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Le minage de cryptomonnaies, une industrie émergente qui divise

Noah Cramer et son collègue Sam Moses tiennent des machines pour miner du bitcoin.

Noah Cramer (à droite) et son collègue Sam Moses dans leur petit atelier de Calgary.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Le minage de cryptomonnaies est une industrie émergente, au Canada, surtout depuis son interdiction en Chine, l'année dernière. Si le Québec est la province championne du secteur, l'Alberta pourrait bien prendre les devants, offrant au passage une possibilité de reconversion pour les entreprises du pétrole et du gaz.

Dans un petit entrepôt du sud de Calgary, Noah Cramer coupe des fils électriques et prépare des barres d’alimentation qui seront expédiées par la poste aux quatre coins du Canada.

Nous avons aussi des clients en Colombie, aux États-Unis [et] en République dominicaine, précise l’entrepreneur et président de Wild Rose Mining, un étudiant de 19 ans qui préfère être dans son atelier qu’en cours de génie informatique.

Un bruit assourdissant résonne lorsqu’il allume ses machines de minage. Leurs ventilateurs tournent à plein régime. Connectées à l'Internet, elles permettent de miner des bitcoins, la principale cryptomonnaie du marché.

Noah Cramer voit sa petite entreprise grossir rapidement. Il vend principalement de puissants ordinateurs qui résolvent des équations complexes sécurisant le réseau en échange de bitcoins. Le modèle le plus récent permet de dégager un profit d’environ 20 $ par jour.

Le secteur canadien connaît un boom depuis l'année dernière, observe-t-il. Les gens investissent des milliers de dollars pour créer de petites fermes de minage chez eux, surtout au Québec et en Alberta.

Des machines de minage de bitcoins dans un entrepôt.

Ces mineurs de bitcoins coûtent entre 12 000 $ et 14 000 $ l'unité.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Quand la Chine s'est retirée

Selon l'Université de Cambridge, les mineurs de bitcoins en Chine représentaient 70 % du marché jusqu’à l'interdiction de cette pratique par le gouvernement chinois, en mai 2021.

Depuis, ils ont pratiquement tous quitté le pays pour s'installer au Kazakhstan, en Iran ou en Russie. Le secteur se développe surtout en Amérique du Nord. La part de marché du Canada a doublé en seulement deux mois.

Quel est l’endroit idéal recherché par un mineur professionnel? Un pays doté d'une infrastructure électrique stable, offrant des prix bas, dans une région sécuritaire sans instabilité politique et avec des autorités facilitant la construction d’installations. Le Canada est l’endroit idéal, résume Samuel Eckert, expert-conseil chez Hiveon.

Une version précédente de ce texte affirmait que Samuel Eckert était président de Hiveon. Or, son titre a changé entre le moment où il a été interviewé et la publication du texte. Nous avons corrigé le paragraphe précédent pour refléter ce changement, NDLR.

Les opportunités sont grandes, confirme Ethan Vera, chef de l'exploitation, Luxor Technology. Même si le Québec est plus attractif grâce à son électricité moins chère et plus écologique, l'Alberta va rattraper son retard grâce à son surplus d'énergie et pourrait devenir la province championne de l’industrie d’ici cinq à dix ans, pense-t-il.

Des travailleurs transfèrent des mineurs de cryptomonnaies dans une ferme en Chine.

Cette ferme de minage de cryptomonnaies en Chine a dû quitter son pays durant l'été 2021.

Photo : afp via getty images / STR

Consommation monstre d'électricité

Des inquiétudes persistent face à l’impact environnemental du minage de cryptomonnaies. La consommation électrique du réseau augmente sans interruption depuis sa création.

En un an, cette pratique utilise plus d’électricité que l’Argentine, selon l’université de Cambridge. La pratique est tellement énergivore que le Kosovo, touché par une pénurie d'électricité, a interdit le minage sur son sol en janvier.

