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Archives

Hubert Aquin, le révolutionnaire hypersensible

Visage d'Hubert Aquin.

Hubert Aquin à l'émission « Format 60 », le 4 juin 1971

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L'écrivain Hubert Aquin s'enlevait la vie dans les jardins du Collège Villa Maria, à Montréal, le 15 mars 1977. Nos archives reviennent sur le parcours de cet auteur plus grand que nature dont la vie tumultueuse ne laissait personne indifférent.

Militant indépendantiste de la première heure, intellectuel engagé, Hubert Aquin a influencé la culture contemporaine québécoise en tant qu'activiste, essayiste, cinéaste et romancier.

Après des études au Collège Sainte-Marie, il obtient un diplôme de philosophie de l’Université de Montréal en 1951. Titulaire d’une bourse, il quitte ensuite le Québec pour étudier trois ans à l’Institut politique de Paris.

En 1954, il fait son entrée à Radio-Canada. Il y travaillera comme réalisateur, producteur, scénariste, scripteur et animateur d’émissions de télévision. Il travaillera également pour l’ONF.

Quelques heures après avoir appris le décès par suicide d’Hubert Aquin, le journaliste et écrivain Wilfrid Lemoine témoigne, devant l’animateur Jean Sarrazin, de son amitié et de sa grande admiration pour l’auteur, à l’émission Carnet Arts et lettres du 18 mars 1977.

Hubert Aquin et Robert Elie assis l'un à côté de l'autre à une table.

L'animateur Hubert Aquin discute avec l'écrivain Robert Élie à l'émission « Arts et lettres » le 29 octobre 1959

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

La photo qui accompagne notre extrait radio est tirée de l’émission Arts et lettres du 29 octobre 1959. Hubert Aquin en assurait alors l’animation. Sur la photo, il s’entretient avec l’écrivain Robert Élie.

Wilfrid Lemoine qualifie Hubert Aquin de véritable virtuose de la technique romanesque. L’auteur écrit dans une langue recherchée. Il désapprouve l’oralité de la langue et critiquera dans les années 1960 la mode du joual, qu’il juge pauvre et désordonné.

« Il avait une écriture d’une extrême élégance. Ses romans sont assis sur une très grande culture. Culture littéraire, politique, philosophique et esthétique. »

— Une citation de  Wilfrid Lemoine

Hubert Aquin était un être déchiré et tourmenté, même s’il savait être joyeux et faire rire ses compatriotes. Ceux qui l’ont connu affirment tous que c’était un homme d’excès.

« Hubert était un homme excessif dans ses sentiments, excessif dans ses réactions. Quand il était dépressif, il était extrêmement dépressif, et quand il était gai, il était gai avec excès. Son hypersensibilité est peut-être le trait de son caractère qui frappe le plus. »

— Une citation de  Wilfrid Lemoine

Hubert Aquin porte également un intérêt marqué pour les sports et les affaires.

Dès les années 1950, il se passionne pour la course automobile et réalise le film Le sport et les hommes en 1959. Une réflexion philosophique sur la signification du sport pour l'homme moderne.

La voiture qui symbolise le dépassement se retrouve dans presque tous ses romans. Dès 1962, il approche la Ville de Montréal pour créer un circuit automobile qui deviendra le circuit du Grand Prix du Canada.

Intéressé par la finance, il travaille à la Bourse de Montréal entre 1960 et 1964.

Durant huit ans, de 1960 à 1968, il sera membre exécutif du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN).

En réponse à l’aversion de Pierre Elliott Trudeau pour l’indépendance du Québec, il publie en 1962 dans la revue Liberté un des plus célèbres textes politiques québécois : La fatigue culturelle du Canada français.

Il prend la plume pour les revues Parti pris et Liberté, dont il sera directeur en 1961 et 1962.

En juin 1964, Hubert Aquin écrit une lettre aux journaux Le Devoir et Le Montréal-Matin pour déclarer qu’il devient commandant de l’organisation spéciale. Il mentionne être prêt à participer aux actions menées par le Front de libération du Québec (FLQ).

