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Traitement des eaux : Montréal octroie un premier contrat d’ozonation

Pomerleau a remporté le premier de huit contrats pour la construction de l’unité d’ozonation qui doit entrer en fonction au courant de 2025.

Des bassins de décantation.

L’ozone a des vertus désinfectantes. Selon les données avancées par la direction de l’eau de Montréal, l’injection de ce gaz permet de détruire la quasi-totalité des bactéries (99,9 %) et entre 75 % et 96 % des virus et substances émergentes.

Photo : Radio-Canada

La station d’épuration des eaux Jean-R.-Marcotte, située dans le secteur de Rivière-des-Prairies, est l’endroit où convergent toutes les eaux usées de Montréal. Au nord et au sud de l’île, deux immenses intercepteurs, le long de la rivière des Prairies et du fleuve Saint-Laurent, y amènent en moyenne un débit de 28 mètres cubes par seconde.

C'est l'équivalent du stade olympique qui est traité tous les jours ici à la station, qui arrive ici dans ces puits, illustre Chantal Morissette, penchée au-dessus d’une immense fosse de plus de 40 mètres de profondeur. Aucune odeur nauséabonde, la ventilation fait manifestement ses preuves.

La directrice du service de l’eau est tout sourire à l’évocation du projet d’ozonation. C'est le projet environnemental le plus significatif des 30 dernières années au Québec.

Les ingénieurs peaufinent ce projet depuis près de 15 ans, lorsqu’il a été annoncé pour la première fois par l’administration du maire Gérald Tremblay, en 2008.

Chantal Morissette, en entrevue.

Chantal Morissette est directrice du service de l'eau à la Ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Éliminer virus, bactéries et contaminants

L’assainissement des eaux usées, bien que performant, manquait jusqu’ici d’ambition, selon Benoît Barbeau, professeur à Polytechnique.

On cherchait à éviter à ce qu'il y ait trop de croissance d'algues par exemple dans les cours d'eau, mais on ne se préoccupait pas des produits pharmaceutiques et d'autres composés qui sont présents dans nos eaux usées domestiques, explique-t-il.

Sébastien Sauvé, en entrevue.

Sébastien Sauvé est professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada

L’ozone a des vertus désinfectantes. Selon les données avancées par la direction de l’eau de la Ville de Montréal, l’injection de ce gaz permet de détruire la quasi-totalité des bactéries (99,9 %) et de 75 à 96 % des virus et des substances émergentes. Un exemple parmi tant d’autres : les résidus de médicaments.

L’équipe de Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal, a analysé les eaux rejetées par l’usine dans le fleuve Saint-Laurent.

On a évalué que la station d'épuration, sans traitement actuellement pour les contaminants émergents, relâche une tonne de molécules actives d'antibiotiques dans le fleuve, par année. Ce n'est pas une tonne de pilules, c'est vraiment une tonne de la portion active des comprimés qui se ramassent dans le fleuve, indique Sébastien Sauvé.

Une facture totale de 700 millions de dollars

Maja Vodanovic, nouvellement nommée responsable de l’eau au comité exécutif, rappelle d’emblée que la qualité de cette ressource est la principale raison de son entrée en politique.

Il n’y a rien de plus important pour notre santé que l'eau qu'on boit et l'eau qui nous entoure, dit-elle, reconnaissant aussi que ce projet est aussi stimulant que stressant.

C'est un immense défi, on va être les premiers au monde à le faire à cette échelle. C'est une des raisons pour lesquelles ça a pris autant de temps, ajoute-t-elle.

Maja Vodanovic, en entrevue.

Maja Vodanovic est l'élue responsable de l'eau au comité exécutif de la Ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Une série d’ajustements a multiplié par trois le budget initial, pour atteindre aujourd’hui 696,2 millions de dollars. Des besoins identifiés en cours de route ont alourdi la facture : un bâtiment de refroidissement, un bâtiment de destruction d'ozone, un bâtiment de pompage, une sous-station électrique, entre autres.

