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Deux scénarios ont été présentés pour protéger l’habitat du caribou

Deux caribous broutent dans une clairière.

En avril, la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards amorcera une campagne de consultation et soumettra les scénarios à un travail d'analyse (archives).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards a présenté jeudi les deux scénarios qu’elle étudiera afin de recommander une stratégie de protection de l’habitat du caribou au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. En avril, la commission amorcera une campagne de consultation auprès des citoyens.

Les deux scénarios présentés sont théoriques et hypothétiques. Notre objectif est de faire des recommandations qui vont à la fois protéger les habitats pour les caribous forestiers et montagnards de la Gaspésie tout en limitant les impacts socioéconomiques de ces protections-là, résume Nancy Gélinas, présidente de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards.

Deux scénarios distincts

Le premier scénario propose d'accroître la superficie en restauration de la zone d'habitat. Ce scénario aurait une incidence sur les activités forestières actuelles et pourrait menacer un peu plus de 800 emplois à l'échelle du Québec.

Par exemple, en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, la restauration de l’habitat pourrait coûter trois millions de dollars pour le reboisement des chemins dans une dizaine de zones boisées. De plus, le coût des diverses mesures de gestion de la population des caribous, notamment les enclos de maternité, pourrait se chiffrer entre 600 000 $ et 1,3 million de dollars par année au cours des cinquante prochaines années.

Une carte permet de visualiser l'étendue de la zone d'habitat potentielle.

Le premier scénario propose d'étendre la zone d'habitat des caribous. Toutefois, il pourrait avoir une incidence sur les activités forestières actuelles.

Photo : Gracieuseté de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards.

Sur la Côte-Nord, ce scénario intégrerait un plus vaste territoire. Le coût du démantèlement et du reboisement est estimé entre 10 et 14 millions de dollars. S'ajouterait également le prix des mesures de gestion de la population, chiffré à environ un million de dollars par année.


Le second scénario, quant à lui, comporte une plus petite zone en restauration de l'habitat du caribou et n'aurait aucun impact additionnel sur les activités forestières. Il ne menacerait donc pas d'emplois.

La présidente de la commission, Nancy Gélinas, explique que les pistes présentées sont le fruit de plusieurs mois de travail autour de la gestion des populations de caribous.

Un document de consultation est à la disposition de la population pour qu'elle puisse prendre connaissance de l'état de la situation. Ce résumé intègre notamment les nouvelles connaissances disponibles, par exemple le suivi télémétrique et la cartographie du lichen, dont se nourrissent essentiellement les caribous.

Tournée régionale au printemps

Les commissaires iront à la rencontre des citoyens et des organismes des régions du Québec pour organiser des audiences de consultation. Les rencontres débuteront à Sainte-Anne-des-Monts le 12 avril avant de se poursuivre dans les diverses régions du Québec. Elles se clôtureront à Baie-Comeau le 17 mai.

À ces audiences seront également conviés les groupes autochtones, indique Nancy Gélinas. Le mandat de la Commission, c’est d’aller à la rencontre de tout le monde. Effectivement, les communautés autochtones sont un groupe particulier de par la loi. Nous, évidemment, on est indépendants, donc on n’a pas les outils pour faire des choses particulières, mais on va souhaiter très fort de les entendre, précise-t-elle.

Rappelons que les communautés d'Essipit et de Mashteuiatsh ont entrepris un recours judiciaire en Cour supérieure pour dénoncer le fait que Québec ne les a pas adéquatement consultées lors de l’élaboration d’un plan de protection pour le caribou forestier et pour son habitat.

Les Innus de Pessamit se sont aussi dits prêts, au début de mars, à aller devant les tribunaux pour dénoncer l'inaction du gouvernement du Québec en matière de protection du caribou forestier.

Absence d'experts des caribous

Notre mandat, ce n’est pas de développer une expertise en caribou, c’est d’aller à la rencontre de la population et des parties prenantes, admet Nancy Gélinas, qui rappelle que la commission rencontrera des experts pour examiner toutes les options.

Martin-Hugues St-Laurent, professeur de biologie à l’Université du Québec à Rimouski, salue la volonté de consulter les citoyens. Toutefois, il s’interroge sur l'objet d'étude de la commission indépendante.

La priorité ou, du moins, le niveau de détail le plus élevé pour l’instant est beaucoup plus sur le volet socioéconomique en matière de perte de volume, de pertes d’emplois et de perte de retombées économiques qu’en matière de probabilité de succès pour le caribou, a réagi M. St-Laurent.

Le professeur regrette que l’avenir du caribou ne soit pas au centre des préoccupations.

Rappelons aussi qu'en novembre dernier, plusieurs groupes d'écologistes et d’experts des caribous s'étaient dits perplexes devant la création de la Commission et avaient noté qu’aucun spécialiste du caribou ne siégeait au comité.

Pour soumettre leurs recommandations, les citoyens, les experts et les organismes sont invités à participer aux rencontres, à soumettre un mémoire ou à remplir un questionnaire en ligne.

D’ici la fin de l’été, la Commission espère soumettre ses recommandations au du ministère.

Avec les informations de Zoé Bellehumeur et de Bruno Lelièvre

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