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COVID-19 : le Canada reste dépendant de l’étranger pour l’équipement de protection

À peine 30 % des dépenses vont à des entreprises canadiennes.

Une femme revêtue d'un équipement de protection tient une trousse de dépistage et énumère quelque chose.

Des fournisseurs canadiens en équipement de protection individuelle se plaignent de ne pas être suffisamment sollicités par le gouvernement fédéral.

Photo : CBC/Erik White

La grande majorité des masques, des respirateurs N95, des gants, du matériel de dépistage et autre équipement de protection individuelle (EPI) achetés par le gouvernement fédéral continuent de provenir d'entreprises étrangères, selon les informations obtenues par Radio-Canada.

Le gouvernement canadien demeure donc dépendant d’un approvisionnement externe, alors que l’on souligne cette semaine le deuxième anniversaire de la pandémie mondiale.

Pourtant, au début de la crise en mars 2020, le gouvernement fédéral lançait un grand appel à la mobilisation de l’industrie canadienne pour concevoir des produits faits au Canada afin de lutter contre la COVID-19.

L’idée était de réduire la dépendance aux marchés étrangers et de renforcer la capacité de fabrication nationale. Or, cette vision ne s’est pas matérialisée, selon les données obtenues par Radio-Canada.

Une majorité de contrats à l’étranger

Le Canada a signé des contrats d’une valeur de 8 milliards de dollars en EPI de toutes sortes entre mars 2020 et septembre 2021.

Environ 2,5 milliards de dollars de ces contrats ont été attribués à des entreprises canadiennes, soit à peine le tiers des sommes dépensées. Ce qui n’inclut pas les contrats dont la valeur est protégée.

Selon les données obtenues par Radio-Canada, la totalité des lunettes de protection et des gants en vinyle achetés par Ottawa provient d'entreprises étrangères.

De même, 99 % des gants en nitrile, 90 % des masques chirurgicaux et du matériel de dépistage, et 85 % des respirateurs N95 proviennent d'entreprises étrangères.

En fait, si on exclut la catégorie des ventilateurs et accessoires connexes, issus à 92 % du Canada, les contrats d’EPI attribués à des entreprises canadiennes chutent à 18 % des sommes dépensées.

Julie Vignola esquisse un sourire.

Julie Vignola, députée bloquiste de Beauport-Limoilou

Photo : Radio-Canada

C’est inadmissible!, s’exclame la députée bloquiste Julie Vignola.

« Au lieu de favoriser les gens d’affaires d’ici qui ont répondu à l’appel du gouvernement, on continue d’être dépendant de l’étranger. »

— Une citation de  Julie Vignola, députée bloquiste de Beauport-Limoilou

L'autosuffisance en matière d’EPI est très importante, soutient pour sa part le député conservateur Pierre Paul-Hus. Le gouvernement a investi des millions de dollars dans ces entreprises canadiennes, on s’explique mal pourquoi on n’achète pas ce matériel-là chez nous, affirme-t-il.

Acheter les EPI au Canada permettrait d’éviter les délais et les mauvaises surprises, ajoute Julie Vignola. Au début de la crise, on a acheté des masques qui ne répondaient pas du tout aux normes. Quand cela s'est fait ici, les normes sont respectées, souligne-t-elle.

Paul Sweeny, avec des écouteurs.

Paul Sweeny, PDG de l'entreprise SwenCo

Photo : Radio-Canada

Des gens d’affaires canadiens frustrés

Sur le terrain, de nombreux gens d’affaires canadiens qui se sont lancés dans la fabrication d’EPI depuis deux ans ont du mal à cacher leur frustration.

C’est le cas de Paul Sweeny. L’homme d'affaires ontarien a investi 6 millions de dollars et une bonne partie de ses économies afin de répondre à l’appel à la mobilisation d’Ottawa.

Son entreprise, SwenCo, a transformé son usine de chaussures de sécurité de Waterloo pour y fabriquer des masques chirurgicaux. On a fait le grand saut pour servir notre pays, mais nous n’avons pas été récompensés, déplore M. Sweeny

L’ironie, ajoute l’homme d’affaires, c’est que son entreprise a reçu presque 2 millions de dollars du fédéral pour la construction d’une salle stérile certifiée, afin de fabriquer ces masques. Un prêt sans intérêts qu’il doit commencer à rembourser en avril.

Pierre Paul-Hus fixe la caméra.

