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Les 100 000 photos de Gabor Szilasi, rescapé du nazisme et du communisme

Le photographe Gabor Szilasi devant un mur de brique à l'extérieur.

Le photographe Gabor Szilasi, doyen des photographes du Canada, est un véritable exemple de résilience.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Belhumeur

Radio-Canada

Avec son corpus de plus de 100 000 photographies, le photographe d’origine hongroise Gabor Szilasi a immortalisé sa vie extraordinaire, mais aussi des événements marquants comme Expo 67 au Québec ou la révolte anticommuniste dans son pays natal. Les grands entretiens diffusera ce soir une entrevue qu’il a accordée au journaliste Stéphane Leclair.

Le photographe et documentariste Gabor Szilasi est né le 3 février 1928 à Budapest, en Hongrie. À l’âge de 94 ans, il est aujourd’hui considéré comme le doyen des photographes du Canada. Ses œuvres, exposées dans le monde entier, figurent également dans de nombreuses collections publiques et d’entreprises.

M. Szilasi a immigré au Canada en 1957, s’installant à Montréal après de courts séjours en Nouvelle-Écosse et à Québec. Il a obtenu sa citoyenneté canadienne en septembre 1964, année de naissance de sa fille Andrea.

Il a notamment travaillé comme photographe à l’Office du film du Québec, couvrant un vaste éventail de sujets de 1959 à 1971, puis comme professeur de photographie à l’Université Concordia.

Une enfance marquée par la mort

Alors que Gabor Szilasi était toujours enfant, son pays natal a basculé sous l’occupation nazie, ce qui a changé la trajectoire de l’homme. J’avais une enfance très heureuse, mais ma famille et mes parents étaient d’origine juive. À cause de l’antisémitisme en Hongrie, ils se sont convertis à la religion protestante luthérienne, explique-t-il.

Quand les Allemands sont entrés à Budapest, même en étant évangéliste, il fallait que je porte l’étoile jaune de David sur mon manteau. C’est là que ça a commencé à être de plus en plus difficile.

Quelque temps plus tard, sa mère a été tuée dans une chambre à gaz d’un camp de concentration. J’avais aussi une sœur qui est morte à l’âge de 9 ans. Elle avait une espèce de tuberculose dans tout son corps. Et mon frère est décédé après la libération, en 1945, d’une infection dans la poitrine, explique le photographe.

Il aurait pu être sauvé par la pénicilline, qui est arrivée deux semaines après sa mort. Alors mon père a perdu sa fille, puis sa femme, et après, son fils. J’étais le seul à être resté vivant.

Du nazisme au communisme

Après le nazisme de Hitler, la Hongrie a dû composer avec le communisme de Staline. Après la guerre, les Russes sont entrés à Budapest et nous ont libérés. Ils ont [d’abord] laissé l’économie fleurir un peu, mais après, c’était vraiment un communisme oppressif. Je ne pouvais pas tolérer ça, explique Gabor Szilasi.

Le jeune homme a alors tenté de quitter la Hongrie en 1949, mais s’est fait attraper à la frontière et jeter en prison. Cet espoir d’une vie meilleure lui aura coûté cinq mois de sa vie, mais aussi ses études en médecine.

En sortant de prison, j’étais considéré comme un ennemi de l’État [pour avoir tenté] de quitter le pays illégalement. J’avais commencé des études de médecine en 1947, mais je n’ai pas pu y retourner, explique-t-il.

Ses débuts comme photographe

Gabor Szilasi rêvait d’être chirurgien, mais au début des années 1950, il s’est découvert une passion pour la photographie alors qu’il apprenait le français à l’Alliance française de Budapest. C’est là qu’il s’est familiarisé avec cet art, découvrant dans des livres le travail d’Henri Cartier-Bresson et d’André Kertész.

Muni d’un petit appareil photo russe Zorki acheté en 1952, il a commencé à photographier chaque moment de son existence. C’est avec cet appareil, qu’il a toujours en sa possession, qu’il a immortalisé le soulèvement populaire hongrois contre le régime communiste en novembre 1956.

C’est aussi à cette époque qu’il a décidé avec son père de quitter définitivement la Hongrie. Ce dernier emportera d’ailleurs avec lui les négatifs des premières photos de Gabor, les cachant dans la couche du bébé d’une femme qui les accompagnait.

Un homme et une femme sont sur une motocyclette en marche.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une photo croquée par Gabor Szilasi près du lac Balaton, en Hongrie, en 1954

Photo : Musée des beaux-arts du Canada / Gabor Szilasi

Le Québec rural et Expo 67

Peu après son arrivée au Canada, Gabor Szilasi s’est installé à Montréal en 1959. Il s’est lié d’amitié avec l’artiste canadienne Doreen Lindsay, avec qui il s’est marié en 1962 et a eu une fille, Andrea, en 1964.

Pendant 12 ans, il a travaillé pour l’Office du film du Québec, photographiant entre autres les chantiers en construction de l'Exposition universelle de 1967. C’est aussi à cette époque qu’il est tombé amoureux des régions rurales du Québec, réalisant notamment en 1970 une magnifique série de photos dans Charlevoix, à L’Isle-aux-Coudres.

En Hongrie, je ne suis pas tellement sorti dans les régions rurales. Je n’avais jamais voyagé parmi les cultivateurs [...] Je trouvais ça très intéressant de me familiariser avec les paysans [du Québec], explique-t-il.

Si d’autres photographes comme l’Américain Ansel Adams sont reconnus pour leurs photos de paysages, c’est plutôt l’humain dans la nature qui intéresse Gabor Szilasi : J’ai beaucoup admiré [les] photos d’[Ansel Adams], mais c’est vraiment l’être humain qui m’intéressait; son environnement, sa maison, ses intérieurs, son travail.

Photo d'une femme âgée dans sa chambre à coucher en 1970.

Mme Alexis (Marie) Tremblay dans sa chambre à coucher à L’Isle-aux-Coudres, en 1970

Photo : Compagnon des arts et des lettres du Québec / Gabor Szilasi

L’être humain au cœur de l’œuvre de Gabor Szilasi

Ce désir de placer les personnes en chair et en os au centre de ses compositions a teinté toute la carrière de Gabor Szilasi, que ce soit Leonard Cohen, croqué sur le vif en 1967, ou la communauté arabe du quartier Saint-Michel.

Mais pour réussir à entrer dans l’intimité des gens, le photographe affirme qu’il prend son temps; il n’aime pas s’imposer. Il est assez cool, il a un peu de recul. Il ne veut pas altérer la mise en scène. Il va tranquillement et silencieusement prendre ses photos, explique sa fille Andrea, sujet de nombreuses photos de son père, qui a également été interviewée par Stéphane Leclair.

Si quelqu’un ne veut pas être photographié, je ne le force pas. Je pense que c’est important, la relation entre le sujet et le photographe, explique M. Szilasi, qui n’abandonne toutefois pas au premier refus.

Il préfère prendre une approche progressive, comme lorsqu’il a eu à photographier des personnes aux prises avec des troubles psychiatriques pour l’organisme d’art-thérapie Les Impatients.

J’y suis allé une ou deux fois par semaine pendant un an [...] Il y avait toujours une ou deux personnes qui ne voulaient pas être photographiées, explique-t-il. Je leur ai dit : "Aucun problème." Mais quand j’y suis retourné la semaine suivante avec les photos [des autres], [les mêmes personnes] m’ont dit qu’elles voulaient être photographiées.

L’entrevue de Stéphane Leclair avec Gabor Szilasi sera diffusée mercredi à 21 h sur les ondes d’ICI Première, à l’émission Les grands entretiens.

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