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Au coeur du débat sur l’évaluation régionale du Cercle de feu

Les modalités du processus détermineront si et comment ce gisement riche en minéraux critiques et stratégiques sera exploité

Des arbres à l'horizon lors d'un lever de soleil.

Pehtahbun Peakwanuck Dibajimona est un organisme autochtone qui documente la vie dans les basses terres de la Baie James.

Photo : Pehtahbun Peawanuck Dibajimona

Le gouvernement fédéral entend bientôt finaliser les modalités de l’entente d’évaluation régionale du Cercle de feu, mais doit tenir compte des centaines de commentaires partagés dans le cadre des consultations publiques.

L’agence d’évaluation d’impact du Canada étudie ce gisement de minéraux critiques du Nord de l’Ontario depuis février 2020.

En décembre dernier, elle a partagé les détails de l’entente provisoire avec le public et a invité les groupes autochtones et les agences gouvernementales à partager leurs commentaires.

Dans un document d’une vingtaine de pages, le gouvernement fédéral explique comment les informations liées au développement minier dans le Cercle de feu seront recueillies.

Une rivière en hiver.

Sam Hunter, un photographe de la Première Nation Peawanuck, est un activiste environnemental qui s'oppose au développement dans le Cercle de feu.

Photo : Sam Hunter / Weenibego Weechitowi Organization

L’agence précise également quels types d’informations seront analysées et pourquoi.

Or, l’approche choisie est loin de faire l’unanimité chez les différents acteurs impliqués dans le projet, comme les Autochtones, les minières et les groupes environnementaux.

Les points de contention principaux concernent la géographie de la zone étudiée, le rôle des Autochtones et l’importance accordée aux changements climatiques.

Désaccords sur la portée de l’étude

L’évaluation régionale provisoire propose de délimiter la zone à étudier selon les concessions minières liées au Cercle de feu.

Une carte.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le gouvernement fédéral compte étudier la zone géographique des concessions minières.

Photo : Entente provisoire de l'évaluation régionale du Cercle de feu

Les zones habitées par communautés en aval ou en amont des cours d’eau, comme celles de Nesktantaga ou d’Attawapiskat, ne seront pas étudiées dans le cadre de l’évaluation régionale.

Une erreur monumentale, selon le chef d’Attawapiskat, David Nakogee.

L’évaluation doit se pencher sur l’ensemble des impacts sur toute la région, affirme-t-il dans une lettre partagée dans le cadre des consultations publiques.

L’école de droit Osgoode Hall de l’Université de Toronto, qui a initialement demandé au Canada d’effectuer l’évaluation régionale, abonde dans le même sens.

« Écologiquement, culturellement et légalement parlant, les bassins hydrologiques devraient délimiter la zone étudiée dans l’évaluation régionale. »

— Une citation de  Extrait des commentaires de L’école de droit Osgoode Hall de l’Université de Toronto

De son côté, la Première Nation Aroland, située à des centaines de kilomètres de la zone étudiée, s’inquiète de l’impact potentiel du trafic sur les nouvelles routes pour se rendre jusqu’au gisement.

Ces routes passent directement à travers notre territoire et notre communauté, déplore la cheffe Dorothy Towedo.

Des impacts au-delà de l’extraction minière

Santé Canada, Ressources naturelles Canada, Transport Canada et Environnement Canada ont tous recommandé d’élargir la portée de l’évaluation régionale.

Ces agences gouvernementales affirment qu’il faut tenir compte de l’impact des activités au-delà du Cercle de feu, surtout en ce qui concerne le transport et le traitement éventuel du minerai.

Un point que souligne également le Bi-National Public Advisory Council, un comité consultatif qui veille à la santé des cours d’eau entre le Canada et les États-Unis.

