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La santé émotionnelle des adolescents malmenée par la pandémie

Pour souligner les deux ans de la pandémie au Québec, Radio-Canada présente une série de reportages sur les impacts que la COVID-19 a eus sur quatre groupes particuliers au sein de la population : les femmes, les adolescents, les enfants et les aînés.

Illustration d'une jeune femme qui travaille à l'ordinateur en tenant un papier dans ses mains.

L'école à la maison a représenté un défi de taille pour les adolescents québécois.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

S’ils ont réussi sans trop de mal à résister aux assauts de la COVID-19 sur leur organisme, les adolescents ont ressenti de façon souvent disproportionnée les conséquences psychologiques des mesures de confinement mises en place pour freiner la propagation du virus au Québec.

Contrairement à ce qu’on a observé dans d’autres tranches de la population, à commencer par les aînés, la santé physique des adolescents n’a que très rarement été menacée par la COVID-19.

Au niveau de la santé physique, on a appris en cours de route que le virus n'était pas très menaçant pour les adolescents ou les jeunes. Quelques adolescents [ont été] hospitalisés pour des tableaux inflammatoires quand même parfois assez sérieux, mais ça été très rare, somme toute, indique en entrevue à Radio-Canada le Dr Olivier Jamoulle, pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence.

En revanche, les impacts de la pandémie sur la santé émotionnelle et développementale des jeunes ont été considérables, observe le chef de la section de médecine de l’adolescence au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

Olivier Jamoulle accorde une entrevue en vidéoconférence.

Le Dr Jamoulle rapporte qu’en 2021, la clinique de médecine de l’adolescence du CHU Sainte-Justine a recensé près de 4500 visites, comparativement à 3000, en moyenne, lors des années précédentes.

Photo : Radio-Canada

Les multiples changements de rythme et d’horaire auxquels les jeunes Québécois ont été confrontés lors des vagues infectieuses successives ont été particulièrement néfastes, à en croire le Dr Jamoulle.

On a vu des tableaux de régression généralisée : décrochage scolaire, anxiété, dépression surtout, et troubles alimentaires, qui ont vraiment explosé par l'effet des confinements et des mesures sanitaires mises en place, explique le médecin.

Priorité absolue

À la lumière de ces impacts, maintenir les écoles ouvertes devrait, selon lui, être une priorité absolue au cours des prochains mois si la pandémie est toujours présente.

« C'est vraiment là-dessus qu'on doit travailler comme société : laisser les adolescents continuer à vivre, les laisser à l'école, je dirais presque, quel que soit le niveau de virémie ou de circulation du virus dans la population. »

— Une citation de  Dr Olivier Jamoulle, pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence, CHU Sainte-Justine

Professeure titulaire au Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage à la Faculté des sciences de l'éducation à l'Université Laval, Sylvie Barma s'est intéressée à la manière dont les adolescents québécois ont vécu les différents impacts de la crise sanitaire.

Avec deux collègues chercheuses du Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire, elle a mené une enquête auprès de 1057 jeunes de 13 à 18 ans venant de 37 établissements d’enseignement secondaire au Québec.

Détresse et perte de repères

Les réponses fournies par les répondants mettent en lumière les difficultés engendrées par les mesures de confinement, en particulier la fermeture des écoles, au printemps 2020, et l’enseignement en ligne.

Les adolescents ont vraiment traversé une période difficile. Ils ont évoqué beaucoup de tristesse, beaucoup de démotivation et de la perturbation dans leur routine quotidienne. Ils nous ont indiqué, vraiment, une certaine détresse en lien avec la perte de repères par rapport à leurs conditions d'apprentissage, mentionne Mme Barma.

Sylvie Barma accorde une entrevue en vidéoconférence.

La pandémie a aussi perturbé le sommeil des jeunes. Sylvie Barma (photo) mentionne que 45 % des adolescents qui ont participé à son enquête ont dit dormir moins de 8 heures par nuit.

Photo : Radio-Canada

La professeure ajoute que 57 % des répondants au sondage ont affirmé avoir eu de moins bons résultats scolaires. Un adolescent sur quatre a confié ne rien comprendre à la matière enseignée.

Avec l’apprentissage en ligne, les jeunes nous ont raconté que c’était beaucoup plus difficile d’avoir un bon contact avec leurs enseignants, que ce n’était vraiment pas comparable à aller à l'école en présentiel et ils ont senti les enseignants beaucoup plus stressés et moins disponibles, moins empathiques envers eux, explique Sylvie Barma.

« Beaucoup d'adolescents de 4e et 5e secondaire ont vraiment décroché [lors du premier confinement]. Ils ne faisaient pas leurs devoirs. Ils nous ont dit : "il n'y a pas d'évaluation, alors pourquoi on étudierait?" »

— Une citation de  Sylvie Barma, professeure titulaire, Faculté des sciences de l'éducation, Université Laval

La cohabitation, 24 heures sur 24, avec les parents et les autres membres de la famille, l’impossibilité, pour de nombreux jeunes, d’avoir accès à un endroit calme pour étudier ou de pouvoir compter sur une connexion Internet de qualité ont également joué sur la motivation et la réussite scolaire des adolescents durant le confinement.

Entre résilience et fragilité

Malgré les nombreux problèmes rencontrés depuis le début de la crise sanitaire, la plupart des jeunes ont su faire preuve de résilience.

Je les vois, maintenant, en clinique, ceux qui vont bien et qui n'ont pas été trop fragilisés par la pandémie, c'est déjà chose du passé. Ils reprennent le dessus et sont en train de reprendre leurs activités, note Olivier Jamoulle.

Des élèves marchent vers leur école.

Les adolescents du Québec ont démontré de la résilience et une grande capacité d'adaptation depuis le début de la pandémie. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Olivier Plante

Les jeunes ayant le plus souffert de la pandémie, en particulier ceux qui étaient déjà fragiles avant l’apparition de la COVID-19, auront toutefois besoin d’être suivis et épaulés, même une fois la crise sanitaire terminée, prévient le pédiatre.

Les patients avec des troubles alimentaires, c'est une maladie qui s'est installée en plus grand nombre durant la pandémie, bien, ces patients-là, ça va prendre plusieurs mois, voire plusieurs années, pour s'en sortir. Donc, il faut assurer le suivi de cette clientèle-là, insiste le médecin.

Un constat que partage Sylvie Barma. Les conditions socio-sanitaires s'améliorent. On le voit avec l’abandon du port du masque et tout ça, mais je pense quand même que ça va leur prendre quelques années avant de retrouver une certaine normalité. Donc, ils vont avoir besoin du soutien de leurs parents et de leurs enseignants, fait valoir la professeure.

Avec la collaboration de Sandra Lalancette, d’Alain Rochefort et de Marie-Claire Giffard

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