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Qu’y a-t-il à tirer de positif deux ans après le début de la pandémie?

Cette crise a aussi eu des effets positifs bien au-delà des arcs-en-ciel affichés aux fenêtres.

Le mont Richardson dans le parc national de la Gaspésie.

Changements de vie, découverte du Québec et du plein air, télétravail... La pandémie aura eu quelques effets positifs malgré tout (archives).

Photo : Radio-Canada / Léa Beauchesne

Pour la plupart des gens, les deux dernières années ont été très éprouvantes. La COVID-19 a mis nos vies sens dessus dessous, a apporté son lot de drames et a suscité de petits et de grands désespoirs. Pourtant, le coronavirus a aussi entraîné des changements positifs dans nos habitudes de vie et de consommation.

Malgré la hausse du nombre de cas d’anxiété et de dépression dans la population depuis le début de la pandémie, les gens sont nombreux à pouvoir nommer des éléments positifs qui ressortent de cette épreuve, affirme Danielle Maltais, professeure titulaire en travail social à l’UQAC et titulaire de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience.

Cette chercheuse qui s’est intéressée par le passé à d’autres événements traumatiques, notamment la catastrophe de Lac-Mégantic et la crise du verglas de 1998, a mené une étude sur les effets positifs de la pandémie conjointement avec la professeure Christiane Bergeron-Leclerc.

Une femme qui porte un masque est assise dans un autobus et regarde le photographe à travers la fenêtre.

Cette étude a été réalisée auprès de membres du personnel et d’étudiants de toutes les composantes de l'Université du Québec (UQ), mais ses résultats trouvent beaucoup d’échos dans la population en général, soutient la chercheuse Danielle Maltais (archives).

Photo : Radio-Canada / Doug Hamilton

Même si Mme Maltais convient que ces répercussions sont nécessairement moins tangibles chez les gens plus vulnérables, elle affirme que, de manière générale, voir le positif dans le négatif donne de l’espoir et demeure une stratégie d’adaptation pour mieux surmonter une crise.

Lorsqu'on est victime d’une catastrophe comme la pandémie, on remet en question ses priorités dans la vie. On sait par exemple qu'on peut mourir tout d’un coup, qu'on peut tout perdre tout d’un coup, ce qui fait en sorte que, souvent, les gens vont se tourner vers ce qui est le plus important, par exemple les membres de leur famille ou leurs proches.

« Dans toutes les catastrophes que j’ai étudiées, au bout d’un certain temps, les gens sont capables de dégager les effets positifs, bien qu’ils puissent souffrir de problèmes de santé mentale. »

— Une citation de  Danielle Maltais, professeure titulaire de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience
Deux travailleuses de la santé se font un câlin. Elles portent des gants et un couvre-visage.

Le réseau de la santé a été fortement éprouvé par la pandémie (archives).

Photo : Getty Images / Tempura

Ces effets positifs peuvent être reliés non seulement à l’appréciation de la vie et à la force personnelle mais aussi – et tout particulièrement dans le cadre de cette étude – aux relations avec les autres et aux nouvelles possibilités.


Les relations essentielles

Nombreux sont ceux qui le soulignent : la pandémie les a poussés à se rapprocher des personnes les plus significatives pour eux, à s’accorder plus de temps pour la famille, les enfants et les amis proches quand les assouplissements des mesures sanitaires l’ont permis... Le caractère essentiel de nos relations avec les autres s'est révélé dans toute son évidence pendant la pandémie.

Jacqueline, 91 ans, soulève son arrière-petit-fils dans ses bras.

La pandémie nous a fait prendre conscience de l'importance cruciale de nos liens avec nos proches (archives).

Photo : Radio-Canada

Auprès des personnes interrogées au cours de son étude, la professeure Danielle Maltais a noté non seulement une plus grande ouverture aux autres mais aussi une plus grande disposition à chercher du soutien. Les gens ont demandé de l’aide pendant la pandémie et ils étaient aussi plus disponibles pour aider leurs proches, souligne-t-elle. Plusieurs ont aussi trouvé du réconfort en adoptant un animal de compagnie.