Pour rendre le secteur plus vert, des entreprises, comme Imperium Digital ou Upstream Data, offrent une solution au secteur de l’énergie.

Lors d’un forage pétrolier, du gaz naturel s'échappe. Si le pétrole peut facilement être transporté par camion, la livraison de gaz, elle, nécessite un pipeline. Les foreurs préfèrent brûler le gaz si le pipeline est trop loin ou inexistant pour éviter des surcoûts.

Torcher ou miner

Des entreprises émergentes proposent de recueillir les surplus de gaz naturel pour alimenter en électricité des ordinateurs installés dans un conteneur. C'est une aubaine à ne pas manquer, selon Del Mondor, président d’Aldon Oils et propriétaire de 450 puits de pétrole dans les Prairies.

Je déteste voir du gaz gaspillé. Cette technologie pourrait devenir une nouvelle source de revenus et pourrait nous faire payer moins de taxe carbone puisqu'on polluerait moins, assure-t-il.

Le processus réduirait les émissions de CO2 d'environ 63 % par rapport au torchage, selon une étude de Crusoe Energy Systems de Denver, dans l'État du Colorado.

Dans cette situation, tout le monde est gagnant, selon Haley Thomson, à la tête d'Imperium Digital. Les pétrolières peuvent directement vendre leur matière première au lieu de dépendre de la construction de pipelines, dit-il.

Des conteneurs dans un champ, sous un ciel nuageux.

Ces conteneurs renferment des mineurs de bitcoins près d'une exploitation gazière autour de Grande Prairie, dans l'ouest de l'Alberta.

Photo : Imperium Digital

Haley Thomson doit néanmoins faire face à une concurrence accrue depuis un an et, surtout, à une industrie encore frileuse. "Bitcoin" est encore un mot grossier pour certains cadres aux cheveux gris qui ne veulent pas évoquer la question avec leur conseil d'administration.

L'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), notamment, semble moins enthousiaste. Nous captons et vendons notre méthane à des taux beaucoup plus élevés que dans d'autres juridictions. Il en reste peu pour alimenter l'extraction de bitcoins, écrit un porte-parole.

La course à la promotion

Si les États-Unis sont en tête du minage de bitcoins actuellement, c’est grâce à des responsables politiques qui ont rapidement fait comprendre aux investisseurs qu’ils seraient bien accueillis. Les États du Texas et du Wyoming sont les plus accommodants.

En Alberta, le ministre de l'Économie suit ce mouvement depuis peu. En janvier et en février, Doug Schweitzer a lancé un appel aux entreprises du secteur des cryptomonnaies, espérant les attirer pour qu'à long terme, elles fassent entrer sa province dans l'écosystème du bitcoin.

La résistance des municipalités

Avant de voir des mines de bitcoins pulluler en Alberta, la municipalité du comté de Sturgeon, près d'Edmonton, veut surtout voir plus de réglementations. Une ferme de cryptomonnaies y a été découverte à la suite de plaintes pour nuisances sonores et visuelles.

Des conteneurs renfermant une ferme de minage de bitcoins en Alberta.

En septembre, l'entreprise Link Global a reçu une amende de 7,1 millions de dollars de l'Alberta Utilities Commission pour avoir ouvert une ferme de bitcoins sans autorisation pendant 364 jours.

Photo : CBC / David Bajer

L’entreprise Link Global s’était installée sans autorisation près d’un puits de gaz naturel. Des milliers d’ordinateurs fonctionnaient sans interruption à moins de 700 mètres d’habitations.

C'est un peu le Far West. Ces installations surgissent partout dans le pays. Ce sera bientôt un problème canadien, dit la mairesse Alanna Hnatiw.

Responsable des règles entourant le développement sur ses parcelles, la municipalité du comté de Sturgeon se donne jusqu’au mois d'avril pour mettre en place un cadre permettant une cohabitation vivable entre les machines et les habitants.

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