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Faut-il craindre le ver sauteur asiatique?

Un ver de terre.

Il est extrêmement difficile de s'en débarrasser.

Photo : Michael McTavish/Invasive Species Centre

Radio-Canada

Découverts pour la première fois dans la région de Windsor dès 2014, les vers ont été retrouvés l'été dernier dans d'autres communautés de l'Ontario, notamment à Wheatley, à St. Catharines, à Dundas et dans la région du Grand Toronto.

Ils ont également été découverts au Nouveau-Brunswick, dans la région de Fredericton-Oromocto.

Larry Hodgson est un écrivain spécialisé dans les questions de jardinage basé à Québec.

Il affirme que pour savoir pour quelle raison ces vers ont été baptisés sauteurs asiatiques, il suffit de les mettre dans un bol, et de se mettre ensuite en retrait pour observer.

Ces choses sautent littéralement. Un ver de terre ordinaire aurait du mal à le faire. Ils sautent tout simplement, et c'est assez étonnant de les regarder, explique-t-il.

« Ils vont en sortir [du bol]. »

— Une citation de  Larry Hodgson, jardinier

Cette armée de bestioles rampantes et envahissantes progresse lentement vers le nord depuis la frontière sud du Canada.

Spécificités

En tant que docteur en taxonomie, John Reynolds est l'un des plus grands experts mondiaux en matière de vers de terre, et il documente leur arrivée au pays depuis le début.

J'ai enregistré les premiers et ce fut une véritable surprise en 2014, déclare le résident de Kitchener.

À première vue, les vers sauteurs asiatiques ressemblent beaucoup aux vers de nuit européens, ou vers de rosée, qui sont également une espèce envahissante et que la plupart d'entre nous connaissent.

Un homme souriant.

John Reynolds ne pense pas qu'il faille craindre le ver sauteur asiatique.

Photo : Gracieuseté de John Reynolds

On peut les distinguer grâce à leur clitellum, la petite bande charnue qui entoure leur corps. Sur un ver sauteur, elle s'enroule tout autour et est grise ou blanche ; sur un ver de rosée, elle est rose et ne couvre que le dessus, comme une selle.

Le plus simple, cependant, selon M. Reynolds, c’est de les regarder bouger.

Quand je les ai vus pour la première fois, je pensais que c'était des petits serpents verts jusqu'à ce que je les ramasse, explique-t-il.

« Si vous en ramassiez un, vous le sauriez. »

— Une citation de  John Reynolds, taxonomiste

Venus d'Amérique

Selon M. Reynolds, les vers arrivent généralement au Canada cachés dans la terre, soit dans des sacs ou des plantes en pot, soit parfois dans des conteneurs d'appâts de pêche importés des États-Unis.

Ils n'ont été reconnus au Canada que récemment. Nous avons quatre espèces en Ontario et quelques-unes des mêmes [espèces] au Nouveau-Brunswick, affirme-t-il.

Une fois qu'ils se sont établis, il est difficile, voire impossible, de les faire sortir.

Cela dit, contrairement aux vers de terre européens qui peuvent vivre pendant des années, les vers sauteurs asiatiques ne vivent qu'une seule saison, éclosant, atteignant l'âge adulte et mourant avant que le sol ne gèle.

La façon dont ils survivent explique le fait qu’ils se propagent facilement et qu’il soit difficile de les éliminer.

Avant de mourir, ils laissent derrière eux des cocons minuscules, presque invisibles, qui éclosent pour donner naissance à d'autres vers.

Contrairement à leurs cousins européens, les vers asiatiques sont parthénogénétiques - un petit sous-ensemble d'animaux qui peuvent avoir une progéniture sans s'accoupler.

Inquiétude des jardiniers

Les vers sauteurs asiatiques sont également voraces et consomment tellement de nutriments dans les cinq premiers centimètres de terre qu'ils peuvent déplacer les autres vers de terre et réduire la diversité des autres organismes vivants dans le sol, tels que les bactéries, les champignons, les mille-pattes, les salamandres et même certains oiseaux nichant au sol. C'est ce qui inquiète les jardiniers.

Nous recevons des rapports sur des problèmes dont l'ampleur ici en Ontario n'est pas entièrement comprise, indique Cathy Kavassalis, jardinière experte d'Oakville qui modère un groupe sur Facebook pour le programme Ontario Master Gardener.

Des vers de terre.

Il n'y a pas de consensus sur les conséquences de leurs actions.

Photo : Norma Phillips/Facebook

L'été dernier, elle a commencé à recevoir des photos affichées sur la page du groupe montrant des sols étranges et des vers inhabituels qui s'agitent lorsqu'on les dérange.

Les gens avaient un peu peur d'eux. Vous êtes en train de creuser dans le jardin, et vous trouvez ce ver qui rebondit, se tortille et s'agite, affirme-t-elle

« Ils donnent la chair de poule aux gens. »

— Une citation de  Cathy Kavassalis, jardinière experte

Les vers de la discorde

En dehors du fait qu’ils font peur, Mme Kavassalis affirme que les jardiniers ont également eu du mal à faire pousser certaines plantes à partir de graines après l'arrivée du ver, en raison de changements dans la chimie du sol qui ne sont pas encore totalement compris.

Le sol commence à ressembler à du marc de café. Il semble devenir grossier et granuleux. Certaines personnes ont signalé des problèmes d'arrosage. D'autres ont dit que leurs hostas avaient été détruits, explique-t-elle.

« Encore une fois, je ne sais pas ce qu'ils vont faire. Les rapports en provenance des États-Unis disent qu'ils sont extrêmement perturbateurs et particulièrement dommageables pour la partie superficielle des sols. »

— Une citation de  Cathy Kavassalis, jardinière experte

La capacité du ver sauteur invasif à perturber le réseau alimentaire du sol, en dégradant la couche arable par la transformation rapide de la litière de feuilles, pourrait être une source d'inquiétude, mais elle n'est pas entièrement comprise.

M. Reynolds considère que le ver sauteur n'est que le dernier d'une douzaine de vagues de vers de terre envahissants qui sont arrivées en Amérique du Nord depuis que les Européens y ont posé le pied.

Tous les vers de terre sont essentiellement étrangers de toute façon, indique-t-il, à l'exception d'une demi-douzaine d'espèces autochtones en Colombie-Britannique.

« Ils ne mangent pas les plantes. Ils ne mangent que les matières en décomposition. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une grande catastrophe ou de quoi que ce soit d'autre. Les changements climatiques sont un problème plus important. »

— Une citation de  John Reynolds, taxonomiste

Il estime qu'il est trop tôt pour dire s'il faut ou non s'inquiéter de ce ver.

Avec les informations de CBC News

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