Prendre le temps

Cultiver de nouvelles passions, se lancer dans des projets de rénovations, réorienter ses priorités ou se réinventer... Les périodes successives de confinement, l’avènement du télétravail et les fermetures répétées d’une foule de lieux de loisirs, de sports et de restauration ont soudainement dégagé beaucoup plus de temps au quotidien. Du temps pour réfléchir et pour explorer de nouvelles possibilités.

Un homme peint un mur.

Des entrepreneurs professionnels aux bricoleurs, la pandémie a suscité un essor dans le domaine des rénovations domiciliaires (archives).

Photo : CBC/Oliver Walters

Avec la diminution du temps consacré aux déplacements, [les gens] ont pu commencer une nouvelle activité, ils ont eu plus de temps pour profiter de l’extérieur. Changer ses habitudes de vie, mieux dormir et moins consommer sont aussi des éléments positifs qui sont ressortis [de notre étude], illustre Danielle Maltais.


Travailler en coton ouaté

Il aura fallu une pandémie pour faire prendre conscience à de nombreux employeurs et salariés que le télétravail était non seulement possible mais même avantageux. Si plusieurs ont hâte de retrouver leurs collègues et leur milieu de travail, d’autres apprécient, au-delà du fait de pouvoir porter des vêtements mous au quotidien, la possibilité d’avoir plus de temps et d'être plus concentrés grâce au boulot à partir de la maison.

Un homme est assis devant son ordinateur à la maison. Il y a une plante à l'avant-plan.

Alex Fortin est en télétravail depuis le début de la pandémie. Il a hâte de retourner travailler sur place, au bureau.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

Selon Statistique Canada, 39 % des emplois au pays peuvent être exercés à partir de la maison. Plus de 90 % des nouveaux télétravailleurs ont d’ailleurs déclaré être aussi productifs à domicile qu’au bureau et 80 % d’entre eux souhaiteraient travailler à mi-temps à partir de la maison une fois que la pandémie sera chose du passé. Le télétravail a également un effet non négligeable en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre des ménages.


Nouvel éden en région

Prêts à un changement de vie et désireux de se rapprocher de la nature et des grands espaces, de nombreux citadins se sont décidés à plier bagage. La pandémie semble avoir devancé les projets de plusieurs personnes, prises d’une sorte d’urgence de vivre, comme l’a illustré Catherine Miousse, de Stratégie Vivre, en Gaspésie. Les plus récents bilans migratoires ont démontré que plusieurs régions ont fait des gains au détriment des grands centres, un phénomène auquel le télétravail n’est pas étranger.

Une femme marche avec son chien sur la plage sablonneuse de Cap-aux-Os.

1378 personnes se sont installées en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine entre juillet 2020 et juin 2021, le double de ce qui avait été observé l’année précédente (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Si les plus fortes hausses ont été observées dans les secteurs périphériques des grandes villes, certaines régions comme le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine n’ont jamais connu un solde migratoire aussi élevé au cours des deux dernières décennies. Seules trois régions rurales, dont la Côte-Nord, ont observé un solde migratoire interrégional négatif. La Côte-Nord a tout de même enregistré une des baisses les plus faibles depuis les dernières années.


Touristes chez soi

Compte tenu de la fermeture des frontières et de l’incertitude où a baigné l’industrie touristique à l’échelle mondiale, la majorité des Québécois ont pris leurs vacances dans la Belle Province. Plusieurs ont découvert des régions qu’ils n’auraient jamais songé à visiter et ont pu contribuer à la relance du secteur en l’absence de touristes internationaux. Les vacanciers ont notamment afflué dans l’Est-du-Québec.

Une chute coule entre des arbres.

Tourisme en Minganie (archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

La Gaspésie, par exemple, a accueilli plus de 500 000 visiteurs l’été dernier, battant tous les records. L’été 2021 a également été un des plus achalandés des dix dernières années au Bas-Saint-Laurent.

Les secteurs de Duplessis et de Manicouagan, sur la Côte-Nord, ont respectivement connu une hausse de 80,9 % et de 73 % du nombre de visiteurs dans les lieux d'accueil et de renseignements touristiques entre 2019 et 2021, selon le ministère du Tourisme. On a aussi observé, dans le secteur de Duplessis, une augmentation de 11,2 % de l’occupation dans les établissements d’hébergement touristique au cours de la même période.