Un gaz létal poussé par une vague de plusieurs mètres

En 2018, il a fallu revoir tous les plans à cause de ce qui était présenté à l’époque comme un problème technique.

En fait, les équipes ont constaté que des changements de débit dans les canaux qui ramènent l’eau vers le fleuve à la fin du processus pouvaient provoquer un dangereux problème de retour.

Chantal Morissette lève sa main dans les airs pour illustrer ce phénomène : On voyait qu'il y avait un retour d'eau par une vague énorme, de plusieurs mètres de haut, qui aurait fait en sorte que l'air ozoné aurait cheminé jusqu'à l'atmosphère. Ce n'était vraiment pas souhaitable, donc, on a pris une pause complète, on a refait tous nos devoirs avec les experts.

Car si l’ozone a des vertus oxydantes, c’est aussi un gaz létal, même à faible concentration.

Risque de déversement d’eaux usées

Pour éviter ces retours toxiques, la solution mise de l’avant est de construire un siphon dans les deux canaux d’évacuation des eaux.

Ces canaux devront être mis hors d’usage chacun à son tour, pour une durée de six mois. Le premier siphon sera construit entre le 1er novembre 2022 et le 30 avril 2023, et le second à la même période l’année suivante.

L’hiver a été ciblé pour deux raisons : d’abord, ce sont les mois où les débits d’eaux usées sont les plus faibles, mais aussi ceux où les utilisateurs du fleuve sont peu nombreux.

En effet, la fermeture des canaux aura une conséquence : un risque accru de déversement direct d’eaux usées dans le Saint-Laurent et la rivière des Prairies.

Vue aérienne de l'usine.

Deux immenses intercepteurs situés le long de la rivière des Prairies et du fleuve Saint-Laurent amènent en moyenne un débit de 28 mètres cubes par seconde à la station d'épuration des eaux Jean-R.-Marcotte, dans le secteur Rivière-des-Prairies.

Photo : Radio-Canada

Le débit maximal à l’usine pendant les travaux sera de 60 mètres cubes par seconde, par rapport à 84 actuellement, soit une baisse de près de 30 % de la capacité. Mais ce volume n’est atteint qu’en cas de pluie ou d’épisode de fonte des neiges.

Selon Maja Vodanovic, cette situation hypothétique ne se compare pas avec le déversement de 2015, lorsque des travaux d’urgence sur l’intercepteur sud avaient provoqué un rejet pendant près de quatre jours.

C'était des eaux usées directement dans le fleuve en continu. Là, ça sera des eaux usées seulement en temps de grande pluie : 35 % d'eaux usées, 65 % d'eau de pluie et ça va être pour de très courtes périodes, justifie l’élue.

Le service de l’eau anticipe un déversement possible de 13 millions de mètres cubes sur une période totale de 360 jours. 4,9 millions de mètres cubes avaient été déversés en novembre 2015.

Absence de norme environnementale

C'est un peu le prix à payer pour avoir une meilleure qualité d'eau dans l'avenir, concède le professeur Benoît Barbeau, qui dirige aussi le Centre de recherche, développement et validation des technologies de traitement des eaux.

Benoît Barbeau, en entrevue.

L’assainissement des eaux usées, bien que performant, manquait jusqu’ici d’ambition, selon Benoît Barbeau, professeur à Polytechnique.

Photo : Radio-Canada

Si vous allez faire du kayak sur le fleuve, si vous allez vous baigner dans le fleuve, on va réduire toute la charge en microorganismes que l’on rejette présentement. Et ça devrait avoir aussi un impact potentiellement sur les prises d'eau potable qui sont plus loin sur le fleuve Saint-Laurent.

Les polluants auxquels l’ozone va s’attaquer à Montréal ne font pour l’instant l’objet d’aucune norme environnementale au Canada.

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