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Devrait-il y avoir une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine?

Utilisé en Irak, en Bosnie et en Libye, ce type d'opération serait difficile à mettre en oeuvre en Ukraine.

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Les États qui imposent une zone d'exclusion aérienne doivent être prêts à abattre les avions russes dans cette zone.

Photo : Reuters / STRINGER Iraq

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky continue de plaider auprès de la communauté internationale pour imposer une fermeture totale du ciel en ce qui concerne les missiles, les avions et les hélicoptères russes. À ce jour, Washington et l’OTAN refusent cette demande. Pourquoi cette zone est-elle si controversée et serait-elle vraiment utile?

Une zone d'exclusion aérienne est une région de l'espace aérien interdite à certains ou à tous les aéronefs de manière coercitive; ceux qui pénètrent dans cette zone risquent d’être abattus. On veut empêcher un pays d’utiliser des avions de guerre pour attaquer des cibles et des civils au sol.

Il faut toutefois noter qu'il ne suffit pas de déclarer une zone d'exclusion aérienne; il faut qu’elle soit bien définie, établie et maintenue. Cette opération est complexe et délicate, explique Gaston Côté, brigadier-général à la retraite des Forces armées canadiennes.

D'abord, les États qui souhaitent imposer une zone d’exclusion aérienne doivent être prêts à la maintenir pendant toute la durée de la guerre, et ce, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dit M. Côté. De plus, ça prend énormément de moyens pour que cette zone soit effectivement en vigueur.

Selon Steve Day, un ancien commandant de la Deuxième Force opérationnelle interarmées, en entrevue à CBC (Nouvelle fenêtre), il n’y a vraiment qu’une seule nation qui peut imposer une zone d’exclusion aérienne, et c’est les États-Unis. Ils ont la capacité, la technologie et les connaissances.

De plus, il faut rappeler que les défenses aériennes peuvent être situées en Russie, donc leur élimination pourrait nécessiter des frappes sur des cibles situées en territoire russe – un acte qui ferait assurément escalader le conflit.

Justement, voilà le problème le plus important entourant une zone d'exclusion américaine ou de l’OTAN au-dessus de l'Ukraine : elle mènerait à un affrontement militaire direct avec la Russie. Rappelons que le président Poutine a déclaré qu'il considérait l'imposition d'une zone d'exclusion comme un acte de guerre et qu'il a par ailleurs brandi la menace nucléaire.

Détruire un avion russe, c’est un geste hostile, dit M. Côté. Là, on pourrait tomber dans un précipice assez creux. Il faudrait que ça soit une organisation en dehors de l’OTAN [qui mette en place cette zone d’exclusion aérienne] pour éviter une confrontation. Encore faut-il trouver un pays qui accepterait de le faire et un pays d'où les avions pourraient décoller et atterrir, dit-il.

Si aucun pays n’a encore accepté la demande du président Zelensky concernant cette zone, plusieurs pays choisissent plutôt d’envoyer des armes à l’Ukraine, dans l’espoir que les Ukrainiens réussiront à repousser eux-mêmes les troupes russes. D’ailleurs, mardi, le gouvernement polonais a annoncé qu’il était prêt à mettre tous ses avions de chasse Mig-29 à la disposition des États-Unis dans le cadre d’un effort de l’OTAN pour fournir de nouveaux avions de combat aux forces ukrainiennes.

Mais compte tenu du risque très élevé de conflit planétaire, les États-Unis et l’OTAN doivent peser le pour et le contre avant d’imposer une zone d’exclusion aérienne et de devoir abattre des avions russes, dit M. Côté.

D’autant plus que les troupes russes n'ont presque pas utilisé leurs forces aériennes en Ukraine et qu'elles utilisent davantage leur artillerie, leurs roquettes et leurs missiles de croisière et balistiques, rappelle le brigadier-général Côté.

Donc, il n’est pas certain que la simple neutralisation de la puissance aérienne russe serait suffisante pour assurer une victoire militaire de l'Ukraine, affirme M. Côté. Ça s’explique un peu mal, dit-il, en précisant que les missiles russes, qui font des ravages en ce moment en Ukraine, ne seraient pas visés par une exclusion aérienne.

C’est sûr que ça enlèverait un moyen de livraison d’explosifs par les avions russes. Mais est-ce réellement mieux?, ajoute Gaston Côté.

Certains ont suggéré une zone d'exclusion aérienne limitée pour protéger les civils dans des endroits spécifiques de l'Ukraine – notamment au-dessus des couloirs humanitaires.

D’ailleurs un groupe d’une trentaine d'experts en politique étrangère a signé une lettre ouverte demandant ce type d’approche. Ce que nous souhaitons, c'est le déploiement d'avions américains et de l'OTAN, non pas dans le but d'un affrontement avec la Russie, mais pour éviter et dissuader les bombardements russes qui entraîneraient des pertes massives de vies ukrainiennes, écrit le groupe, dans la lettre obtenue par Politico (Nouvelle fenêtre).

Toutefois, il faudrait tout de même énormément de ressources pour imposer une zone d'exclusion limitée et elle comporterait les mêmes risques d'escalade du conflit, selon M. Côté.

Les zones d’exclusion aérienne, peu utilisées dans le passé

Le concept de zone d'exclusion aérienne a été utilisé seulement à quelques reprises. Selon M. Côté, ces opérations n’ont jamais été très efficaces, puisqu'elles sont très complexes et ne peuvent pas arrêter les combats au sol.

Après la guerre du Golfe de 1991, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Turquie ont établi deux zones d'exclusion aérienne au-dessus de l'Irak pour protéger les civils, les Kurdes au nord et les chiites au sud, des attaques du gouvernement irakien. Cette action militaire n'a pas été autorisée par les Nations unies. Ces zones ont été imposées de 1991 à 2003, jusqu’à l’invasion de l’Irak. Mais on avait déjà presque anéanti toute la force aérienne de l’Irak. C’était peut-être trop tard, dit M. Côté.

Pendant la guerre de Bosnie, les États-Unis et les alliés de l'OTAN ont imposé une zone d'exclusion aérienne de 1993 à 1995. Le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé les États membres à utiliser toutes les mesures nécessaires pour assurer le respect de l'interdiction des vols. Mais l’utilité de cette mesure a été contestée, notamment puisque les parties au conflit ont continué à commettre des atrocités sur le terrain, y compris le génocide à Srebrenica, qui a fait plus de 8000 morts.

Ensuite, l'intervention militaire de l'OTAN en Libye en 2011 comprenait une zone d'exclusion aérienne. Le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé une intervention pour protéger les civils et a aussi autorisé, en plus d'une zone d'exclusion aérienne, toutes les mesures nécessaires […] pour protéger les civils et les zones peuplées de civils menacées d'attaques. Selon M. Côté, cette zone d'exclusion a réussi à détruire la défense aérienne libyenne, mais a ouvert la voie à des groupes radicaux islamiques au sol qui ont comblé les vides.

Enfin, l'administration Obama a débattu de l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne en Syrie, notamment entre 2015 et 2016, pour protéger les civils et les forces de l'opposition des attaques du gouvernement syrien. Même Hillary Clinton a proposé cette stratégie lors de sa campagne présidentielle en 2016. L'administration américaine n'a jamais mis en œuvre ces propositions.

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