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Les impacts à long terme de la pandémie sur les enfants sous la loupe

Pour souligner les deux ans de la pandémie au Québec, Radio-Canada présente une série de reportages sur les impacts que la COVID-19 a eus sur quatre groupes particuliers au sein de la population : les femmes, les adolescents, les enfants et les aînés.

Illustration d'un garçon appuyé sur un pupitre d'école pendant un cours. Il porte un masque chirurgical.

Les répercussions du port du masque en classe sur le développement et l’apprentissage des enfants sont encore sujettes à débat.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Anxiété, dépression, retards scolaires, sommeil perturbé... les effets immédiats de la pandémie sur les enfants ont été largement documentés depuis deux ans. Les répercussions à long terme, en revanche, demeurent inconnues. Pour limiter les effets négatifs sur le développement des jeunes Québécois, des experts invitent à garder l'œil ouvert, et ce, même lorsque la pandémie sera chose du passé.

Si les cas d’infections à la COVID-19 ont été fréquents chez les tout-petits et les enfants du primaire, les complications physiques associées au virus lui-même ont été beaucoup plus rares. Moins de 3 % des hospitalisations liées au coronavirus concernaient des patients âgés de 9 ans et moins.

Les répercussions observées chez les jeunes découlent davantage des mesures de confinement, notamment les fermetures d’écoles et de garderies, et du stress vécu par leurs parents, dont certains ont perdu leur emploi et basculé dans l’insécurité alimentaire. C’est particulièrement vrai pour les 5 ans et moins.

Les tout-petits sont comme des éponges. Ils sont très sensibles à ce qui se passe autour d'eux, dans leurs milieux de vie, à la maison, dans leur communauté, dans le service de garde qu'ils vont fréquenter, mais à ce qui se passe également chez les adultes qui les entourent et qui en prennent soin, explique en entrevue à Radio-Canada la directrice de l’Observatoire des tout-petits, Fannie Dagenais.

Fannie Dagenais lors d'une entrevue en vidéoconférence.

Fannie Dagenais affirme que les répercussions de la pandémie ont été plus importantes chez les enfants issus de milieux défavorisés.

Photo : Radio-Canada

Elle mentionne que différentes études réalisées à l’international ont démontré que les enfants en bas âge avaient été parmi ceux dont la santé mentale s’est le plus détériorée depuis le début de la pandémie.

On note plus de problèmes de comportement chez les tout-petits, chez les enfants. On note également plus de symptômes anxieux et dépressifs. Plus de difficultés à dormir, également. Donc, une diminution de la qualité, mais aussi de la quantité de sommeil, et une diminution de la capacité d’attention, énumère Mme Dagenais.

Sphères de fonctionnement

La professeure Sylvana Côté, chercheuse au CHU Sainte-Justine, à Montréal, et professeure titulaire à l’École de santé publique de l'Université de Montréal (ESPUM), affirme qu’il sera important de voir si les effets observés jusqu’ici vont perdurer.

On a de l'information sur les perturbations à court terme, mais on n'en a évidemment pas sur les impacts à long terme, et c'est ça qu'il va falloir suivre de près, insiste celle qui dirige l’Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants.

Sylvana Côté accorde une entrevue en vidéoconférence depuis un bureau.

Sylvana Côté explique que la prochaine Étude longitudinale des enfants de maternelle au Québec, prévue en 2022, sera «très éclairante» pour comprendre les effets de la pandémie sur une cohorte entière d’enfants d’âge préscolaire.

Photo : Radio-Canada

Ce dernier regroupe 25 chercheurs qui s’intéressent aux répercussions de la pandémie sur différentes sphères de fonctionnement, dont la santé mentale, les saines habitudes de vie (alimentation, activité physique, temps d’écran) ainsi que les apprentissages pédagogiques (langage, écriture, mathématiques, etc.) et sociaux.

Identifier les enfants à risque

Sylvana Côté mentionne que la surveillance étroite des effets pandémiques permettra d’intervenir rapidement pour limiter leurs effets sur le développement et la réussite scolaire des enfants. Pour y parvenir, il faudra notamment tenir compte de la pénurie de ressources spécialisées, déjà un problème avant la pandémie.

On veut surtout rehausser le soutien aux enfants à risque afin de prévenir une surcharge des ressources spécialisées qui sont déjà très, très en demande, et ça, ça implique de mettre en place des actions où on peut identifier les enfants à risque et leur offrir du soutien, que ce soit au niveau des habiletés sociales ou des pertes d'apprentissage, explique la chercheuse.

« C’est de donner des coups de pouce, rehausser le soutien aux enfants et aux familles à l'échelle de l'école ou à l'échelle communautaire, avant d'aller vers des services spécialisés. »

— Une citation de  Sylvana Côté, chercheuse au CHU Sainte-Justine et professeure titulaire à l’ESPUM

Fannie Dagenais ajoute pour sa part que la très grande capacité d'adaptation des enfants, surtout en bas âge, représentera un atout de taille pour surmonter les défis hérités de la crise sanitaire.

Un enfant suit un cours de mathématiques à distance, sur un ordinateur portable.

Selon Sylvana Côté, les enfants âgés de 5 à 15 ans ont passé en moyenne de 1 à 3 heures de plus par jour de plus devant les écrans depuis le début de la pandémie (archives).

Photo : Getty Images / pinstock

La plasticité de leur cerveau à cet âge-là est vraiment très grande, et c'est pour cette raison que les interventions qu'on fait entre 0 et 5 ans sont beaucoup plus efficaces que les interventions qu'on va mener, par exemple, lors de l'âge scolaire ou lorsqu'ils entrent au secondaire, précise la directrice de l'Observatoire des tout-petits.

Développer notre capital social

Sylvana Côté abonde dans le même sens. À cet égard, elle plaide pour un renforcement des services de garde éducatifs à l’enfance. La professeure et chercheuse y voit une excellente façon d'assurer le développement de notre capital social, nos enfants à long terme.

Offrir de bons services d'éducation préscolaire pour les préparer à l'école, c'est une des meilleures choses qu'on peut faire en tant que société, surtout quand on sait que lorsque les enfants qui arrivent à l'école en maternelle ne sont pas prêts, c'est déjà très, très difficile de rattraper les retards, insiste Mme Côté.

Elle ajoute que l'efficacité du réseau des services de garde éducatifs, en particulier pour préparer les enfants à l'école, n'est plus à démontrer.

Avec la collaboration de Sandra Lalancette, d’Alain Rochefort et de Marie-Claire Giffard

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