Le plein air salvateur

Les gestionnaires de parcs et les commerces qui vendent de l’équipement de plein air vous le confirmeront : l’engouement pour les activités extérieures est tout particulièrement marqué depuis le début de la pandémie. Une foule de personnes ont trouvé un exutoire dans la nature. Certains fréquentaient déjà les sites de plein air, d’autres les ont découverts. Organiser une activité extérieure a aussi été, parfois, le seul moyen de voir des amis ou des proches en dehors de la bulle familiale.

Coucher de soleil vu d'un kayak sur le fleuve Saint-Laurent.

Les activités de plein air ont connu un grand engouement depuis deux ans (archives).

Photo : Radio-Canada / Sandra Fillion

Selon un sondage mené par Rando Québec auprès de 75 gestionnaires de sentiers, l’augmentation de l’achalandage sur les sentiers entre 2019 et 2021 s'élève à près de 63 %. La majorité d’entre eux ont également noté que beaucoup plus de randonneurs débutants, de familles et de jeunes adultes fréquentent maintenant les sentiers, ce qui entraîne aussi des défis en matière d’éducation et de sensibilisation.


Les achats bleus

La crise pandémique nous a aussi fait prendre conscience de notre dépendance au marché international, notamment pour l’achat de biens essentiels et d’équipements de protection. Les appels se sont multipliés pour encourager l’économie locale; malgré les ratés du Panier bleu lancé par le gouvernement, les consommateurs et les entrepreneurs ont été sensibilisés à cette question de taille au moment où tous les secteurs économiques subissaient les conséquences des restrictions sanitaires et de l’instabilité des marchés. Ils ont été nombreux à s’intéresser à l’autonomie alimentaire en créant un potager (Nouvelle fenêtre) ou en s’abonnant à un panier de légumes chez le maraîcher du coin.

Des kiosques de marchandises attirent de nombreux clients.

Le succès des marchés publics ne se dément pas d'année en année (archives).

Photo : Radio-Canada / Sébastien Ross

La Fédération des chambres de commerce du Québec souligne que la pandémie a accéléré la transformation des modèles d’affaires de certaines entreprises vers le commerce en ligne, ce qui a donc rendu plus accessibles leurs produits ou leurs services auprès de la population. Les entreprises ont cherché à recourir davantage à des chaînes d’approvisionnement locales et à trouver des solutions dans l’économie circulaire au moment où les chaînes d’approvisionnement à l’international accusaient de sérieux retards dans plusieurs secteurs.


Le livre comme rempart

L'ensemble du monde culturel a énormément souffert des mesures sanitaires imposées pour freiner la pandémie, mais le milieu du livre, lui, en a grandement bénéficié. Si les gens ont dû se replier sur eux-mêmes et s’isoler, les livres les ont souvent accompagnés et leur ont offert un moyen de s’évader quand tout était fermé. Entre 2019 et 2021, les ventes au grand public dans les librairies ont augmenté de 30,6 %, selon l’Association des libraires du Québec. Ce sont des chiffres vraiment spectaculaires. Tout le milieu du livre se disait [avant la pandémie] que les chiffres de ventes diminuaient au fil des ans et qu’on manquait de lectorats au Québec, affirme Katherine Fafard, directrice générale de l’association.

Des gens dans une librairie.

Les ventes totales dans les librairies ont augmenté de 16,3 % entre 2020 et 2021 d'après les données de la Banque de titres de langue française (archives).

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soarès

Les librairies indépendantes ont vu de nouveaux clients franchir leurs portes. Quant aux lecteurs occasionnels, ils sont devenus assidus et encore plus friands de livres québécois. La littérature québécoise a été le chouchou, l’appel à l’achat local par le gouvernement a été entendu, soutient Mme Fafard. Seize nouvelles librairies ont également vu le jour, dont une aux Îles-de-la-Madeleine et une à Percé, contre sept fermetures, entre 2019 et 2021.

Il reste à voir si ces aspects positifs perdureront dans le temps alors que la société semble se diriger tranquillement vers une sortie de pandémie et que les répercussions d'une autre crise, l'invasion de la Russie en Ukraine, se font déjà sentir au quotidien.

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