« L’évaluation régionale devrait non seulement se pencher sur les impacts immédiats de l’extraction minière, mais aussi des impacts potentiels sur les corridors de transport dans le nord-est de l’Ontario et sur Sault-Sainte-Marie. »

— Une citation de  Extrait des commentaires du Bi-National Public Advisory Council

Les minières comptent bâtir une usine de transformation de chrome à Sault-Sainte-Marie pour traiter le minerai extrait du Cercle de feu.

La rivière St.Mary à Sault-Sainte-Marie avec l'usine Algoma.

Le Bi-National Public Advisory Council surveille la pollution dans la rivière St. Mary à Sault-Sainte-Marie. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

Tenir compte d’éventuels problèmes sociaux

La Première Nation Marten Falls a historiquement été une alliée des minières qui cherchent à s’installer dans la région.

Le chef de la communauté, Bruce Achneepineskum, estime que des projets miniers comme le Cercle de feu permettront de revitaliser sa communauté.

Or, ce dernier aimerait que l’évaluation régionale tienne compte des problèmes sociaux liés au développement.

Avec la construction des routes, il sera plus difficile de gérer l’engouement pour la chasse et la pêche dans notre région. Il faudrait se pencher sur ces impacts potentiels, écrit-il.

Le chef Bruce Achneepineskum de la Première Nation de Marten Falls en Ontario.

Le chef Bruce Achneepineskum de la Première Nation de Marten Falls en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Jody Porter CBC

L’évaluation régionale devrait également explorer les problèmes sociaux qui pourraient découler de l’arrivée d’une population migrante dans nos communautés, poursuit M. Achneepineskum.

Un problème également souligné par le département pour l’Égalité des sexes du Canada. Il est prouvé que la construction de ce genre de route peut avoir des conséquences pour les femmes.

La lettre rappelle le lien entre les projets d’extraction de ressources naturelles et la violence envers les femmes autochtones. C’est d’ailleurs une des conclusions les plus importantes du rapport de l’enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées.

Les femmes n’ont pas un accès égal aux retombées économiques de l’exploitation minière. Typiquement, il y a moins d’opportunités d’emploi payantes pour les femmes dans ce domaine, peut-on lire dans la lettre.

Silence sur la question épineuse des revendications territoriales

La communauté de Webequie rappelle que, contrairement aux Premières Nations qui s'opposent à l’évaluation environnementale, les concessions minières se trouvent directement sur leur territoire.

Contrairement aux communautés autochtones voisines, Webequie ne croit pas qu’une évaluation régionale menée par un groupe autochtone soit nécessaire.

Des hommes sur le terrain en hiver.

Lors de la découverte du gisement minier du Cercle de feu, le gouvernement fédéral a affirmé que c'était « la découverte minière du siècle » pour le Canada.

Photo : Noront Resources

Dans un scénario d’approche communautaire à l’évaluation régionale, il ne sera pas évident pour les Premières Nations impliquées de naviguer les provisions de conflits d’intérêts prévus dans l’entente, note la soumission de la Première Nation Webequie.

Malgré son appui pour ce projet qui liera la communauté isolée au réseau routier, la communauté de Webequie déplore l’ambiguïté de l’entente face aux droits autochtones issus des traités.

« Comment le gouvernement fédéral compte-t-il évaluer les revendications territoriales des communautés autochtones dispersées à travers le territoire? »

— Une citation de  Extrait des commentaires de la Première Nation de Webequie

Attawapiskat, Mushkegowuk, Aroland, Minodahmun Development LP, l’école de droits Osgoode Hall et Nibinamik demandent tous à revoir l’évaluation régionale, cette fois en accordant un pouvoir discrétionnaire aux communautés autochtones.

Finalement, la minière Noront, qui détient la majorité des concessions minières dans le Cercle de feu, appuie les modalités de l’entente.

Elle insiste que l’évaluation régionale ne doit pas prendre plus que deux ans à compléter. Mardi, les actionnaires de Noront Resources ont finalisé la vente de l’entreprise à Wyloo Metals, une entreprise australienne.

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