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Les archives des Oblats à Rome sont ouvertes pour la première fois à un chercheur canadien

Ces documents sont « d’une importance vitale » pour connaître la vérité sur les pensionnats pour Autochtones.

Un groupe d'élèves et une religieuse posent dans une salle de classe du pensionnat pour Autochtones de Cross Lake, au Manitoba.

Ces élèves fréquentaient le pensionnat de Cross Lake, au Manitoba, en février 1940 (archives).

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Radio-Canada

Le responsable des archives au Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR), Raymond Frogner, est en pleins préparatifs ces jours-ci en vue du voyage qu'il entamera le mois prochain. Pour la première fois, un chercheur canadien aura accès aux archives générales des Oblats de Marie-Immaculée (OMI), à Rome.

Cet ordre religieux a dirigé 48 pensionnats pour Autochtones au pays, y compris les trois anciens pensionnats où des tombes anonymes ont été découvertes le printemps dernier à Kamloops, en Colombie-Britannique, à Marieval, en Saskatchewan, et près de Brandon, au Manitoba.

À Rome, Raymond Frogner pourra examiner et numériser les dossiers des Oblats relatifs aux pensionnats pour Autochtones.

Cela pourrait être assez déterminant, affirme-t-il. On nous a dit qu’il y avait de la correspondance et d’autres documents là-bas, mais nous ignorons ce que nous allons y trouver.

Raymond Frogner explique que le CNVR est toujours en pourparlers avec les Oblats pour qu’on lui permette de consulter les dossiers individuels des prêtres et des membres du personnel des pensionnats. Les Oblats, dit-il, veulent restreindre l’accès aux dossiers de leurs membres qui sont encore en vie.

L’objectif à long terme, dit M. Frogner, consiste à faire en sorte que toutes les archives soient disponibles et accessibles à la recherche.

Jusqu’ici, les Oblats ont fourni plus de 40 000 dossiers au Centre national pour la vérité et la réconciliation par l'entremise de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Toutefois, après la découverte de 200 tombes non marquées à Kamloops, en mai 2021, l’ordre religieux a voulu conclure cet accord avec le CNVR, explique le père Ken Thorson, à la tête des Oblats de Marie-Immaculée Lacombe, dont le siège se trouve à Ottawa.

Des chaussures déposées devant l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

Ces chaussures d'enfants ont été déposées devant l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops en mai dernier (archives).

Photo : Radio-Canada / Alex Lamic

Les Oblats ont été touchés par ce qui s’est passé l’an dernier, dit-il. Nous devons nous assurer que tous les documents reliés à l’histoire des pensionnats soient rendus disponibles.

Le père Thorson reconnaît que la congrégation peut faire une contribution essentielle au processus de guérison en faisant éclater la vérité sur les pensionnats et en participant à une compréhension plus approfondie de l’histoire.

C’est le travail le plus important qu’il m’ait été donné de faire en tant que supérieur des Oblats, dit-il.

Gros plan sur le visage d'un religieux pendant qu'il parle au micro.

Le père Ken Thorson est à la tête des Oblats de Marie-Immaculée (OMI) Lacombe, dont le siège se trouve à Ottawa.

Photo : Gracieuseté : Oblats de Marie Immaculée (OMI)

Le père Thorson indique que les archives des Oblats à Rome, qui sont distinctes des archives du Vatican, pourraient contenir des lettres dans lesquelles des missionnaires parlent de leur travail à leurs supérieurs religieux.

Une survivante des pensionnats, Evelyn Korkmaz, espère que l’accord entre les Oblats et le CNVR permettra d’obtenir plus d’informations sur le pensionnat de Sainte-Anne à Fort Albany, en Ontario, qu’elle a fréquenté de 1969 à 1972.

Portrait d'Evelyn Korkmaz.

Evelyn Korkmaz a dû fréquenter le pensionnat Sainte-Anne de 1969 à 1972.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Le moment est venu d’ouvrir cette porte et de voir les horreurs à l’intérieur, dit-elle.

« Ces documents ne sont pas à leur place à Rome. Ils sont à leur place au Canada. »

— Une citation de  Evelyn Korkmaz, survivante d’un pensionnat pour Autochtones

Elle veut s’assurer que toutes les organisations de l’Église catholique, y compris le Vatican, rendent publics tous les dossiers en leur possession qui concernent les pensionnats. Il ne devrait pas y avoir de restriction en ce qui a trait à l’accès à ces dossiers, ajoute-t-elle.

Nous devons connaître les informations non seulement sur les prêtres, les frères et les religieuses qui sont morts mais aussi sur les prêtres, les religieuses, les cardinaux et autres [membres de ces organisations catholiques] qui sont toujours vivants, parce que ce sont eux qui continuent de faire des dommages.

Raymond Frogner affirme que les dossiers des Oblats à Rome sont d’une importance vitale pour le CNVR. Hébergé à l’Université du Manitoba à Winnipeg, ce centre a été créé pour devenir le dépositaire principal de toute documentation portant sur l'histoire et le système des pensionnats pour Autochtones au pays.

Raymond Frogner indique que le CNVR a déjà repéré les dossiers des Oblats contenus dans leurs archives au Canada, dont plus de 1000 boîtes de documents gardées en Alberta. Le centre négocie une entente séparée afin d’obtenir l’accès à ces dossiers.

Un cimetière de tombes non marquées.

Jusqu'à 751 dépouilles anonymes se trouveraient sur le terrain de l'ancien pensionnat de Marieval, en Saskatchewan (archives).

Photo : Radio-Canada

Plus de 1000 autres dossiers se trouvent au Centre du patrimoine de la Société historique de Saint-Boniface, à Winnipeg, alors que d'autres documents se trouvent au Royal B.C. Museum à Victoria et à l’archidiocèse de Vancouver, indique le chercheur.

Avant que Raymond Frogner ne s’y rende, une délégation d’Autochtones du pays ira au Vatican pendant la semaine du 28 mars pour rencontrer le pape François.

Cette délégation devrait faire un plaidoyer en faveur d’excuses officielles de la part du pape pour le rôle de l’Église catholique dans l’administration des pensionnats. Les Autochtones devraient aussi presser Rome de divulguer davantage de dossiers dans la foulée des discussions avec le CNVR.

Je suis plus préoccupée par la divulgation de la documentation que par des excuses qu’il [le pape] serait forcé de faire, lance Evelyn Korkmaz. Ce serait plus significatif à mes yeux de rapatrier ces documents au Canada.

Avec les informations d’Olivia Stefanovich

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