Pierre Paul-Hus, député du Parti conservateur du Canada

Photo : Radio-Canada

« Le gouvernement fédéral a payé pour construire nos installations, mais il n’achète pas nos masques. Pire, il a donné des contrats à long terme à nos compétiteurs étrangers. »

— Une citation de  Paul Sweeny, PDG de SwenCo

Dans la ville voisine, à Kitchener, l'entreprise O2 a aussi reçu 2 millions de dollars pour concevoir des respirateurs à double filtre. Huit mois plus tard, l'entreprise déclarait faillite, faute de contrats.

C’est comme si la main gauche ne savait pas ce que fait la main droite, critique le conservateur Pierre Paul-Hus. Après avoir investi des millions de dollars, on ne profite pas de notre capacité de production [nationale]. C’est inquiétant pour ces gens d’affaires.

Une industrie inquiète

Selon l’Association des manufacturiers d’EPI du Canada (CAPPEM), plus de la moitié des entreprises canadiennes qui se sont lancées dans la fabrication d'EPI pour répondre à l’appel du gouvernement ont cessé ces activités.

On devait construire une industrie ici pour le long terme, indique le président de CAPPEM Barry Hunt, mais le gouvernement n’a pas contribué au soutien du secteur.

L’autosuffisance n’a pas été atteinte, renchérit la bloquiste Julie Vignola. Le fédéral a dépensé des milliards de dollars pour se ramasser au même point qu’en 2020.

Barry Hunt.

Barry Hunt, président de CAPPEM

Photo : Radio-Canada

Au début de la pandémie, le Canada ne produisait qu’une petite fraction des équipements de protection individuelle dont il allait avoir besoin.

Aujourd’hui, le secteur est en mesure de fabriquer 2 milliards de masques et 600 millions de respirateurs N95, estime Barry Hunt, de CAPPEM.

« Mais une portion infime des contrats de Services publics et Approvisionnement Canada [SPAC] vont à des entreprises canadiennes. Je ne donne pas cher de leur survie. »

— Une citation de  Barry Hunt, président de CAPPEM

Il y a des compagnies qui vont fermer leur porte, et des employés qui seront mis à pied, avertit Paul Sweeny, C’est déjà commencé.

La situation est problématique, selon le conservateur Pierre Paul-Hus. Après avoir investi des centaines de millions de dollars, les entreprises canadiennes attendent des contrats qu'ils ne reçoivent pas, déplore-t-il.

Les tarifs douaniers décriés

Pour accélérer l’arrivée d’EPI au Canada au début de la pandémie, le Canada a levé temporairement la barrière tarifaire de 18 % habituellement imposée à ce genre d'importation. Or, deux ans plus tard, ce tarif douanier n’a toujours pas été rétabli, au grand dam des producteurs d’EPI canadiens.

Au lieu d’aider les entreprises d’ici, le gouvernement continue de faciliter l’importation des produits de nos concurrents, regrette Barry Hunt, président de CAPPEM. Il est temps, selon lui, que le Canada revienne au tarif d’avant la pandémie, afin de favoriser l’approvisionnement national.

Le gouvernement se défend

Pour sa part, le gouvernement Trudeau estime que son appel à la mobilisation a été un succès. Plus de 1000 entreprises canadiennes ont restructuré leurs activités pour produire des EPI, indique par écrit le ministère de Services publics et Approvisionnement Canada.

Le ministère évalue qu’en tenant compte des contrats dont la valeur est protégée, c’est plutôt 40 % des sommes dépensées pour l’achat d’EPI qui sont allées à des entreprises canadiennes.

Le Canada est devenu plus autosuffisant et a réduit le risque de futures ruptures des chaînes d’approvisionnement, estime SPAC.

Cependant, le ministère reconnaît que, même si les contrats ont été accordés à des entreprises canadiennes, certaines d’entre elles produisent quand même leur EPI à l’extérieur du pays.

Le gouvernement s’est procuré plus de 2,5 milliards de dollars d’équipement auprès de fournisseurs canadiens, et à ce stade de la pandémie, la plupart des EPI sont produits au Canada.

Le ministère ajoute qu’il a fait affaire avec des fournisseurs internationaux quand des sources nationales n’existaient pas et qu’à l’avenir, nous allons continuer de soutenir les entreprises canadiennes.

La ministre de Services publics et Approvisionnement Canada, Filomena Tassi, a décliné nos demandes d’entrevue.

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