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Washington, Berlin, Paris et Londres hésitent à se priver des hydrocarbures russes

Une usine.

Un embargo sur les hydrocarbures russes risquerait de contribuer à l'explosion des prix.

Photo : Reuters / Sergei Karpukhin

Radio-Canada

Les États-Unis, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni se disent déterminés à imposer d'autres sanctions contre la Russie, 10 jours après le début de sa campagne militaire en territoire ukrainien. Leurs dirigeants, néanmoins, tergiversent encore quant au bien-fondé d'un embargo sur le pétrole et le gaz exportés par Moscou.

Dans un bref communiqué publié lundi, la Maison-Blanche a fait savoir que le président américain Joe Biden s'était entretenu plus tôt dans la journée avec le chancelier allemand Olaf Scholz, le président français Emmanuel Macron et le premier ministre britannique Boris Johnson.

Les trois hommes, souligne-t-on, ont convenu de continuer de faire payer à la Russie son invasion non provoquée et injustifiée de l'Ukraine et de fournir une assistance sécuritaire, économique et humanitaire à l'Ukraine.

Nulle part dans le communiqué ne fait-on mention d'un éventuel embargo sur les hydrocarbures russes, une possibilité qui a secoué les marchés, lundi. Mais la question a été débattue lors de la rencontre, a confirmé la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, en point de presse.

Jen Psaki en point de presse.

Jen Psaki a précisé que Joe Biden n'avait « pas pris de décision à ce stade » concernant une action unilatérale des États-Unis eux-mêmes, au moment où des parlementaires de la majorité démocrate et de l'opposition républicaine préparent un projet d'embargo sur les importations de pétrole russe.

Photo : Getty Images / NICHOLAS KAMM

Le président Biden n'a pas pris de décision à ce stade sur un éventuel embargo, a précisé Mme Psaki, insistant sur les circonstances très différentes pour les Européens et les Américains – les premiers étant plus dépendants des hydrocarbures russes que les seconds.

Environ 30 % des besoins de l'Europe en pétrole sont assurés par la Russie, contre 8 % seulement pour les États-Unis. En 2021, ce sont quelque 245 millions de barils de brut et produits pétroliers qui ont alimenté le marché américain en provenance de Russie, qui était le quatrième fournisseur des États-Unis.

Afin de pallier une éventuelle réduction des importations de brut russe, Washington jongle avec plusieurs options. Première source étrangère de pétrole pour les États-Unis (61 % des volumes), le Canada pourrait notamment augmenter ses exportations vers son voisin américain.

Mais selon le quotidien The New York Times, le gouvernement Biden a aussi repris contact avec le régime vénézuélien de Nicolas Maduro pour étudier l'assouplissement éventuel des sanctions qui visent le pays depuis 2019.

Les États-Unis négocient également avec l'Iran la relance de l'accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien. Un succès permettrait de lever les sanctions sur le pétrole iranien et d'ajouter 1,3 à 1,5 million de barils par jour sur le marché.

Enfin, selon plusieurs médias américains, les conseillers de Joe Biden étudient la possibilité d'un déplacement en Arabie saoudite pour tenter de convaincre le royaume de produire davantage d'or noir, ce qu'il s'est pour l'instant refusé à faire malgré la flambée des prix.

Garder un front uni

En attendant, Washington maintient ses importations de pétrole russe, la Maison-Blanche étant soucieuse de ne pas fissurer plus que nécessaire la cohésion montrée jusqu'ici par les Occidentaux en matière de sanctions économiques contre le régime de Vladimir Poutine.

L'Allemagne, par exemple, est très hésitante à imposer un embargo à Moscou. Lundi, le chancelier Scholz a d'ailleurs fait savoir que les importations d'énergie fossile en provenance de Russie étaient essentielles pour la vie quotidienne des citoyens en Europe.

Selon lui, l'approvisionnement du continent – y compris son propre pays, fortement dépendant du gaz russe – ne pourrait être assuré autrement à ce stade.

L'embargo aurait des conséquences catastrophiques, prévient Moscou

De manière générale, les dirigeants occidentaux sont perplexes à l'idée d'imposer à Moscou un embargo sur les hydrocarbures, de peur de contribuer à l'inflation et à l'explosion des coûts du pétrole, qui flirtent ces jours-ci avec des niveaux records, tant sur les marchés boursiers qu'à la pompe.

En Europe, le litre de carburant se paye actuellement deux euros, alors qu'au Canada, il oscille autour de deux dollars, du jamais-vu.

Et une telle hausse ne fera qu'empirer si l'Occident suspend ses importations de pétrole et de gaz russe, prévient le vice-premier ministre russe, Alexandre Novak.

Il est tout à fait évident que le refus d'acheter le pétrole russe va aboutir à des conséquences catastrophiques pour le marché mondial, a-t-il déclaré lundi. Selon lui, un tel embargo pourrait faire grimper le prix du pétrole à plus de 300 $ US pour un baril, soit plus de deux fois sa valeur actuelle.

D'après le vice-premier ministre Novak, il est impossible de remplacer rapidement les livraisons du pétrole russe vers le marché européen par celles d'une autre source. Cela prendra plusieurs années et ce sera bien plus cher pour les consommateurs européens qui seront les victimes principales d'un tel scénario, a-t-il averti.

Alexandre Novak portant une oreillette.

Le vice-premier ministre russe Alexandre Novak prévient des contrecoups que pourraient subir les puissances occidentales si celles-ci décidaient d'imposer un embargo sur les hydrocarbures de son pays.

Photo : Reuters / Evgenia Novozhenina

La Russie, affirme son vice-premier ministre, est préoccupée par les discussions sur un éventuel embargo sur son pétrole, qui sapent les fondements du marché, créent des incertitudes et aboutissent à un préjudice important pour les consommateurs.

Cela dit, les Russes pourraient eux-mêmes cesser leurs exportations énergétiques via le gazoduc Nord Stream I si les hommes politiques européens [les y poussent] avec leurs déclarations et accusations, a prévenu Alexandre Novak.

La mise en service du gazoduc Nord Stream II, qui relie la Russie à l'Allemagne, a déjà été suspendu par Berlin, le mois dernier, dans la foulée de la reconnaissance par Moscou de l'indépendance des territoires séparatistes de l'Est ukrainien. Depuis, son opérateur éprouve d'importants problèmes financiers.

Avec les informations de Agence France-Presse, et The New York Times

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