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Archives

Pratiquer le journalisme sur fond de guerre

Anyck Béraud assise sur un muret, écrivant sur un calepin. Derrière elle, des manifestants sont massés près d'un feu.

En juillet 2016, la journaliste Anyck Béraud rédige un texte alors qu'une foule est rassemblée sur la place Taksim à Istanbul, en Turquie.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Couvrir la guerre, partir à l'étranger pour rapporter la nouvelle... À quoi peut ressembler le travail d'un correspondant ou d'un envoyé spécial au cœur d’un conflit? Des reportages tirés de nos archives se sont intéressés à cette forme de journalisme.

À l’été 1993, le correspondant Michel Morin se rend à Sarajevo, au cœur la guerre civile en Bosnie-Herzégovine qui a éclaté un an plus tôt.

Il en rapporte pour l’émission Le Point Médias du 25 juin 1993 un reportage aux images saisissantes qui s’intéresse plus particulièrement au métier de correspondant de guerre.

À Sarajevo, Michel Morin rencontre des reporters qui ont une longue expérience des zones de combat. Tous confirment que la guerre en Bosnie-Herzégovine est particulièrement difficile pour les reporters.

Je trouve que le travail est un peu plus dangereux en comparaison avec le Vietnam et d’autres guerres, témoigne John Burns du New York Times, dont le travail journalistique en Bosnie a été récompensé du prix Pulitzer. Nous savons que les forces militaires, en particulier les Serbes, ont assez fréquemment attaqué les journalistes en tant que journalistes. Il nous considère aussi comme des ennemis.

Des images tirées de reportages de différentes chaînes de télévision nous montrent une équipe média qui s’éloigne d’une explosion, un journaliste qui se couvre d’un échange de tirs et un caméraman qui est touché à la main, laissant tomber du même coup son précieux appareil.

Plusieurs membres des médias portent pour la première fois à Sarajevo des gilets pare-balles et des casques comme les soldats, souligne le journaliste Michel Morin.

On ne fait plus d'information, on fait du commando d'information, déclare le journaliste pigiste pour Radio-Canada Paul Marchand qui juge important d’être sur le terrain, de sortir de sa voiture blindée.

« Si vous voulez parler des gens, il faut être aussi vulnérable que ces gens-là. Il faut prendre les mêmes risques qu’eux, essayer de vivre un tant soit peu comme eux. »

— Une citation de  Le journaliste Pierre Marchand

Michel Morin rencontre également à Sarajevo la correspondante de CBC Anna Maria Tremonti qui lui montre son studio portable équipé d’un téléphone satellite. Le monde n'a probablement jamais été aussi bien informé de ce qui se passe sur le terrain, avance le journaliste.

Anna Maria Tremonti enfile tous les jours sa veste pare-balles et trouve elle aussi qu'il est essentiel de sortir de sa chambre d’hôtel et de son camion blindé.

Je suis très consciente que je ne pourrai jamais ressentir ce que les gens d'ici ressentent, modère-t-elle néanmoins.

Être sur le terrain permet à ces reporters de mieux témoigner de la réalité d’un conflit et de la faire connaître au public.

Mais avec les risques encourus, la décision pour un journaliste de venir ou pas à Sarajevo ou en Bosnie-Herzégovine reste bien personnelle, conclut Michel Morin en 1993.

Téléjournal/LePoint, 20 juin 2002

Pour ces envoyés spéciaux, le goût d'informer, le désir presque irrépressible d'être là où l'histoire s'écrit passe généralement avant la peur, déclare l’animateur Stéphan Bureau au Téléjournal/LePoint du 20 juin 2002.

Afin qu’ils puissent couvrir des conflits avec un minimum de risques et un maximum d’efficacité, des cours leur sont désormais offerts afin de leur montrer comment mieux exercer leur métier en zone chaude.

Dans son reportage, le journaliste Bertrand Hall accompagne cinq équipes de journalistes, réalisateurs et caméramans de Radio-Canada au cours d’une formation donnée par d’anciens corps d’élite de l’armée britannique dans un manoir du pays de Galles.

À travers des cours et des simulations, ils sont initiés aux réalités militaires, aux caractéristiques des armes les plus répandues et aux tactiques militaires de base. Des connaissances dont ils pourront se servir pour jauger les acteurs sur le terrain, être plus conscients des dangers et mieux évaluer l’évolution d'une situation en zone chaude.

« Des cours comme ceux-ci, des exercices pratiques, leur permettent d'être beaucoup plus efficaces sur le terrain, d'être beaucoup plus en sécurité eux-mêmes et sans doute les aideront à se rappeler au bon moment que la guerre n'est pas un jeu. »

— Une citation de  Le journaliste Bertrand Hall

La formation comprend également des cours de secourisme et de prévention des maladies.

Tu n'as pas besoin d'être une zone de guerre pour risquer ta vie, rappelle Bernard Drainville, alors correspondant à Mexico, qui souligne qu’une morsure de serpent ou la malaria peuvent aussi empêcher un journaliste de faire son travail.

À mi-chemin de la formation, il réfléchit à cette forme de journalisme en compagnie de ses autres collègues envoyés à l’étranger.

C'est le journalisme que j'ai fait le plus pur, croit Michel Cormier. Le correspondant à Moscou raconte combien en zone chaude il se sent plus alerte, à l’affût du danger avec ses sens plus aiguisés.

Il y a un côté grisant à couvrir la guerre, admet le correspondant à Dakar Jean-François Bélanger, qui ne veut toutefois pas être présenté comme courageux en comparaison à ceux qui vivent le conflit. Tu as quand même l'impression d'être au centre du monde et tu es convaincu que ce que tu rapportes est important.

Je suis journaliste parce que je pense qu'il y a un rôle social à faire ce métier-là, affirme pour sa part le correspondant à Paris Guy Gendron. Une motivation qui demeure à la base de tout travail journalistique.

RDI Junior, 5 juin 2006

Cette capsule de l’émission RDI Junior du 5 juin 2006 animée par Catherine Mercier – qui deviendra elle-même correspondante – nous montre René Lévesque, correspondant de guerre lors de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée. C’était avant qu’il ne devienne un journaliste de renom pour Radio-Canada, puis un politicien qui a marqué l’histoire du Québec.

Le titre de premier correspondant de guerre pour Radio-Canada revient cependant à Marcel Ouimet, qui a accompagné les troupes britanniques et canadiennes sur le front, notamment lors du débarquement de Normandie. René Lecavalier a aussi été envoyé en Afrique du Nord pour couvrir la Seconde Guerre mondiale avant de faire ses marques comme journaliste sportif. Puis c’est à Marcelle Barthe que l’on doit l’animation de l’émission spéciale du 8 mai 1945, célébrant le jour de la victoire.

Ils ont été nos témoins sur la ligne de feu, comme le titrait la série documentaire animée par Marc Laurendeau sur leur histoire et demeurent jusqu’à aujourd’hui nos yeux et nos oreilles sur la situation dans le monde en tout temps, en tout honneur.

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