Il entre alors dans la clandestinité et, se sentant persécuté, il se réfugie chez Louis-Georges Carrier et chez sa compagne Andrée Yanacopoulo.

Il est arrêté en possession d’une arme et d’une voiture volée le 5 juillet 1964 derrière l’oratoire Saint-Joseph.

Lorsque l’officier lui demande son métier, Hubert Aquin répond révolutionnaire. Après un court séjour en prison, il sera transféré et interné, dans l'aile à sécurité maximale, à l’Institut Albert-Prévost de Montréal.

Le Dr Pierre Lefebvre, psychiatre et collaborateur à Parti pris, conclut alors à une sévère dépression nerveuse. C’est lors de cette période d’internement qu’il écrit son célèbre roman Prochain épisode dont un des narrateurs est un détenu révolutionnaire qui écrit un roman d’espionnage dans l’attente de son procès.

Avec Hubert Aquin, le réel se confond avec la fiction.

Comme l’espion de son roman, il part pour la Suisse en 1966.

Le 29 août de la même année, la police du canton de Vaud l’interroge sur ses liens avec le RIN et son emprisonnement. Il est soupçonné d’être sympathisant et de collaborer avec le Front de libération jurassien. La police le relâche, mais il ne pourra rester en Suisse et se retrouvera en France avant de revenir au Québec.

En compagnie du journaliste Jean-Pierre Moulin, Hubert Aquin fait la lumière sur son expulsion de la Suisse où on le soupçonne d'activité clandestine au Canada et de collusion avec le Front de libération du Juras.

Il explique cet épisode de sa vie au journaliste Jean-Pierre Moulin le 26 décembre 1966 à l’émission Aujourd’hui.

Pour son roman Trou de mémoire écrit en 1968, Hubert Aquin reçoit le Prix du Gouverneur général du Canada, qu’il refuse pour des raisons politiques.

Toute sa vie durant, Hubert Aquin est habité par l’idée du suicide. Il fait une première tentative en 1971 à l’Hôtel Reine-Elizabeth à la suite de laquelle il sera de nouveau interné pour dépression majeure.

Profil en gros plan du visage d'Hubert Aquin

Hubert Aquin, 17 janvier 1964

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

À l’émission radiophonique Horizon du 28 janvier 1971, Jacques Godbout s’entretient avec le romancier indépendantiste. Hubert Aquin parle de son engagement politique, de sa déception d’avoir vu le RIN se dissoudre en 1968 et de sa reconnaissance du Parti québécois.

On peut également entendre, dans cet extrait, certains passages du roman Prochain épisode. L’incipit du roman est demeuré une des phrases les plus célèbres de toute la littérature québécoise : « Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses. »

Hubert Aquin explique qu'il écrit non pas pour lui-même, mais pour les autres.

Dans cette entrevue donnée au journaliste Pierre Villon pour l’émission Dossier du 7 septembre 1973, il affirme être préoccupé et même être obsédé par le lecteur. Pour lui, le livre est un spectacle qui s’adresse à un consommateur.

Lors d’un lancement de livre de l’auteure Marie-Claire Blais, l’écrivain Hubert Aquin parle de l’importance qu’il accorde aux lecteurs avec le journaliste Pierre Villon.

Hubert Aquin posait des gestes fracassants. Il a quitté la revue Liberté en 1971 parce qu'il jugeait que les événements d’octobre avaient été occultés par la publication. Il a quitté son poste d’enseignant à l’UQAM en 1970 parce qu'il s’opposait à la vision de son recteur. En août 1976, il a été congédié de son poste de directeur des Éditions La Presse parce qu'il accusait publiquement l'éditeur de La Presse Roger Lemelin de coloniser le Québec de l’intérieur.

Il avait, dit-on, le sens du politique, car il savait qu’avec ces gestes d’éclat, la cause qu’il défendait serait mise en avant.

Lorsque le PQ prend le pouvoir en 1976, Hubert Aquin espère obtenir un poste au sein du nouveau gouvernement, mais il attendra l’appel en vain.

En pointant son arme contre lui-même le 15 mars 1977, Hubert Aquin s’est donné la mort comme il a vécu sa vie, avec une grande intensité.

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