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L’Ukraine « se fait décimer sous les yeux du monde entier », dit le numéro un de l’ONU

Antonio Guterres, la bouche ouverte, s'adresse aux journalistes.

Le danger d'une escalade « menace l'humanité tout entière », a affirmé le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, au cours d'une conférence de presse à l'ONU.

Photo : Reuters / ANDREW KELLY

Un pays « en feu » et « décimé », une « épée de Damoclès » sur l'économie mondiale, un « ouragan de famines » guettant les pays en développement et un risque d'escalade menaçant « l'humanité tout entière » : le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, sonne l'alarme sur la guerre en Ukraine dans les termes les plus vifs.

À l'aube de l'invasion russe en Ukraine, M. Guterres a affirmé que le monde faisait face à un « moment de péril », mais le ton de ses déclarations, au fil des 19 jours de guerre, s'est fait de plus en plus alarmiste.

Les propos qu'il a tenus, lundi, devant des journalistes aux Nations unies, n'ont rien de rassurant.

M. Guterres a notamment insisté sur le sombre portrait de la situation en Ukraine, victime de l'offensive russe qui dure depuis bientôt trois semaines.

D'innombrables innocents, dont des femmes et des enfants, ont été tués par les forces russes. Les routes, les aéroports et les écoles sont en ruines, a-t-il déploré, rappelant qu'au moins 24 hôpitaux et autres structures sanitaires, selon l'Organisation mondiale de la santé, ont été bombardés par les forces russes.

La semaine dernière, les frappes contre l'hôpital pour enfants de Marioupol, dans le sud de l'Ukraine, ont particulièrement été décriées par la communauté internationale. Une femme enceinte, dont la photo symbolise la cruauté des bombardements russes sur l'Ukraine, a succombé à ses blessures lundi.

M. Guterres a également souligné l'état de vulnérabilité dans lequel se trouvent des centaines de milliers d'Ukrainiens, désormais privés d'eau et d'électricité, dont plusieurs sont piégés dans des villes encerclées.

« L'Ukraine est en feu. Le pays est décimé sous les yeux du monde entier. L'impact sur les civils atteint des proportions terrifiantes. »

— Une citation de  António Guterres, secrétaire général de l'ONU

C'est sans oublier les 2,8 millions de réfugiés, auxquels viennent s'ajouter quelque 1,9 million de déplacés à l'intérieur des frontières ukrainiennes, a rappelé M. Guterres.

Des femmes et des enfants visiblement fatigués attendent à un poste-frontière en Pologne.

Des réfugiés fuyant la guerre en Ukraine arrivent au poste-frontière de Medyka, en Pologne.

Photo : Associated Press / Daniel Cole

Les réfugiés, dont la grande majorité sont des femmes et des enfants, deviennent de plus en plus vulnérables, a-t-il averti. Pour les prédateurs et les trafiquants d'êtres humains, la guerre n'est pas une tragédie. C'est une occasion, a-t-il relevé.

Avec chaque heure qui passe, deux choses sont de plus en plus claires : premièrement, ça ne cesse d'empirer; deuxièmement, quelle qu'en soit l'issue, cette guerre n'aura pas de gagnants, seulement des perdants, a-t-il soutenu, renouvelant son plaidoyer pour le chemin diplomatique et la paix.

Il a indiqué avoir été en contact avec plusieurs pays, dont la Chine, la France, la Turquie et Israël, au sujet des efforts de médiation, alors que ceux-ci, de même que les négociations bilatérales entre l'Ukraine et la Russie, n'ont pas réussi à faire taire les armes.

Nous avons besoin d'une cessation immédiate des hostilités et de négociations sérieuses fondées sur les principes de la Charte des Nations unies et du droit international, a martelé le secrétaire général de l'ONU.

Plusieurs ont accusé la Russie de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, ou à tout le moins réclamé une enquête internationale sur la façon dont elle mène cette offensive.

L'humanité menacée

Vladimir Poutine.

Le président russe Vladimir Poutine a récemment ordonné la mise en alerte de la force nucléaire russe.

Photo : Getty Images / MIKHAIL KLIMENTYEV

Le danger d'une nouvelle escalade, par accident ou à dessein, menace l'humanité tout entière, a averti M. Guterres.

Il a évoqué au passage la menace nucléaire brandie par Moscou, un développement qui fait froid dans le dos.

« La perspective d'un conflit nucléaire, autrefois impensable, est à nouveau dans le domaine du possible. »

— Une citation de  António Guterres, secrétaire général de l'ONU

Alors que les troupes russes occupent la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, la plus grande d'Europe, ainsi que l'ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl, M. Guterres a aussi souligné l'importance du maintien de la sécurité des installations nucléaires.

Interrogé sur la requête du président ukrainien Volodymyr Zelensky d'instaurer une zone d'exclusion aérienne, il a mis de l'avant l'impératif de la prudence.

Plusieurs pays ferment la porte à cette option, y voyant un risque d'escalade susceptible de créer un conflit mondial, a-t-il répondu. C'est sur la base de cette analyse que je pense que nous devons être prudents, même si je comprends l'appel dramatique du gouvernement ukrainien.

Le grenier à blé des pays pauvres

Cette guerre va bien au-delà de l'Ukraine, a martelé M. Guterres qui a évoqué l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de l'économie mondiale, surtout sur les pays en développement.

Le blé produit par l'Ukraine et la Russie représente 30 % de la production mondiale, a-t-il dit, et l'Ukraine fournit à elle seule plus de la moitié de l'approvisionnement en blé du Programme alimentaire mondial, a-t-il précisé.

Une quarantaine de pays, notamment en Afrique, importent au moins le tiers de leur blé de l'Ukraine ou de la Russie, et 18 en importent au moins la moitié, a-t-il noté, disant craindre une famine à grande échelle.

Nous devons faire tout notre possible pour éviter un ouragan de famines et un effondrement du système alimentaire mondial, a-t-il plaidé.

Autres conséquences : la hausse fulgurante du prix des aliments et du carburant ainsi que la perturbation des chaînes d'approvisionnement. Tout cela frappe les pays les plus pauvres plus particulièrement durement et sème les graines de l'instabilité politique et des troubles dans le monde entier, a-t-il soutenu.

La situation actuelle montre également comment la dépendance mondiale aux combustibles fossiles met la sécurité énergétique, l'action climatique et l'ensemble de l'économie mondiale à la merci de la géopolitique, a aussi regretté M. Guterres.

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