•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Qu’est-ce que les Autochtones attendent des rencontres avec le pape?

Vue du Vatican

Les Premières Nations veulent notamment aborder avec le pape les découvertes de tombes non marquées sur des sites d'anciens pensionnats pour Autochtones.

Photo : iStock

Une délégation d'Autochtones du Canada se rendra au Vatican du 28 mars au 1er avril pour y rencontrer le souverain pontife. Selon l'un des membres de cette délégation, Phil Fontaine, « il y a plusieurs problèmes que les Premières Nations veulent aborder avec le pape ».

Chef national de l’Assemblée des Premières Nations de 1997 à 2000 et de 2003 à 2009, Phil Fontaine a déjà rencontré Benoît XVI au Vatican, en 2009. Mais cette prochaine rencontre sera fondamentalement différente, affirme-t-il.

Car, depuis sa dernière entrevue avec le chef de l’Église catholique, il y a un grand nombre de problèmes qui sont maintenant sur la table et qui n'étaient pas présents en 2009.

Par exemple, Phil Fontaine veut parler des récentes découvertes de tombes non marquées, là où se situaient d'anciens pensionnats pour Autochtones. Sur cette question, il compte bien demander au souverain pontife l’accès aux documents de l’Église en lien avec les pensionnats.

Phil Fontaine regarde la caméra, assis dans un fauteuil.

Phil Fontaine pense que la découverte des tombes anonymes à Kamloops, en Colombie-Britannique, a accéléré la rencontre des Autochtones avec le pape. (archives)

Photo : La Presse canadienne / Tijana Martin

Phil Fontaine veut aussi aborder l’importance du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, ainsi que ses appels à l'action. Il veut en particulier souligner l’appel à l'action 58, qui réclame des excuses du pape pour le rôle de l'Église dans le système des pensionnats.

Phil Fontaine s'attend à ce que ces excuses soient présentées en sol canadien. Il ne souhaite donc pas nécessairement qu’elles soient formulées au moment où la délégation sera au Vatican.

« C’est mon opinion personnelle, mais je pense que l’endroit le plus approprié pour qu’il [le pape] s’excuse, c’est sur nos terres. »

— Une citation de  Phil Fontaine, membre de la délégation des Premières Nations au Vatican

Il ajoute toutefois que, si le pape décide de s’excuser à Rome et de venir ensuite au Canada pour réaffirmer ces excuses, personne ne sera déçu. Cela soulignera l’importance des excuses.

Phil Fontaine assure également qu’il y a de sérieuses discussions pour convaincre le Saint-Père de renoncer à la doctrine de la découverte, utilisée dans le passé par les Européens pour justifier l’annexion des territoires autochtones.

Des lettres à l'attention du pape

Pour sa part, le Ralliement national des Métis (RNM) veut profiter de cette rencontre avec le pape pour lui parler de l'identité métisse. Nous voulons lui raconter l'histoire de nos communautés, lui dire qui sont les Métis, comment étaient nos communautés avant la colonisation et avant les pensionnats, explique la présidente du RNM, Cassidy Caron.

Elle entend raconter au pape les histoires vécues par des survivants de pensionnats, en soulignant notamment le traumatisme intergénérationnel qui pèse aujourd’hui sur nos familles et nos communautés, dit-elle.

À cet égard, la délégation métisse a proposé à tous les survivants de pensionnats qui le souhaitent de raconter leur histoire dans des lettres qui seront transmises au souverain pontife le 28 mars prochain. Ainsi, le pape n’aura pas uniquement les histoires des délégués présents à cette rencontre, mais le témoignage de l’ensemble de la communauté.

Portrait de Cassidy Caron.

Cassidy Caron veut aborder avec le pape l'identité des peuples métis.

Photo : Ralliement national des Métis / David Stobbe

Cassidy Caron estime toutefois que le temps qui leur est accordé avec le pape n’est pas assez long. Nous n'avons qu’une heure avec lui, incluant notre message, mais aussi sa réponse. Une heure, ce n’est pas assez pour raconter les témoignages des nations métisses.

C’est d'autant plus vrai que la présidente du RNM voulait aussi aborder avec le pape la question de la réconciliation avec le pape. Nous espérons vraiment voir des suites de la part du Vatican et de la Conférence des évêques catholiques du Canada, pour engager des actions qui aideront nos communautés à guérir et à se reconstruire.

À ce propos, Mme Caron rejette l’idée que le pape présente des excuses au Vatican pour le rôle de l’Église dans les pensionnats. Des excuses à la délégation au Vatican ne sont clairement pas acceptables, car très peu d'Autochtones seront présents, dit-elle.

Elle ajoute que les Autochtones veulent des réponses aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, qui souligne que les excuses doivent se faire en territoire canadien pour les familles et les survivants des pensionnats.

La présidente du Ralliement national des Métis signale par ailleurs que cet échange avec le chef de l'Église catholique n’est qu’une étape vers la réconciliation. Nous voulons surtout nous consacrer aux suites de cette rencontre, insiste-t-elle.

« Le succès viendra dans les étapes qui suivront cette rencontre avec le pape. »

— Une citation de  Cassidy Caron, présidente du Ralliement national des Métis

Enfin, le Ralliement national des Métis aimerait évoquer avec le pape son voyage au Canada, prévu dans le courant de l’année 2022. Nous lui dirons quelles sont nos attentes par rapport à sa venue, et parmi elles, nous espérons qu’il s’excusera lorsqu'il viendra.

L'enthousiasme d'un évêque

Du côté des évêques catholiques, l’archevêque de Regina, Donald Bolen, dit avoir hâte de participer à cette rencontre et estime que c’est un privilège pour lui de faire partie de cette délégation.

Il espère que les Autochtones parleront avec leur cœur de leur expérience et de leurs souffrances.

Monseigneur Donald Bolen face à la caméra lors d'une entrevue.

L'archevêque Donald Bolen a lancé plusieurs initiatives en faveur de la réconciliation avec les Autochtones de son diocèse.

Photo : Radio-Canada

« Je pense que le pape parlera avec son cœur, qui est ouvert aux peuples autochtones. »

— Une citation de  Donald Bolen, archevêque de Regina

Donald Bolen pense aussi que cet échange avec le pape peut être l’occasion pour les Autochtones non seulement de parler de leurs difficultés, mais aussi de contribuer à la société de façon plus large.

Quant à savoir si le souverain pontife va présenter des excuses pour le rôle de l’Église dans les pensionnats, l’archevêque de Regina estime que les évêques n'ont pas à lui dicter ce qu’il doit dire.

On n’écrit pas un message pour le pape, c’est lui qui va parler, déclare Donald Bolen, qui rappelle toutefois que le pape François a présenté des excuses à d'autres occasions.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !