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L’ambassadrice américaine à l’ONU accuse la Russie de « crimes de guerre »

Un homme tient un enfant, une maison en feu en arrière-plan.

Un homme et son enfant fuient la ville d'Irpin, en banlieue de Kiev, en proie à des bombardements.

Photo : Reuters / CARLOS BARRIA

Si la Maison-Blanche continue de veiller précautionneusement à ne pas accuser la Russie de crimes de guerre, l'ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, a pourtant franchi ce pas.

C'est une question qu'on nous pose chaque jour, et nous travaillons avec d'autres [acteurs] de la communauté internationale pour documenter les crimes que commettent les Russes contre la population ukrainienne, a répondu jeudi la diplomate à un journaliste du diffuseur public britannique BBC qui lui demandait d'entrée de jeu si Moscou était coupable de crimes de guerre.

Bombardements d'hôpitaux, d'ambulances et d'écoles, civils et infrastructures de plus en plus visés par des frappes disproportionnées, non-respect des couloirs humanitaires : les allégations de crimes de guerre commis par les troupes de Vladimir Poutine se multiplient.

Mercredi, par exemple, l'armée russe a bombardé l'hôpital pour enfants de la ville assiégée de Marioupol, faisant trois morts, dont une fillette, dans le sud de l'Ukraine, et suscitant l'indignation de la communauté internationale. Une frappe reconnue par Moscou, qui a cependant prétendu que l'hôpital servait de base à un bataillon ukrainien ultraradical.

Linda Thomas-Greenfield, assise à une table sur laquelle se trouvent une plaque au nom des États-Unis et un micro, prend la parole.

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité, le 4 mars, un peu plus d'une semaine après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Photo : Reuters / CARLO ALLEGRI

Transgression involontaire ou non de la ligne officielle des États-Unis, Mme Thomas-Greenfield, une diplomate de carrière qui cumule des décennies d'expérience, s'est avancée davantage que le département d'État et l'administration dont elle fait partie.

Mme Thomas-Greenfield n'est pas qu'un des visages les plus importants du département d'État; le président Joe Biden l'a également élevée au rang de membre du Cabinet.

« Ce sont des crimes de guerre. Ce sont des attaques contre les civils qui ne peuvent être justifiées en aucune, aucune façon. »

— Une citation de  Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice américaine à l'ONU

Je vois encore des images d'une femme enceinte, en sang, se faire sortir d'un hôpital, des gens crier, des enfants pleurer. C'est scandaleux, a-t-elle dit.

Une femme est évacuée sur une civière par des hommes au milieu de décombres.

Une femme enceinte blessée est évacuée de l'hôpital pédiatrique de Marioupol.

Photo : La Presse canadienne / AP/Evgeniy Maloletka

Comme elle l'a fait jusqu'ici, l'administration Biden, contrairement à d'autres dirigeants étrangers, a pourtant continué d'adopter un ton prudent, jeudi.

Le fait est que nous avons vu des rapports très crédibles d'attaques délibérées contre des civils, ce qui, selon les conventions de Genève, constituerait un crime de guerre, a déclaré en point de presse le porte-parole du département d'État Ned Price, usant toujours du conditionnel et faisant écho aux propos formulés dimanche par le secrétaire d'État Antony Blinken.

En visite en Europe de l'Est, où elle a rencontré le président polonais Andrzej Duda, la vice-présidente Kamala Harris a pour sa part dénoncé les atrocités commises par la Russie, se contentant cependant d'afficher l'appui des États-Unis à une enquête sur d'éventuels crimes de guerre.

Absolument, il devrait y avoir une enquête, et nous devrions tous surveiller [la situation], a-t-elle répondu à une journaliste polonaise, notant que les Nations unies avaient déjà amorcé un processus d'examen des allégations.

La semaine dernière, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a en effet approuvé une résolution en faveur d’une commission d’enquête internationale sur les violations des droits de la personne et du droit humanitaire en Ukraine après l’offensive lancée par son voisin russe.

Dans son entrevue à la BBC, Mme Thomas-Greenfield a dit ne pouvoir prédire comment seraient jugés les actes de la Russie. Ce qui est important, c'est que nous rassemblions les preuves et qu'elles soient prêtes et disponibles à être utilisées, a-t-elle affirmé.

D'autres pays ont déjà tranché. Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, et le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, par exemple, ont dénoncé des crimes de guerre après l'attaque de Marioupol.

Ce que nous avons déjà vu de la part du régime de Vladimir Poutine dans l'utilisation des munitions qu'il a déjà larguées sur des civils innocents peut, selon moi, être considéré comme un crime de guerre, avait également soutenu devant le Parlement britannique le premier ministre Boris Johnson dès la semaine dernière.

Une vue que partage par exemple le président polonais. Il est évident pour nous qu'en Ukraine, les Russes commettent des crimes de guerre, a-t-il déclaré aux côtés de Kamala Harris.

Un dossier devant la CPI et d'autres instances

La façon dont Moscou conduit son offensive est dans la mire d'autres instances pénales nationales et internationales.

Le 2 mars dernier, à peine six jours après le début de l'invasion de la Russie en Ukraine, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, a officiellement annoncé « l'ouverture immédiate » d'une enquête sur de possibles crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par Moscou.

Dans son annonce, il a cependant plus sobrement parlé de la situation en Ukraine, plutôt que de citer nommément la Russie.

Son initiative fait suite à des demandes en ce sens effectuées par 39 États membres de la juridiction basée à La Haye, aux Pays-Bas, dont le Canada, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et la Suisse, un État connu pour sa neutralité.

M. Khan a évoqué une base raisonnable pour croire que des crimes relevant de la compétence de la Cour avaient été commis, et avait identifié des éléments potentiels qui seraient recevables.

Les justices allemande et espagnole, selon le principe de compétence universelle, ont elles aussi ouvert une enquête sur de possibles crimes de guerre par les troupes russes.

Les organisations de défense des droits de la personne, comme Human Rights Watch et Amnistie internationale, ont dit avoir documenté de sérieuses violations des lois de la guerre par Moscou, entre autres le recours à des bombes à sous-munitions, interdites par la convention d'Oslo, et à des armes thermobariques, prohibées par la convention de Genève.

Selon le décompte publié dans la journée par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, l'offensive russe a tué au moins 549 civils et en a blessé au moins 957. L'organisme a toutefois averti que le bilan réel était probablement nettement plus élevé.

Dans son bilan le plus récent, le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) indique pour sa part que 2,3 millions de civils ont fui les combats en Ukraine. La moitié d'entre eux, souligne l'UNICEF, sont des enfants.

L'Organisation mondiale de la santé dit par ailleurs avoir confirmé 24 attaques contre des hôpitaux et d'autres cibles sanitaires.

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