maintenir, on va continuer de faire les pratiques forestières qu'on a mises en place. On ne veut pas réparer l'erreur qu'on a faite depuis des années.

Deux cartes montrant les zones forestières dont il est question.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le scénario 1 prévoit de conserver des zones de restauration pour Charlevoix, Val-d'Or, Pipmuacan et Péribonka. Ces zones et les zones de connectivités disparaissent dans le scénario 2. Les portions hachurées sont communes aux deux scénarios.

Photo : Gouvernement du Québec

Vers une judiciarisation?

Les nations autochtones, du moins les Innus et les Hurons-Wendats, ont déjà signifié leur intention de saisir les tribunaux si Québec ne protège pas adéquatement les hardes de caribous forestiers. Des groupes écologistes songent également à la judiciarisation, rappelant que l'espèce est assujettie à la Loi fédérale sur les espèces en péril.

Le ministre canadien de l'Environnement, Steven Guilbault, a lui aussi indiqué, en début d'année, qu'il pourrait intervenir si la province ne fait pas le nécessaire pour protéger l'habitat du caribou.

Il resterait, à ce jour, quelque 5252 caribous forestiers ou montagnards au Québec, en net recul depuis les dernières estimations rapportant entre 6500 et 8000 bêtes.

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