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Un groupe d’Ottawa aide des étudiants victimes de racisme à fuir la guerre en Ukraine

Des réfugiés africains.

Des réfugiés de différents pays d'Afrique, du Moyen-Orient et de l'Inde ont été aperçus au poste frontalier piétonnier de Medyka en train de fuir le conflit en Ukraine.

Photo : afp via getty images / WOJTEK RADWANSKI

Radio-Canada

La crise humanitaire qui sévit en Ukraine force l’évacuation de milliers de personnes dans les pays voisins, mais ce ne sont pas tous les ressortissants qui sont autorisés à franchir les frontières pour se mettre en sécurité. Des étudiants d’origine africaine se plaignent de s’être fait refuser le passage en raison de la couleur de leur peau.

Mukudzei Makurira, un étudiant en médecine dentaire originaire du Zimbabwe, relate son passage de l’Ukraine à la Roumanie, il y a deux semaines, qu'il associe à un véritable film d’horreur.

Coincé à la frontière du côté de l’Ukraine pendant huit heures, après avoir été forcé de fuir la ville où il étudie, Mukudzei dit avoir craint pour sa vie quand des agents frontaliers ukrainiens lui ont barré la route sans raison apparente, autre que celle qu’il était noir.

Un jeune homme noir regarde droit devant lui.

Mukudzei Makurira, un étudiant en médecine dentaire originaire du Zimbabwe

Photo : Radio-Canada

Des soldats ukrainiens ont tiré dans les airs et ensuite près de nos pieds. Ils nous ont crié de nous baisser et de nous en aller, raconte l’étudiant, encore sous le coup de l’émotion.

Je me suis retrouvé sous la menace d’une arme, et à ce moment je me suis dit que c'était probablement la fin. Je ne pouvais même pas pleurer, tellement j’étais tétanisé.

« J'ai encore des crises de panique rien qu’à y penser. »

— Une citation de  Mukudzei Makurira, étudiant du Zimbabwe

Mukudzei raconte qu’ils étaient des centaines de personnes d’origine africaine à attendre la permission d'embarquer dans un train pour traverser du côté de la Roumanie, mais que les agents frontaliers donnaient le droit de passage seulement aux Ukrainiens.

On voyait les Ukrainiens qui traversaient, ils passaient sans problème, tandis que nous, on attendait, décrit Mukudzei.

Des réfugiés africains.

Des réfugiés de différents pays d'Afrique, du Moyen-Orient et de l'Inde ont été aperçus au poste frontalier piétonnier de Medyka en train de fuir le conflit en Ukraine.

Photo : afp via getty images / WOJTEK RADWANSKI

Pendant ce temps, les gens étaient paniqués et craignaient pour leur vie. Ils étaient frustrés et ils avaient faim, poursuit le jeune, qui a le souvenir d’une bousculade.

C’était l'expérience la plus traumatisante de ma vie, confie celui qui a finalement trouvé refuge à Bucarest. Quand je suis arrivé, j’étais fatigué. J’avais froid…

Je ne dis pas que les Ukrainiens sont racistes, dit-il avec du recul. Mais à ce moment-là, les autorités ont certainement fait preuve de racisme.

Un journaliste regarde la caméra pour une photo.

Le président de la Coalition des Noir.e.s francophones de l’Ontario, Jean-Marie Vianney

Photo : Gracieuseté de Jean-Marie Vianney / Petr Maur

Des dizaines de témoignages

Plusieurs rapports font état de comportements racistes de la part des agents frontaliers ukrainiens envers les personnes de couleur. Des dizaines de vidéos ont déclenché l’indignation sur les réseaux sociaux.

Des appels se sont multipliés, au cours des derniers jours, pour demander aux autorités de faire preuve de compassion envers les minorités visibles qui tentent elles aussi de fuir l’Ukraine.

« Ça vient chercher chez moi la fragilité de l’humain. »

— Une citation de  Jean-Marie Vianney, membre de l’Association afro-canadienne d’Ottawa et président de la Coalition des Noir.e.s francophones de l’Ontario

Dans la capitale, l’Association afro-canadienne d’Ottawa tente à sa façon d'aider ces étudiants.

On leur apporte du soutien. Ça peut être financier ou simplement un réconfort. On prend contact avec ceux qui sont proches d’eux et on essaye de voir comment on peut les faire sortir, explique un porte-parole, Jean-Marie Vianney.

L’organisme a déjà amassé près de 80 000 $ en dons. Cet argent sert avant tout à aider ces étudiants à payer les frais de déplacement, d'hôtel, de nourriture et de vêtements chauds.

Un homme regarde droit devant lui.

Godlove Ngwafusi, porte-parole de l'Association afro-canadienne d'Ottawa

Photo : Radio-Canada

Accueillir ces étudiants au Canada

L’Association fait aussi pression auprès des élus fédéraux pour que le Canada considère ces étudiants comme des réfugiés de l’Ukraine.

Je me demande pourquoi [ne] pas les faire venir ici comme on en a fait venir d'autres. Les Syriens sont venus rapidement, pourquoi [ne] pas faire la même chose avec les ressortissants africains?, se demande Godlove Ngwafusi, un autre porte-parole de l'Association afro-canadienne d'Ottawa.

« Pas besoin d'attendre les visas. C’est une catastrophe, c’est une évidence! »

— Une citation de  Godlove Ngwafusi, porte-parole de l'Association afro-canadienne d'Ottawa

Est-ce qu’on ne peut pas profiter de faire d’une pierre deux coups?, renchérit Jean-Marie Vianney.

Avoir l’option de les recevoir ici parce que ce sont des gens qui vont à l’école, ce sont des intellectuels qui ont une compétence académique. Ils sont dans un contexte dans lequel on pourrait transférer leurs compétences [au Canada], soutient-il.

En attendant, l'organisme cherche un moyen de faire sortir ces étudiants le plus vite possible de l’Ukraine, c’est une question de vie ou de mort, soutient Godlove.

Nous ne sommes pas sur place, c’est un peu difficile de coordonner certaines choses à distance, admet Vianney.

L’organisme enverra donc deux représentants en Pologne pour mieux coordonner ses efforts et distribuer les dons qu’il recevra lors de sa collecte de fonds qui aura lieu samedi, entre 15 h et 17 h au 40, chemin Colonnade dans le secteur de Nepean.

Avec les informations de CBC et de Nafi Alibert

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