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Et si Ottawa annule le projet pétrolier Bay du Nord?

La nouvelle plateforme extracôtière représente des milliers d’emplois et des milliards en redevances pour Terre-Neuve-et-Labrador. Quelles solutions de rechange existe-t-il pour cette province à la dette écrasante et où l’économie tourne déjà au ralenti?

Steven Guilbeault s'exprimant à un pupitre, à la COP26.

Le ministre fédéral de l'Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a reporté de 40 jours sa décision sur le projet pétrolier Bay du Nord.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Ottawa fera bientôt la fortune ou la ruine du secteur pétrolier de Terre-Neuve-et-Labrador, selon Paul Barnes.

Le directeur régional de l’Association canadienne des producteurs pétroliers explique que l’industrie attend avec impatience la décision du ministre de l’Environnement sur le mégaprojet Bay du Nord.

Travailleurs et cadres du pétrole retiennent leur souffle depuis des mois, en fait. L’Agence d’évaluation d’impact du Canada a donné le feu vert au projet de 6,8 milliards de dollars en août dernier. Mais le ministre Steven Guilbeault, le fondateur d’Équiterre qui a déjà escaladé la Tour CN pour dénoncer l’inaction climatique, a repoussé vendredi sa décision définitive sur Bay du Nord – pour la deuxième fois.

L’opposition au projet s’intensifie depuis des semaines, surtout depuis le plus récent rapport du GIEC, qui exhorte les pays, dont le Canada, à réduire immédiatement la production d’énergies fossiles.

Selon ses promoteurs, comme le gouvernement libéral provincial, Bay du Nord serait cependant la plateforme la moins émettrice de l’histoire du pétrole canadien, produisant de l’or noir responsable pendant la transition verte. En plus, il créerait des milliers d’emplois bien rémunérés et ajouterait des milliards en redevances aux coffres de Terre-Neuve-et-Labrador, la province la plus endettée au pays.

Un dessin d'un bateau avec des éléments techniques qui descendent au fond de la mer.

L’installation de l’infrastructure d’extraction couvrirait 22 km2 de fonds marins.

Photo : Equinor

Le début de la fin?

Si ce projet ne peut pas passer par le processus législatif au Canada et finir par être accepté, quel projet pourrait le faire? demande Paul Barnes, pour qui le rejet de Bay du Nord représenterait le début de la fin du secteur pétrolier de Terre-Neuve.

« Une décision contre ce projet serait négative pour Terre-Neuve, parce que le projet disparaîtrait et les futurs investissements aussi. »

— Une citation de  Paul Barnes, directeur pour le Canada atlantique et l'Arctique, Association canadienne des producteurs pétroliers

Et s’ils disparaissent? Le chef par intérim de l’opposition provinciale, David Brazil, évoque le moratoire sur la pêche à la morue, le pire licenciement de l’histoire du Canada. En 1992, après des années de surpêche, 30 000 personnes ont perdu leur emploi du jour au lendemain.

Il faut comprendre que l’industrie pétrolière, c’est bien plus que les 3000 ou 4000 personnes qui œuvrent directement dans le pétrole. C’est les dizaines de milliers de travailleurs dans l’industrie de l’approvisionnement et dans les services, souligne le leader progressiste-conservateur.

David Brazil devant un micro.

David Brazil, chef par intérim du Parti progressiste-conservateur de Terre-Neuve-et-Labrador

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

C’est facile de constater l’impact des redevances sur notre système de santé, sur notre système d’éducation, sur les infrastructures, sur les programmes destinés à nos populations vulnérables.

« Ce projet doit aller de l’avant. Sinon, l’heure est grave pour Terre-Neuve-et-Labrador. »

— Une citation de  David Brazil, chef, Parti progressiste-conservateur de T.-N.-L.

Une transition juste à l’horizon?

D’autres sont plus optimistes. Les signataires d’une lettre ouverte (Nouvelle fenêtre) au ministre de l’Environnement, publiée jeudi dernier, exhorte Steven Guilbeault à rejeter Bay du Nord et les quelque 430 millions de tonnes de CO2 qu'il pourrait représenter, mais aussi à offrir de la formation professionnelle et un soutien au revenu aux travailleurs touchés par l’annulation.

Mieux vaut accompagner les travailleurs plutôt que de jouer à l'autruche, note un des cosignataires, l’analyste des politiques climatiques à Équiterre, Émile Boisseau-Bouvier. Il demande au gouvernement de proposer une transition juste aux travailleurs du pétrole dans son budget de ce mois-ci.

Si Ottawa annule les emplois et les redevances liés à Bay du Nord, il a l’obligation de venir en aide aux travailleurs touchés, croit Caroline Brouillette, directrice des politiques nationales du Réseau action climat Canada.

Lors de la dernière campagne électorale fédérale, le Parti libéral du Canada a promis de créer un fonds de l’avenir de 2 milliards de dollars visant à favoriser la diversification économique locale et régionale en Alberta, en Saskatchewan et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Cependant, selon Mme Brouillette, ce fonds est nettement insuffisant pour répondre aux besoins des travailleurs de ces trois provinces productrices du pétrole.

Le fonds n'a pas encore été créé.

Personne n'ignore l'importance du projet, dit O’Regan

Le projet Bay du Nord, proposé par la pétrolière norvégienne Equinor, produirait entre 300 millions et 1 milliard de barils de pétrole brut sur 30 ans à l’aide de puits creusés à 1200 m sous la surface de l’eau. La plateforme flottante se situerait au milieu de l’Atlantique, à environ 500 km à l’est de Saint-Jean.

Si le projet est approuvé, la production commencera en 2028.

Personne n'ignore l'importance du projet, sa portée. Mais il y a beaucoup de choses à faire. Et donc un peu plus de temps, c'est ce qu'il [le ministre Guilbeault] a demandé. C'est ce que nous avons convenu de faire, a indiqué mardi Seamus O’Regan, ministre fédéral du Travail et député dans Saint-Jean-Sud-Mount Pearl.

En vertu du report annoncé vendredi dernier, le ministre Guilbeault a 40 jours supplémentaires pour prendre sa décision.

Seamus O'Regan.

Seamus O'Regan, ministre fédéral du Travail et député dans Saint-Jean-Sud-Mount Pearl

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrew Furey, a refusé de nous accorder une entrevue. Dans une déclaration, il affirme que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, comprend bien l’importance de ce projet pour la province.

Notre industrie pétrolière et gazière – avec ses faibles émissions par baril par rapport à la moyenne internationale et sa solide structure environnementale, sociale et de gouvernance – peut faire partie de la solution alors que le monde se dirige vers une économie à plus faible émission de carbone.

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